PREMIÈRE PARTIE. — VIL
Ainsi, dans les archives capitulaires de Beauvais, on lit ces mots : « Anno 1272, prid. cal. novemb. in choro recens exstructo « mirae allitudinis et amplitudinis, canonici divina officia cele- « brare cœperunt \ » Ce fut donc, comme on voit, en 1272 queif pour la première fois, les chanoines de Beauvais célébrèrent les offices dans leur chœur nouvellement construit: or, leur cathédrale avait été incendiée en 1226; sa ruine avait été à peu près complète. Eh bien! pendant les quarante-sept ans que durèrent les travaux de réédification, on ne trouve rien dans les archives capitulaires qui puisse faire supposer que l'église a cessé d'exister. On voit, comme par le passé, les évêques donner des revenus à telles ou telles chapelles de la cathédrale, fonder des messes singuUs diebus celebrandas; on continue enfin à voir enterrer les évoques dans l'église. N'est-il donc pas évident que la non interruption du service divin dans la cathédrale de Coutances ne peut détruire les raisons qui nous ordonnent de croire que, depuis sa fondation en io3o, elle a dû nécessairement être reconstruite?
Quant à la prétendue impossibilité qu'une église édifiée au milieu du xi" siècle ait été rebâtie de fond en comble pendant le xiii% c'est-à-dire deux siècles à peine après sa construction primitive, sans que sa ruine ait été causée par une guerre ou par un incendie dont on garde le souvenir, c'est encore là, qu'on nous permette de le dire , un oubli complet de ce qui se passait tous les jours au moyen âge; c'est s'étonner d'une chose toute simple et tout ordinaire. Sans parler des innombrables églises que nous voyons reconstruire à partir de l'an 1000, bien que souvent elles n'eussent pas un siècle d'existence , combien n'en trouverait-on pas, même à l'époque qui nous occupe, qui furent ainsi renouvelées sans qu'il y eût absolue në-
' Gallia chriitiaiia, tom. IX, col. 746.
cessité, mais seulement pour obéir, soit au vœu de riches testateurs , soit à la pieuse ardeur de paroissiens jaloux d'un temple construit à la moderne dans une ville du voisinage. Ne prenons pas un exemple obscur : la belle église de Seniis a été réédifiée vers l'an ii55, achevée en ii84, et inaugurée en 1191. A quelle époque avait-elle été fondée pour la première fois? Vers 1068 \ par conséquent moins d'un siècle avant qu'elle fût construite à nouveau. Ni la guerre, ni l'incendie n'avaient causé sa ruine; mais elle avait été probablement mal bâtie, on la trouvait déjà vieille et peu solide : on la rebâtissait pour la rendre plus belle et plus spacieuse. Pourquoi, si à Seniis il en était ainsi , n'en aurait-il pas été de même à Coutances ?
Nous ne suivons l'auteur, comme on voit, que sur le terrain où il se croit inattaquable. Si nous abordions la question sousun autre aspect, au point de vue de l'appréciation des styles, il serait facile de prouver combien il se méprend sur la valeur de ce qu'il appelle le système d'analogie, et à combien de jugements erronés, faute de notions pratiques, il est conduit à son insu.
Ce n'est ici le moment ni le lieu d'entrer dans ces détails;
' Selon qu'on admet que le fondateur a été Odon 1" ou Odon II , on fait remonter la fondation à l'an 990 ou à l'an 1068. La différence n'est pas grande, puisque, entre la fondation primitive et la reconstruction , il se serait écoulé , dans un cas , 87 ans, dans l'autre, i65 ans. Voici les textes relatifs à la cathédrale de Seniis : > Odo hanc ecclesiam fundavit , vel sub 0 finem seculi x, circa 990, quo priraus « Odo vivebat , vel circa 1 068 , quo florebat « Odo secundus. — Rcîedificala circa 1 1 55,
«perfecla 1 184, inaugurata ngi. » (Gallia christiana, tom. X, col. 1878.) « Eccle- 0 sia S. M. Silvanectensis média corruens a veluslate innovatur à fundamentis. » (Lettre de Louis VII aux archevêques , évêques , abbés, etc. à l'occasion de la reconstruction de la cathédrale de Seniis, «ad res-
• taurandum niajus templum Silvaneccotense. »)« . . ./EdemqueB. M.Silvanect. « qux spatio annorum triginta restituta
• fuerat. > {Gall. chriit. t. X, col. i4o6.)