DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE I
pour révéler ce caractère mixte, cette réunion d’éléments empruntés à des systèmes opposés, ce mélange d'archaïsme et d’innovation qui se manifeste dans tout l’ensemble du monument. D'un côté, l’alternance des colonnes et des piliers, la forme semi-circulaire des transsepts, et, ajoutons aussi, la position des portes qui donnent accès dans ces transsepts 1 , vous transportent dans l'époque byzantino-romane; de l autre, l’ensemble du plan et ce rayonnement de cinq chapelles autour de l’abside appartiennent essentiellement à l’architecture du xni e siècle.
Malgré ces contradictions apparentes, le plan est parfaitement harmonieux, fl se distingue même par une symétrie plus exacte que dans beaucoup d’églises, d’ailleurs très-remarquables. Ainsi, la largeur de la nef centrale est double de celle des nefs latérales; les travées de la nef sont une fois plus nombreuses que celles du chœur, savoir : cinq dans le chœur et dix dans la nef; les trois divisions du porche répondent exactement aux trois divisions du vestibule ou avant-nef; enfin, il n’y a pas jusqu’aux quatre escaliers, qui sont placés aux quatre angles de l’édifice dans une position parfaitement pareille. Il est impossible de ne pas reconnaître qu’un tel plan a dû être conçu d’un seul jet : il n’est évidemment pas le résultat de pensées successives, et il a fallu que, pendant toute la durée des travaux, les constructeurs, par une exception bien rare, restassent toujours fidèles aux données générales du projet primitif.
C’est seulement lorsque l’église aura été complètement cons-
1 Ces portes sont placées dans la même position que celles de la cathédrale de Pise , de la cathédrale de Mayence et de beaucoup d'autres édifices dont le style est ex-
clusivement à plein cintre. Dans les églises du xm* siècle, au contraire, les portes latérales sont presque toujours placées aux deux extrémités des transsepts.
Unité, que, pour obéir à des besoins imprévus à l’époque de la fondation, il aura fallu appliquer contre les murailles de la nef ces additions qui s’accordent assez mal avec le reste du monument, et qui troublent extérieurement son harmonie. 11 faut pourtant que nous jetions un coup d’œil sur cette partie du plan, tel qu il est aujourd’hui.
Du côté du nord, on s'est borné à faire entre chaque contre-fort une chapelle d’une largeur à peu près égale à la nef latérale, ce qui laisse subsister la régularité apparente du plan; seulement, dans la partie correspondante aux deux travées les plus rapprochées du transsepl, on est sorti de la ligne parallèle au collatéral pour s'étendre carrément sur une largeur à peu près double. De cette addition moderne, il résulte une assez grande pièce servant aujourd’hui à l’usage de gardemeuble; la dernière de ces deux travées parait avoir servi jadis de communication entre le cloître et l’église.
Quant au côté du sud, les anomalies y sont plus nombreuses, et la symétrie de cette partie du plan se trouve détruite par trois différentes sortes de constructions additionnelles qui ont chacune une largeur et un caractère complètement distincts. C’est d’abord, en allant de l’ouest à l’est, une chapelle des morts et du Saint-Sépulcre : elle occupe seulement deux travées; vient ensuite une chapelle dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours : celle-ci correspond à trois travées cl est plus large «pie la chapelle précédente d’environ un mètre trente centimètres ; puis, enfin, l’espace compris entre la chapelle de Bon- Secours et le transsept est occupé par une chapelle de Saint- Nicolas, moins large, intérieurement, que la précédente, bien qu’à l’extérieur les murailles de l’une et de l’autre soient sur le môme alignement.
De ces trois chapelles, celle de Notre-Dame de Bon-Secours