‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon [Texto impreso]Chapitre 55 sur 126 · PRE MI È R E PA RTI E. — V II I · texte numérisé non relu

PRE MI È R E PA RTI E. — V II I

le pape vint, comme on l’a vu, au secours de l’évêque en écrivant la lettre que nous avons rapportée. Mais rien ne prouve que ceux à qui elle était adressée aient répondu avec beaucoup d’enthousiasme à la provocation du saint-père. 11 serait même possible que, pour complaire au pape lui-même, leur zèle se fût bientôt refroidi; car on voit, quelques années après, notre évêque encourir les censures de la cour de Rome pour avoir favorisé le divorce de son frère, Raoul, comte de Vermandois. Cette disgrâce dura longtemps et eut de fatales conséquences pour l’évêché de Noyon, puisqu’elle lui fit perdre l’espèce de suzeraineté qu’il exerçait sur le siège de Tournay. La réunion de ces deux évêchés s’était maintenue depuis plusieurs siècles, au grand désespoir des chanoines flamands : l’évêque, en effet, résidait presque toujours à Noyon , et, malgré l’apparente égalité des deux sièges, celui que n’occupait pas l’évêque était réellement soumis à l’autre. Profitant des mauvaises dispositions du pape à l’égard de Simon , les chanoines de Tournay obtinrent une bulle qui prononçait la séparation des deux sièges, et donnait à Tournay un évêque propre. De ce moment, ce n’est plus ni la fondation d’Ourscamp, ni le désastre de la cathédrale, c’est la perte d’une de ses deux crosses qui devient la première affaire de l’évêquede Noyon. On le voit aller à Rome pour tâcher de fléchir le saint-père; puis, n’ayant pas réussi, venir implorer l’assistance de son cousin le roi Louis VII. Mais ce prince allait bientôt se brouiller lui-même avec la papauté: Simon, se liant étroitement à la personne et à la fortune de son royal parent, le suivit à la croisade, et mourut pendant l’expédition, à Seleucie, l’an 1 1 48.

Il y avait dix-sept ans que la cathédrale avait été incendiée, et, selon toute apparence, on n’avait pas encore pu s’occuper sérieusement de sa reconstruction. Peut-être avait-on réparé,

pour abriter le culte, les parties les moins endommagées de l’édifice, mais sous un épiscopat aussi agité, au milieu de circonstances aussi défavorables, il est plus que probable que le chapitre avait diï se borner «à de simples travaux provisoires, et que la réédification de toute la cathédrale avait été ou ajournée, ou poursuivie avec beaucoup de lenteur et d'hésitation.

Sous le successeur de Simon, au contraire, de meilleurs jours commencent à luire pour l'évêché de Noyon. La perte de Tournav n’est pas réparée, mais les vertus du nouveau pn> lat, Beau.doin II, son activité prévoyante, son administration calme, énergique et régulière, ont bientôt fait disparaître les désordres que les continuelles absences de Simon avaient encouragés. Honoré de la faveur de Suger, de l'amitié de saint Bernard, Beaudoin se proposait ces deux grands hommes pour modèle. Or, la construction des églises fut, comme on sait, une des grandes occupations de leur vie. N’est-il donc pas probable que Beaudoin , après avoir rétabli l’ordre dans son diocèse, dut se consacrer avec ardeur à la réédification de son église? Un fait que Levasseur a probablement puisé dans les archives capitulaires, et qu'il cite en passant sans y attacher d’importance, vient à l’appui de cette conjecture. Levasseur nous dit qu’en 1 1 53 l’évêque Beaudoin confirma les autels de la cathédrale, et plus loin il ajoute que, par l’ordre du même Beaudoin, le corps du bienheureux saint Eloi (le patron, le saint tutélaire de Noyon) fut transféré dans une nouvelle châsse et exposé à la piété des fidèles.

Qu’était-ce que cette confirmation des autels? S’agissait-il d’une consécration de chapelles nouvellement reconstruites? N'était-ce pas plutôt une déclaration solennelle par laquelle l'évêque annonçait que, dans la nouvelle cathédrale, les anciens autels seraient maintenus, resteraient sous l’invocation des

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D’abord nous avons vu combien, en général, les monuments du moyen âge s'édifiaient lentement. Les travaux de la cathédrale de Senlis se sont continués sans interruption pendant plus de trente ans, spatio annorum triginta et amplins *, ceux de Braisne pendant trente-six ans; ceux de la cathédrale de Paris étaient à peine achevé? au bout d’un siècle a . ür, nous ne voyons aucuu motif pour qu’on eût fait preuve à Noyon d’une plus grande diligence. Nous avons au contraire une raison de supposer qu’en 1 167, à la mort de Beaudoin, l’édifice 11’était pas complètement terminé, car nous voyons que, contrairement à l’ancien usage, cet évêque ne fut pas enterré dans la cathédrale, et que son corps fut porté à Ourscamp 3 . N’en pourrait-on pas conclure que l’édifice , encore en voie de construction, n’était

1 (initia christiana, lom. IX.

' Les constructions eulrcprises par Suger, à Saint-Denis, furent beaucoup pins rapidement exécutées, en trois uns et trois mois. Mais aussi Suger cite le fait comme un miracle. Dans celle même abbaye de Saint-Denis, à une époque où le trésor n'était pas moins riche que du temps de Sugcr, et où les moyens d'exécution étaient au moins aussi puissants, on voit les travaux de reconstruction du chœur et de la nef se continuer pendant cinquante ans. de i? 3 i à îaâi. Aussi les constructions du xin* siècle ont duré jusqu'à nos jours, tandis que celles du xn\ si promptement terminées, menaçaient ruine au bout de quatre-vingts ans.

1 L'évêque Simon avait aussi été enseveli dans l’église d'Ourscamp. Comme il en était le fondateur, cotte exception , en ce qui le concerne, s'expliquerait assez naturellement-, mais les trois successeurs de Simon furent comme lui enterrés à

Ourscamp; or, il n'existait a leur égard aucuu motif de violer une règle si constamment observée. Avantla mortdeSimon, on ne pouvait citer que deux évêques de Noyon qui n'eussent pas été ensevelis dans la cathédrale, savoir Beaudoin 1 ", enterre, Cii 1068, dans le couvent de Saint-Barthélemy, et Fulchaire, enterré, en g 55 , dans le monastère de Saint-Kloi. Tous les autres évêques, depuis g 3 G jusqu’en 11/18, et depuis 1 aa8 jusqu’à la fin du xiv* siècle, ont été ensevelis dans la cathédrale. Pendant la réunion des deux évêchés, certains prélats voulurent être enterrés à Tournay, d'autres à Novon, mais jamais hors de l'une des deux cathédrales. N'avons-nous donc pis quelque raison d’attacher une certaine importance A celte interruption d'un usage si ancien , surtout lorsqu'elle correspond à une période pendant une grande partie de laquelle la cathédrale devait, selon toute apparence, être en voie de reconstruction ?

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