PREMIÈRE PARTIE. — III
conter encore, et jour par jour, en quelque sorte, les premières années de ce Jean Calvin, qui, tout en devenant pour sa ville maternelle un si grand sujet de scandale, devait faire rejaillir sur elle un^ part de sa célébrité ^ ; mais ce n'est pas là notre tâche. C'est l'histoire de la cathédrale elle-même, de ses murailles, de ses pierres, qu'il s'agit de tracer, et pour celle-là, encore une fois, nous ne pouvons invoquer le secours d'aucune pièce contemporaine, d'aucun témoignage authentique. Il faut donc, bon gré mal gré, que nous consultions les Annales de Levasseur. Lui, du moins, il ne pèche pas par indif-
' Calvin naquit à Noyon, le lo juillet 1 5og, dans une maison que possédait son père , Gérard Cauvin , tonnelier, au coin de la place du Marché-au-Blé. Levasseur la désigne ainsi : • La maison où pend à présent l'enseigne du cerf. « On montre encore cette maison aux étrangers; mais elle doit avoir été reconstruite vers le commencement du dernier siècle , car elle ne porte aucun caractère d'une époque plus ancienne.
Calvin fut baptisé en l'église Sainte- Godeberte, et nommé Jean. Levasseur lui fait un grand crime d'avoir, après son enfance, changé son nom de famille, et de s'être fait appeler Calvin au lieu de Cauvin. Mais il est à croire que ce changement s'opéra naturellement, lorsqu'il eut publié quelques écrits, sur le litre desquels son nom de Cauvin était latinisé en celui de Calvinus.
A peine âgé de douze ans, il fut pourvu d'un bénéfice simple dans la cathédrale. Il devait cette faveur à un prolecteur puissant, Claude d'Hangest, abbé de Saint- Eloi de Noyon.
Le 29 mai ibai, on procéda à son installation : la chapelle dont il devenait ainsi
titulaire était située à l'entrée du chœur, et dédiée à la gésine de la Vierge ; elle lui était résignée par maîlre Michel Courtin, lequel, comme le jeune Calvin, n'avait d'ecclésiastique <^ue son bénéfice.
Le 37 septembre 1527, il fut présenté à la cure de Saint-Martin de Marteville, diocèse de Noyon , par maître Antoine Favel, chanoine, qui avait droit de présentation; puis au bout de deux ans, le 9 juillet 1529, il permuta ladite cure de Marieville contre celle de Pont-Lévêque, avec messire Jean du Bisy.
Bien qu'il fût en possession d'une chapelle et d'une cure, il n'était ni chapelain ni curé, et jamais il n'entra dans les ordres, auxquels cependant il était destina) ' non-seulement par la jouissance anticipée de ses bénéfices , mais par la volonté de sa famille et de l'abbé de Saint-Eloi. Parti de Noyon dans sa quinzième année, il séjourna tour à tour dans les écoles de Paris, d'Orléans et de Bourges, et ne revint jamais dans sa ville natale. Il se démit de ses bénéfices quelque temps avant la publication de son Institution chrétienne, vers 1 535, lorsque déjà son parti était pris d'attaquer ouvertement l'église et la papauté.
férence ; il a pour sa cathédrale un véritable amour. Il la décrit, il la mesure, il cherche à l'expliquer dans toutes ses parties. Ce n'est pas sa faute, si, n'ayant jamais voyagé, il n'a pas vu d'autres églises et n'a pu rectifier ses idées au . moyen des comparaisons. Qui d'ailleurs, à cette époque, pensait à voir et à comparer des églises .^ Il a recueilli pêle-mêle toutes les traditions qui se colportaient, il y a deux cents ans, sous les voûtes du cloître et dans la salle capitulaire de Noyon. Acceptons-le donc comme un écho de ces traditions, et laissons-le parler, sauf à nous tenir sur nos gardes et à chercher ensuite les meilleurs moyens de démêler le faux du vrai.