XX. Duguesclin *. — Le tombeau de Duguesclin, tout en
\ . Musée des Monuments français , n» 59. V. le récit des obsèqaes solennelles ([ue Charles VI fit célébrer en mémoire de Dogoesclin , en 1389. Ce réril, publié par Marlenne [Thés, anecdot, t. lïï, col. 1502), a été écrit en vers, k Avignon, par(inillaume, du diocèse de Quimi^er, en 1390.
marbre noir, avec Teffigie en marbre blanc , était placé sous jne petite voûte, entre les deux autels érigés dans la chapelle Je Sainl-Jean ; l'épilaphe , gravée en lettres d'or, se lisait sur le dossier du tombeau '. La statue du Connétable repose aujourd'hui sur un socle de pierre qu'on n'a pas même pris soin de rapprocher, autant que possible , de l'ancien emplacement de la sépulture. Cette effigie est d'une exécution trèsmédiocre ; le sculpteur s'est efforcé , sans pouvoir y réussir, lie rendre les détails anatomiques des mains; la laideur du \isage paraît plutôt provenir de l'inhabileté du travail que (lime exacte imitation des traits du Connétable qui d'ailleurs n'étaient , comme on le sait , ni beaux , ni réguliers. L'œil jiauche présente la marque d'un coup de lance que Duguesclin reçut en combattant contre les Anglais.
L'armure est en fer plfjt avec col et jupon de mailles; une <*olle d'armes la recouvre ; des cercles en torsade et des feuilla;;es décorent le baudrier, auquel sont attachés l'épée et l'écu. Ui révolution n'avait pas eu honte de désarmer Duguesclin ; on lui a refait une épée dont le pommeau a été copié sur une statue de Charles , comte d'Étampes * ; pour le bout du fourreau , on s'est ser\ i , par erreur, d'un bout de ceinturon de la même figure Un poignard , de l'espèce de ceux qui portaient le nom de miséricorde, a été placé au côté droit. Il ne reste que lis attaches d«»8 éperons ; un lion est accroupi sous les pieds. 1. épitaphe ancienne est reproduite sur les bords du socle i\v pierre :
i.\ «tIST MOBLB HOME MRSSIRK BKRTRANn DO GUBSCLIN CONTB l)K lO^GUfcril.l.K RT CONNB8TABLK DR PRANCB : QUI TBR8PASSA A CHaS- T^I.M'RK IIR RAlll»ON BM JurAUD>1>f K!< I.A 8R>RSCHAUCRK DR BBAI'-
mr JOUR DE JUILI.RT LkS M. CGC. UijXX. PRIBZ DlBC POl B I.IJV
t. ^iLLtT, TrèMor de Sainl-Deniti, Sauval, Antiquitén dr Paris. i. V. \Àas loin desrription de la crypte.
n2 MOr^OGRAPHIE
Les villes de Dinan et du Puy, ont conservé plus fidèlement que Saint-Denis , Tune le cœur, l'autre les entrailles de Duguesclin ; toutes deux respectèrent ces dépouilles d'un grand homme et possèdent encore les monuments qui furent érigés aussitôt après la mort du connétable. Sur la route qui mène de Langogne à Monde , en traversant le désert nommé le Palais du roi, un monument s'élève à peu de distance des murs de Chûleauneuf-de-Randon , et marque la place de la tente sous laquelle Duguesclin mourut. La Bretagne est pleine de statues et d'inscriptions en l'honneur de Duguesclin. Les statues modernes, entre autres celles du Musée historique de Versailles, donnent au Connétable une physionomie majestueuse et une haute stature qui sont en contradiction formelle avec les détails transmis par les chroniques contemporaines.
XXI. Louis de SancerreK — « Il y eut, dit Jean de Bueil, « dans le roman de Jouvencel , ung notable chevr.lier, nommé « messire Loys de Sancerre, Connestable de France, qui disoil « toujours à ses gens, quant ils alloient à la guerre : Enffans, « gaignies bel et perdes bel, c'est-à-dire que en quelque estai « que ung homme se trouve , il doit toujours faire son hon- « neur. »
La statue de Louis de Sancerre est en marbre; elle porte une armure pareille à celle de Duguesclin , sauf quelques légères différences dans l'ajustement de la cotte d'armes, qui serre le corps comme si elle était en peau et non en étoffe. Cette colle est blasonnée des armoiries qui sont aussi gravées sur l'écu et dont nous parlerons plus loin. L'épéeetla dague sont neuves; les éperons ont été cassés : le lion , autrefois placé sous les pieds, ne s'y trouve plus. Voici l'épitaphe qui a été renouve-
1. Miusèe des Monuments français, no 58. V. gravure et descripUon. Montfaucon, Mon. de la mon. française, t. 111 , p. 191. V. le testament de Louis de Sancerre, Hist. de Charles V7, Denis Godzfroy, p. 76rî.
lée sur les bords du socle; elle est en caractères gothiques et se compose d*une seule ligne :
Cir GIST LOTS DB SANCEBBB CBLER JADIS MARBSGHAL DB FRANCE ET DEPUIS CONNBSTABLB DB FRANCE FRRRB GERMAIN DU CONTB DB SAN- CBRRB : QUI TRBSPASSA LE MARDt YÏ^. JOUR DB FEURIER LAN M.CCCC
BT deux:
Mieux exécutée que celle de Duguesclin , cette statue est encore cependant d'un travail sec et dur.
XXII. Guillaume Duchatel *.-— La statue est en pierre de liais à l'exception de la face qui a été rapportée en marbre blanc On a pensé que cette singularité qui se remarque sur beaucoup de tombes plates et de monuments en relief des xiv« et xv« siècles , se rattachait à la hiérarchie des distinctions féodales ; nous croyons que c'est simplement un emploi économique d'une matière plus précieuse que la pierre; nous avons vu des faces et des mains de marbre à des bourgeois et môme à des artisans. La tète repose sur un coussin. La cotte d'armes, serrée par une ceinture unie, à boucles carrées, laisse^ passer les bras par des ouvertures tailladées sans manches ; l'armure est en fer battu , avec col et jupe de mailles ; ré[)ée et l'écu sont attachés à la ceinture. La bordure entière d'un des côtés de Tancien tombeau a été conservée ainsi que l'inscription gothique qui s'y lit en deux lignes; pour compléter le sens il a fallu seulement ajouter douze mots à la fin de la première ligne et dix à celle de la seconde ; nous indiquons |)ar un astérisque les points où finit le texte original :
CV CiST NOBLB HOMB GUILLB DUCHASTKL DR LA BASSE BRBTÀfNr.KB PÂ!«'rTIBR du rot CHARLES Vii». IT ESCUIBR DBSCUIKRIR DR
I. Mu\èe dcH Monuments français^ n» 89. Le catalogue confond Guillaume Do. r\ùw\ avec TanncgnyDuchàtel,.qul se rendil plus célèbre encore par son dévoueniriii et sa générosité.
MONgB LE DAULpniN. QUI 1RBSPASSA LR XX* JOUE DK JUILLET LAV DE GRACE MILCCCCXLi DURANT LE SIEGE DE * PONTOISI EU VBF- FKNDT I.E PASSAGE DE LA RIUIERE DOISE LE DIT JOOK QC8 LE DUC DIORT LA PASSA POUR CriDBR LECER LEDT URGE. ET PLEUT AU ROT POUR SA 6RANT TAILLÂCE ET LES SBRUICES QUI LUT AUOIT FAIS EN MAINTES UANIEREB ET BSPÂLMRHT EH LA OEF- FENCE DE CBSTB TILLE DE SAINT DENIS CONTRE LE SIEGE DES * ANGLOIS QUIL FEUST ENTERRE CRANS : DiEU LUT FACE MERCI AIIBII
XXIII. Bureau de la Rivière.— oi Messire Bureau de la Ri- « vière est , comme le rapporte Dom Millet , aux pieds du roy « Charles V sous une tombe de cuivre , qui est a demy cou- « verte du marchepied de l'autel saint Jean , au costé qui re- « garde vers le midy, autour de laquelle tombe est gravé Té- « pitaphe. »
La tombe a été fondue en 1793. Mais, au musée des Petits- Augustins , on fabriqua un Bureau de la Rivière composé , comme la statue symbolique de Nabuchodonosor, de je ne sais combien de matières différentes ; tête de pierre , masque de marbre, corps de plâtre , et sous les pieds un lion qu'à son poli on croirait sculpté en marbre. Nous ignorons à l'effigie de quel personnage on aura dérobé ce visage de marbre, dont le travail, d'une époque un peu moins ancienne que le temps de Bureiui de la Rivière, ne manque pas de finesse. Les traits sont délicats ; une mince touffe de barbe s'allonge en pointeaudessous du menton. Il n'y a de vrai dans ce monument que l'inscription reproduite sur le bord du socle en lettres gothiques , d'après le texte original conservé par les historiens de Saint-Denis; elle ne forme que deux lignes :
CV GIST NOBLR HOME MRSSIRE BUREAU JADIS SEIGNEUR OB LA RiriF.RR ET PAUNEEL CIÏTr KT PSÏÏbR CHAIIBBLLAN DU ROT CBARI.ES I.P Ql'INT KT nr ROY CHARLES Vie. SON FILS : QUI TRRSPA8SA LR XTI*. JOUR DAOUST LAN 3ICCCC ET FUT CY ENTRRRR DR LORIInTmCE DUDt ROY CHARLES LE QUINT QUI POUR CONSIDBRACION DE TRES GRAK9 RT NOTAULRS SUICBS
QUn. Ll AUOIT FAIS ET POUR LA SINGULIRaS AMOUR QCIL AUOITI A LUV LC TOLT ET ORDONNA DE SON TIUANT : ET I.EDt ROT CHARLES Yje. LE CONFIRMA ET AUSSI NOSSRIGNNECRS LES DUCS DR BRRRT DE BOURaONGMB DORLBANS ET DR BOURBON QUI LORS ESTOIENT VOLDERENT QUB AfHST FU8T . PRIES DiEU POUR LAME DE LI *.
Les quatre statues dont nous venons de parler, sont couchées sur des tombeaux de pierre dont chacun a reçu une toute petite inscription en lettres courantes relatant, pour Tusage de ceux sans doule qui ne savent lire le gothique et ne comprennent pas le vieux français, les noms, titres et dates de décès des défunts. Par suite d'un anachronisme comme il s'en trouve en si grande abondance à Saint-Denis , on a gravé les armoiries de chaque personnage sur Técu attaché à son côté, en indiquant les émaux au moyen de hachures qui ne sont devenues d'un usage ordinaire que depuis le xvii' siècle. Duguesclin, porte d'argent à Paigle éployée de sable à deux tètes, à la bande de gueules; Sancerre , d'azur à la bande d'argent accom|)agnée de deux doubles cotices potencées et contrepotencéesd'or, au lambel de gueules à trois pendants ; Duchâtel , fascé d'or et de gueules de six pièces , à l'annelet d'or sur la seconde fasce; Bureau de la Rivière, de sable à la bande d'argent *. Ces armoiries, simplement gravées au trait sur des figures de plein relief, produisent un effet déplorable.
XXIV-XXIX. Les trois rois et les trois reines. —W a été dit ci-dessus qu'autrefois Charles V et ses deux successeurs étaient n»présentés avec les reines leurs femmes sur de grands tomlK*aux de marbre noir placés au milieu de la chapelle de Saint- Jean On s'est aperçu trop tard du vide que l'absence de ces monuments avait laissé; pour le combler on n'a pas pris le meilleur moyen. Une ancienne fenêtre à quatre baies se trou-
I. r. unr notice sur Bureau do la llivirre. Armoriai de i'anvkn fluchè de y'rt^rny |iar G. de S^hlirait.
no MONOGRAPHIE
vail en partie masquée par la sacristie neuve; on a fait remplir les intervalles des meneaux par quatre dalles de pierre pareilles à des tombes; deux autres ont été incrustées dans un pan de mur voisin *. Ces tables, une fois préparées, on y a grave en creux les effigies de Charles V et do Jeanne de Bourbon, de Charles VI et d'isabeau de Bavière, de Charles VH et de Marie d'Anjou , non pas d'après les statues funéraires de ces personnages, mais d'après de mauvaises gravures du livre de Monlfaucon; les figures ont été ensuite enluminées. Le sage et peu guerrier Charles V a l'air le plus belliqueux du monde avec sa lance et son armure ; Charles VI , vêtu d*un costume tout à fait négligé, porte un faucon sur le poing ; le vê* tementde Charles VII serait plutôt celui d'un héraut d'armes que d'un roi. Isabeau de Bavière, avec sa robe, sa coiffure â la ilénin et son énorme manteau , occupe la place d'honneur; les chastes et pieuses reines Jeanne et Marie se tiennent modestement dans l'ombre. On ne s'est pas môme donné la peine de mettre les traits des personnages d'accord avec ceux de leurs statues authentiques qui sont déposées dans la crypte. Les anciennes épilaphes ont été reproduites au bas des figures ; les quatre premières sont gravées sur de petites tables de marbre noir accompagnées d'anges en peinture d'une laideur excessive; les deux dernières se lisent sur les bords des dalles.
ICT GIST LB Roy CHARLES LE QUINT SAGES ET BLOQUElTr FILS DU ROT JKIIAN QUI REGNA SEIZE ANS CINQ SlOIS ET SEPT JOURS ET TRESPA^SA LAN DE GRACK MCCCLXIX LE XVie JOUR DB SEPTBMBRB.
ICT GIST LE Rot CHARLES SIXIESME TRES ASIE LARGE ET DEBON- NAIRE FII^ DU ROT CHARLES LE QUINT QUI REGNA QUARANTE ET ii ANS UNG .VOIS ET SfX JOURS ET TRBSPASSA LB XliO. JOUR DOC- TORRR LAN MIL CCCC VINGT ET DEUX .* PRIES DiBU QUBN PÀRADlt SOIT SON ASIE:
1. Ollo (lécoiaiion date de 4839 ; elle a été compléta en IM3.
DE SAINT-DEMS. Ml
CT 6I8T LA ROTNB ISABRU DR BAUIBRR ESPOUSB DU ROT CHAR- LIS vf' BT riLLR DE TRES PUISSANT PNCE BSTIRKNB DUC DE BAUIBRB COTE PALATIN DU RIN QUI RRGNA AUBC SOND* BSPOUS BT TRRSPA88A
LAN m:cccc btxxxt lr drrnibr jour DR srptbmbrb: PRIES Dibu
POUm ELLE :
Cir GisT LB Roir charles sbptibsmb trrs glorieux tictorieux
rr BIEN SERUY fils du rot CHARLES 8IXIBSDIBS : QUI REGNA TRENTE HBL'F ANS NBUF MOIS BT i JOUR ET TRESPASSA LE JOUR DE LA MÀGDB- LAINB IXyii«. JOUR DE JUILLET LA M : CCCC LXi : PRIES POUR LUT :
ICT GIST LA ROYNE JEHANMB DE BOURBON RSPOUSE DU ROT CHARLES LB QUINT BT FILLE D E TRE S NOBLE PRINCE MONS* PIRRRB DUC DB BOURBON QUI BBGNA AURCQS SOND BSPOUS xiii ANS BT DIX MOIS BT TBPASSA LÏTMICCCLXXTlt LB DKRN JOUR DB FbIjBR
CT GIST LA ROTNB MARIE FILLE DU ROT DR SICILE DUC DANIOU BSPOl'SE DU ROT CHARLES vii«. QUI REGNA AUECQS SONO BSPX BT TRBiPASSA LR PENULTIE8MB JOUR DB NOUEMBRB LAN MIL*. CCCC LXlH:
pRiu Dieu pour bllb :
XXX. Jeann€'d*Jrc,— La restauration de Saint-Denis s'est arrogé le droit d'ériger des monuments nouveaux dans l'église royale, sans songer qu'elle donnait par là un démenti à l'histoire. Jeanne-d'Arc, oubliée par Charles le bien servi, n'eut jamais de monument à Saint-Denis Si la postérité avait voulu l'associer, dans la chapelle de Saint-Jean , aux guerriers qui ont si vaillamment combattu pour la France , encore aurait-il fallu que le monument consacré à sa mémoire eût quelque chose de public et de national. Nous ne saurions comment qualifier , en restant dans les bornes de la politesse, le soi-disant trophée de Jeanne-la-Pucelle. Sur une grande dalle, semblable à celle que nous venons de décrire, on a fait graver «*n creux le dessin d'une armure conservée au musée d'artillerie de Paris, qui avait été désignée par des ignorants comme ayant srrvi à Jeanne-d'Arc * , et qui est reconnue au-
I. A l'arsenal de Toulon, deux rondarhes de la renaissance, sor lesquelles
jourd'hui par tout le inonde pour celle do quelque batailleur du XVI* siècle. Cetle armure, rehaussée d'or, lient d'une main une hache , et de l'autre une hallebarde de Suisse. Un membre de l'Institut, dit-on , a composé l'inscription ainsi gravée au bas de la dalle :
Ce que fstait lr harkais de Jeiiannr par elle bâille ie hommage a monseigneur sainct deki8.
Puis, un pou au-dessous, on a reproduit au trait sur un morceau de pierre grand comme la main, une gravure de Millin, représentant le monument qui existait autrefois en rhonneur de Jean ne-d 'Arc , sur le pont d'Orléans. Enfin , pour couronner l'œuvre, des badigeonneursontpeint au-dessus de ces puérilités la bannière de France, les armoiries accordées à la famille de Jcanne-d'Arc , et ce glorieux étendard de la Pucelle iuiquei les Anglais attribuaient une vertu magique. Ces peintures sont détestables. Nous ne pouvons savoir où leurs autCMirs sont allés en prendre les modèles