CHAPITEAUX
Ces chapiteaux sont d’une tout autre famille que ceux des chapelles du choeur. À peine si , dans quelques détails, on aperçoit encore un léger reflet du style romano-byzantin : le caractère général de tous ces chapiteaux, leur galbe, leur ajustement, appartiennent au style à ogive. Ils ont tous des cornes ou volutes à crochets, seulement ces volutes sont moins saillantes, moins évasées que celles du milieu du xin c siècle. Le feuillage indigène n’apparaît pas encore; ce sont principalement des feuilles d’eau et quelques feuillages exotiques qui composent le corps dix chapiteau, mais la disposition de ces feuillages est simple, symétrique, régulière; ce n’est plus cette richesse d’imagination, ce luxe capricieux et vagabond de l'ornementation orientale. Il y a encore de la variété, mais de la variété de détail, qui s’absorbe et disparaît dans l’ensemble.
Ces observations s’appliquent particulièrement aux chapiteaux de la nef, à ceux qui occupent une très-large place suites deux planches , parce qu’on a voulu les rapporter à la même échelle que ceux des arcatures des transsepts, et qu’à moins de rendre ceux-ci presque imperceptibles il fallait bien que les autres prissent des pi'oportions pour ainsi dire colossales.
Les chapiteaux des galeries (ou triforium) du chœur ont un autre caractère que ceux de la nef. Le feuillage manque de simplicité et de franchise; il est frisé et tourmenté vers ses bords
comme dans presque toutes les sculptures exécutées pendant la décadenccdu stylo romano-byzantin , et, en général , dans toutes les sculptures de décadence. C’est toujours à la mollesse dans les contours, à l’exubérance et à la recherche de la décoration qjpç> les styles, d’abord les plus sobres et les plus vigoureux, finissent par aboutir. N’y a-t-il pas une singulière ressemblance entre le feuilléde ces chapiteaux, dernière expression de l’art «Y plein cintre, et celui des feuilles de choux dont l’art à ogive, près d’expirer à son tour, devait, trois siècles plus tard, se montrer si prodigue. Cette analogie de toutes les sculptures à leur déclin est facile à démontrer, dans quelque pays et à quelque . époque de décadence qu’on veuille en chercher des exemples.
De tous ces chapiteaux groupés sur ces deux planches, ceux qui sont composés avec le plus de pureté et le plus d'élégance ce sont les plus petits, ceux de l’arcature des transsepts. Levasement gracieux de leurs volutes, l’ajustement délicat de leur feuillage est tout à fait conforme aux traditions qui dominèrent dans le xin* siècle-. Ce qu’il y a de singulier, c’est que ces chapiteaux soutiennent des arcs à plein cintre : nouvelle preuve de ce mélange intentionnel du passé et de l’avenir, que nous rencontrons dans toute cette construction, soit que nous la contemplions dans son ensemble, soit que nous en examinions les moindres parties.