‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon [Texto impreso]Chapitre 44 sur 126 · PREMIÈRE PARTIE. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VII

de l’Angleterre qui se sont occupés de ces matières avec le plus de distinction.

Tout en partageant sur beaucoup de points leur incrédulité, je ne puis me refuser d’admettre qu’ils sont allés trop loin. Ils ont subi malgré eux l'influence de ce qu’ils voyaient dans leurs propres pays, et ont jugé qu’il en devait être nécessairement chez nous de même que chez eux. Or, nous ne saurions trop le dire< sans vouloir en tirer la moindre vanité nationale, l’antériorité des monuments à ogive français sur tous ceux du nord de l’Europe ne nous semble pas pouvoir être mise en doute. Les écrivains anglais en général ne font pas grande difficulté de le reconnaître. M. Dawson Turner 1 , M.YVhittington a , M. G. Wilson 3 , M. Gally Knight*, avouent franchement que l’ogive n’est pas d’invention anglaise, et quelle apparaît en France plus tôt qu’en Angleterre 3 . Des aveux aussi explicites sont plus

‘ Voyage en Normandie, 1820.

* Renie historique des antiquités ecclésiastiques de France, 1809. , ■ ■ .

’ Remarques sur Varchitecluix gothique, à la suite du spécimen dePugin, 1,821.

* Voyage archéologique en Normandie,

» 836 . — Excursion monumentale en Sicile et en Calabre, 1 839. .

’ * Il est niaintcnonl établi et reconnu par presque tous les archéologues anglais que ce fut seulement vers les dernières années du régne de Henri II (mort en » 189), que la lutte entre le style semi-circulaire et le style à ogive commença à so manifester en Angleterre. (V. Gally Knight, Voyage archéologique,Londre$, i 836 .) Ainsi, dans l'abbaye de Kirkslal , bâtie do 1 1 53 à 1 1 83 . on trouve les premiers essais d’ogive bien authentiquement constatés. La crypte de la cathédrale d'York . où l'on voit aussi des ogives, est de j 170. On pont enrore

citer la partie à ogives de l'église du Teniple à Londres , qui hitconsacréc, en 1 1 85 ; le choeur de la cathédrale de Cantcrbury, reconstruit dans le style à ogive , après l’incendie de 1175, par Juan de Sens, architecte français; l'extrémité occidentale et la grande tour de la cathédrale d’Ely, bâtie par l'évèque Ridel, qui mourut en 1 189.

Toutes ces constructions portent lu caractère de la transition : ce sont des essais du style à ogive. Ce style n'atteint sa perfection en Angleterre que sous le régne de Henri III, vers le milieu du xm’eiède.

Ce qui prouve combien il rencontra d'obstacles à sa naissance, combien l'hésitation cuire les deux styles fut longue et persistante , c'est que même après Henri II , même sous Henri III , on voit encore construire des monuments à plein cintre. Ainsi la nef de la cathédrale de Péterborough , celle dé la cathédrale de Rochester, bâties

rares sur le sol germanique; mais les faits y parlent aussi clairement. On sait exactement à quelle époque ont été construits les principaux monuments de l’ Allemagne; combien n'en voiton pas qui sont bâtis à la fin du xii c siècle, sans que l’ogive s’y laisse apercevoir? et, même au commencement du xm g , combien sont encore mi-partis d’ogives et de pleins cintres? Voyez à Gelnhausen les ruines de cet admirable palais que construisit Frédéric 13arberousse vers 1 180 , c’est-à-dire pendant que Notre-Dame de Paris était en pleine construction, vous n’y trouverez pas la moindre ogive, et, bien que les détails de sculpture soient traités avec ce luxe tout oriental qui n’appartient qu’à l’époque de transition, la masse de la construction est encore empreinte d’une rudesse et d’une sévérité qui pourraient la faire attribuer au siècle des Othon. Soit que vous suiviez les bords du Rhin, soit que vous pénétriez dans l’intérieur du pays, vous voyez pendant tout le xn e siècle le plein cintre régner sans trouble et presque sans partage. S’il fait des concessions c'est en maître, et quand vient l’époque où il succombe enfin, il n’abandonne que pied à pied son domaine. Chose étrange! ce style à ogive si longtemps arrêté dans sa marche en Allemagne est réputé par quelques Allemands le style teutonique par excellence ! Sans doute il s’est acclimaté et naturalisé en Germanie, sans doute il y a produit de grandes et belles œuvres, mais qu’il y soit né , jamais observateur de bonne foi ne pourra le soutenir. Les preuves du contraire sont palpables. 11 y a dans la seule Picardie et dans l’Ile-de-France, cette partie de notre sol où l’ogive semble avoir fait sa première apparition,

de 1170 à 1194, ne contiennent pas la à ia44. ci enfin dan» l'église de Ketton moindre trace du style à ogive : le plein (Bullandshire).qui date de ia5a, on re-

cinire y règne seul. Il en est de même de trouve encore un exemple de portail semi-

l' abbaye de Fontaine , construite de iao4 circulaire.

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