DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE I
mérite seule un examen attentif. Il y a bien dans la chapelle du Saint-Sépulcre quelques détails de sculpture du xiv? siècle, qui ne manquent pas de finesse et d’élégance, mais ils sont d’une importance secondaire et ont subi bien des mutilations. Lachapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, au contraire, est en assez bon état de conservation, et sa décoration e6t complète. Mais cette décoration, conçue dans l’esprit du xv* siècle, et exécutée au xvi°, a toute la lourdeur; toute la gaucherie des œuvres de décadence. Ces sculptures, qui veulent être légères, sont massives et maladroites; ces pendentifs, ces culs-de-lampe, qui devraient être suspendus en l’air comme par magie, semblent menacer la tête du spectateur, tant ils sont épais et mal découpés. En un mot, quelque brillante, quelque travaillée que soit l’ornementation de cette chapelle, et malgré l’admiration quelle inspire à Levasseur, nous ne saurions, comme œuvre d’art, lui témoigner beaucoup d’estime. A côté des merveilles que le xv c siècle et le commencement du xvi c nous ont laissées en ce genre, la chapelle de Noyon est une œuvre fort ordinaire. 11 faut convenir aussi que la restauration déplorable qu’elle a subie, il y a quinze ou vingt ans, la blancheur désolante du badigeon qui la recouvre, les statuettes et les petits ornements de plâtre dont elle est çà et là tapissée ne permettent guère de porter sur son véritable mérite un jugement parfaitement équitable.
Cette chapelle a été bâtie par l’évêque Charles de Hangest, neveu du célèbre archevêque de Rouen, Georges d’Amboise, et renommé, entre tous les évêques de Noyon, par ses vertus et ses talents. Charles de Hangest conserva l’épiscopat depuis le 2 octobre i 5 oi jusqu’au 1 er août 102 5 ; puis il vécut jusqu’à la fin de juin 1028, après avoir résigné son évêché à son neveu, Jean de Hangest, mais en gardant, sous le titre de vicaire géné-
ral, toute son ancienne autorité. Or, c’est deux mois environ avant son décès qu’il donna le terrain sur lequel devait être bâtie la chapelle neuve et qu’il en posa la première pierre. Ce lait est attesté par l’extrait suivant des archives capitulaires, que nous a transmis Levasseur. « Capilulo facto die 2 g aprilis <i 1028 , dominus episcopus Noviomensis liberaliter concessit « ecclesiæ plateam coutiguam cappellaniæ sanctæ Luciæ, inter >> dictam cappellam et portale per quod itur ad palatium dicti « episcopi, continentem in latitudine incipiendo a muro versus « navirn 36 pedes, et in longiludine 43 pedes incipiendo a «dicta capella ad dictum portale 1 . «
Les dimensions du terrain concédé sont celles de la chapelle hors œuvre. 11 faut seulement remarquer que l’emplacement occupé par cette porte ou portail, dont il est question dans la délibération capitulaire ( portale per (/uod itarad palatium, etc.), était compris dans le terrain de 43 pieds sur 36 cédé par l’évêque. Pour conserver une communication entre l’église et l’évêché, on aura probablement ouvert une autre porte; mais on ne peut pas savoir exactement à quelle place. On ne voit pas trace d’une ancienne baie dans le mur de la nouvelle chapelle; peut-être se servit-on d’une porte anciennement pratiquée dans le fond du transsept méridional, porte dont quelques vestiges subsistent encore.
Quoi qu’il en soit, la fondation de cette chapelle de Notre- Dame de Bon-Secours ne remonte pas évidemment plus haut que 1628 , et les travaux se continuèrent au moins pendant quatre ou cinq ans. Nous en trouvons la preuve dans les conclusions capitulaires du 1 " juin i53o et du 23 octobre 1 53? , qui décident que certaines sommes d’argent seront mises
Annales de Noyon , p. 1119.