‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon [Texto impreso]Chapitre 106 sur 126 · ÉPERONS DO PORCHE · texte numérisé non relu

ÉPERONS DO PORCHE

Quelle que soit la cause qui ait rendu nécessaire la construction de ces deux éperons, ce n’est évidemment qu’à son corps défendant, et pour prévenir un danger presque certain, que l’architecte se sera résigné à les édifier. Ces deux corps avancés, ces deux étais, sont d’un effet d’autant plus fâcheux, qu’ils semblent trahir un défaut de prévoyance dans la construction primitive. En effet, quand on se demande pourquoi ils ont été bâtis* la première explication qui se présente c’est que les voûtes du porche ont dû être mal combinées, mal calculées; que le mur de façade poussait au vide, et que, pour éviter de le reconstruire de fond en comble, il a fallu le soutenir..

Heureusement pour l’honneur de l’architecte, on peut supposer que le déversement du mur de la terrasse ne se sera manifesté qu’à la suite de l’incendie de 1293, et que la chute de lourds et nombreux matériaux, jointe à l’action du plomb fondu et de toutes les autres causes d’ébranlement et de destruction que dut subir cette partie de l’édifice, a seule fait naître la nécessité de construire ces deux éperons.

Ce qui donne une grande vraisemblance à cette dernière hypothèse, c’est que les éperons, bien qu’ils n’aient pas été bâtis très-longtemps après le porche, ne sont évidemment pas de la meme époque : il existe entre les deux constructions une nuance de style assez sensible. Or, si le déversement du mur de face avait été le résultat d’un défaut dé calcul dans la

poussée des voûtes, il se serait manifesté presque immédiatement, et les éperons auraient été construits, pour ainsi dire, en même temps que le porche. Nous avons donc eu quelque motif (voir page 72) d’attribuer à l’incendie de 1293 la construction de ces deux éperons.

Mais, quelle que soit la véritable cause qui les ait fait élever, nous n’en devons pas moins faire remarquer avec quelle adresse, avec quelle grâce, les artistes de ce temps savaient déguiser, sous une ingénieuse décoration, ce qu’il y a toujours de lourd et de disgracieux dans un massif de maçonnerie destiné à résister à la poussée d’une muraille. Supposez qu’un architecte de nos jours soit contraint de recourir à un tel expédient, lui viendra-t-il dans la pensée qu’il peut tirer parti d’un motif aussi ingrat ? Le verra-t-on transformer cette masse résistante en un objet d’art finement décoré ? Ces longues colonnettes, logées dans les angles des contre-forls, ces petits frontons aigus, ces toits à écailles, ces trèfles à quatre lobes, et la jolie guirlande qui les encadre, forment un ensemble à la fois si simple et si gracieux , qu’on est tenté d’oublier le but purement utile et un peu prosaïque que s’est proposé l’artiste. On se demande si ces contre-forts lui ont été vraiment imposés par une nécessité, ou s’il n’a pas plutôt cherché l’occasion de eombiner des ornements si bien choisis et si bien groupés. Le triomphe de l’art au moyen âge , aussi bien que dans l’antiquité, c’est la manière dont il marie toujours le beau et l’utile.

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