‹ Monographie de l'Hotel-de-ville de Lyon. Restauré sous l'administration de M. M. Vaïsse et Chevreau, senateurs. Accompagnée d'un texte historique et descriptifChapitre 28 sur 43 · CHAPITRE TROISIEME. sl · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME. sl

de-Ville, les seuls officiers municipaux qui y avaient des logements restaient en charge beaucoup plus longtemps que lui, et c’est sans doute à cause de cela que ce magistrat consulaire conservait ses appartements en dehors de cet édifice; mais le duc de Villeroy, alors gouverneur de Lyon, ayant manifesté le désir qu'il conviendrait à la dignité des fonctions du Prévôt des Marchands d’avoir son logement dans le monument dont nous nous occupons, il fut décidé en 1752 que ce magistrat sy établirait, et, comme il ny avait pas d'emplacement libre, on décida que Gaspard-Louis Bertaud (1), alors ingénieur voyer de la commune, évacuerait, pour le céder au Prévôt, le logement qui lui avait été assigné de même qu’à ses prédécesseurs.

Ce logement, qui se composait de quatre pièces, se trouvait au rez-de-chaussée, entre la porte du milieu de la grande cour et le grand escalier; on y réunit bientôt le logement du premier Mandeur du Consulat, placé sur la même ligne.

Cependant on reconnut que les locaux occupés par le Prévôt manquaient de clarté, mais surtout qu'ils n'étaient pas assez vastes pour l'importance du personnage, et en 1768 on transféra de l’aile sud en l'aile nord les appartements qui lui avaient été donnés, et on les étendit en y comprenant la pièce qui servait alors de corps-de-garde. Ils devaient donc occuper, si nous ne nous trompons, toute la longueur de la grande cour ainsi que le pavillon situé sur la place des Terreaux, du même côté.

Quelques années avant ces modifications aux logements de l’Hôtel-de-Ville, en 1760, le Consulat avait dû pourvoir à une restauration importante, au sujet de laquelle une divergence de vues s'était

révélée entre le célèbre architecte Soufflot (2) et le Voyer de la ville, assisté de deux architectes

nommés par le Consulat. Il s'agissait du portique qui sépare la cour basse de la place de la

Comédie, à l’est de l'édifice.

(1) Gaspard-Louis Bertaud, fils de Claude Bertaud, avait succédé À son père, le 29 décembre 1733, comme son père avait succédé à son aïeul. Ce

Gaspard Bertaud avait étudié à Paris; il fut admis à servir la ville, en concurrence et survivance de son père, sous le titre de « voyer ingénieur et

« commis à la voirie. » Il fut remplacé À son tour par Jean-François Grand, le 14 juillet 1767.

(2) Jacques-Germain Soufflot naquit à Jrancy, près d'Auxerre, le 22 juillet 1713, de parents fortunés qui lui firent donner une brillante éducation. Tout

jeune il manifesta un goût très-vif pour les arts et en particulier pour l'architecture ; il prit des leçons des meilleurs maîtres et résolut de faire un v en Italie. En s'y rendant, il s'arrêta à Lyon où il fit des connaissances et des amis, et où il resta quelque temps. Après avoir visité l'Itilie et voyagé jusque dans l'Asie Mineure, il revint en France et se fixa à Lyon. Il y fut chargé de constructions importantes et ÿ resta plusieurs années.

Le premier travail que Soufflot fit à Lyon paraît avoir été le dôme de l'église des Chartreux, dont il aurait même envoyé le dessin d'Italie ; il succéda,

pour l'exécution de ce travail, à l'architecte Ferdinand de la Monce, et il l'avait terminé en 1748. Le Consulat lui avait donné, en 1 la direction

des travaux de la Loge du Change, destinée à se: de lieu de réunion ou de Bourse aux négociants de la ville de Lyon; ce monument a changé depuis

ts pour leur servir de temple. En 1754, Soufflot fut chargé de la construction d'une salle de

de destina aux protel

aison du peu d'espace dont l'artiste pouvait disposer, fut remplacée

spectacle à l'extrémité du jardin de l'Hôtel-de-Ville; mais cette salle, un peu petite à

nde, construite sur les dessins de M. Chenavard. En 1756, il commença les travaux du grand dôme de l'Hôtel-Dieu, dont

en 1828 par une salle plus

la construction dura huit années et coûta 625,263 livres 17 sous 8 deniers.

entre les années 1754 et 1756. En

Précédé d'une réputation méritée, Soufflot, qui était de l'Académie d'architecture depuis 1749, dut se fixer à Park

éral des bâtiments du Roi, et devint associé libre de l'Académie de

1757 il reçut le cordon de Saint-Michel, fut nommé contrôleur et intendant gl peinture le 8 novembre 1760.

La construction de l'église Sainte-Geneviève avait été en quelque sorte mise au concours, les plans de Soufflot furent préférés et il fut chargé de

travaux en éta arrivés à la ssance du dôme, le

e construction; mais il ne put l'achever entièrement, et il mourut lorsque

cette magr

dans les caveaux du monument,

29 août 1780. 11 fut inhumé dans la vicille église Sainte-Geneviève, mais le 19 août 1829 ses cendres furent transporté

qui reste son plus beau titre à l ion de la postérité.

mais aimant et généreux; sa dernière œuvre fut fortement critiquée, et il ressentit si vivement les observations

porté et vif,

Soufflot était d'un caractère el

qui lui furent faites, et qui n'étaient pas toujours impartiales, que ce fut, dit-on, la cause de la maladie de langueur à laquelle il succomba

On lui doit encore à Paris la Faculté de droit, et il a écrit plusieurs ouvrages. Ce fut un ar ent, et quoiqu'il par avoir mal calculé les bases sur lesquelles devait r de Sainte-Geneviève, et que l'architecte Rondelet ait dû plus tard les modifier en substituant des massifs aux colonnes et aux pilastres primitifs, lesquels avaient fléchi, Soufflot n'en reste pas moins, par la hardiesse de ses conceptions et la

nd arch

noblesse de son style, le plus g e du XVIIIe siècle et le digne successeur des hommes distingués qui, sous Louis XIV, avaient

ssion,

illustré cette pr

verbal de la visite de cette partie du monument, que le sieur Bertaud, voyer,

Dans un proc et les sieurs Munet et Degérando, architectes, avaient faite en présence du Prévôt des Marchands, le 10 mai 1760, on constatait que ce portique était ruiné par leffet du temps et des infiltrations d'eaux pluviales, et que les dégâts commençaient à gagner les pavillons qui servaient d'appui aux portiques; puis, en précisant la manière dont la restauration devait être faite, on émettait l'avis

que les revêtements anciens en pierre tendre des maçonneries, fu:

sent enlevés et remplacés par des pierres dures posées sur champ, et retenues à la masse par des crampons de fer.

Ce procès-verbal obtint une certaine publicité, et fut communiqué à Soufflot, qui venait de diriger à Lyon les travaux de la salle de spectacle et faisait exécuter encore, en ce moment même, le grand dôme de l’Hôtel-Dieu. Soufflot napprouvait pas le mode de restauration proposé, et nous rencontrons dans les archives communales, à la date du mois d'août de la même année, sinon les observations critiques que Soufflot avait pu faire, mais une réponse à ces critiques faite par un anonyme. Cette réponse nous rend ainsi compte du degré d'importance des objections du grand architecte, et lorsqu'il blâmait l'emploi de la pierre dure posée en délit, alternant avec la pierre tendre, il était certes dans le vrai. Cependant le Consulat n’en entreprit pas moins ces travaux tels que le procès-verbal les indiquait, c’est-à-dire dans de si fâcheuses conditions, que, lors de la grande restauration que nous fümes appelé à diriger, le portique était dans un état de ruine tellement menaçant, qu'une nouvelle restauration m'était dorénavant plus possible, et qu'il fallut le démolir et le reconstruire en entier en le prenant par la base, qui fut seule conservée

Le Consulat paraît, du reste, s'être trouvé à cette époque sous l'influence de fâcheuses inspirations

relativement à notre monument, puisque le 28 décembre 1768, quelques années après la prétendue restauration dont nous venons de parler, il permit à Jean-Antoine Morand (1) de construire à ses frais des petites boutiques en pierre de taille (2), au droit des deux pavillons de l’Hôtel-de-Ville, du côté de la place de la Comédie. Cette permission fut donnée à cet architecte afin qu'il tirât parti de la location de ces boutiques, en indemnité de ce que la Ville ne lui avait pas payé les honoraires qu’elle lui devait au sujet de la construction du théâtre, et pour la direction des peintures et des décorations de cette nouvelle salle.

(1) Jean-Antoine Morand est né à Briançon en 1727. Il quitta la maison patemelle à l'âge de treize ans, afin d'échapper, dit-on, aux instances

que faisait sa famille pour lui faire

e la carrière ecclésiastique, et vint À Lyon où il se fixa et étudia l'architecture, A l'âge de dix-sept ans,

en 1744, Morand était déjà employé par la ville de Lyon, à l'occasion des fêtes qu'elle donna à propos de la convalescence du roi Louis XV:

plus tard, en 1756, .ses talents furent encore mis à contribution à l'occasion de la prise du port Mahon.

gl

1 le fut au

e de Servandoni, auprès duquel il avait é ï de Soufflot et devint son ami. Ce dernier, en partant de Lyon

pour aller habiter Paris, lui laissa le soin de terminer la salle de ctacle dont il avait donné les plans, et plusieurs maisons du quai Saint-

Parme, pour construire un théâtre, à l'occasion du mari de l’Archiduchesse a

Clair. En 179, cet artiste fut appe

ec l'Empereur. Sa

réussite fut complète et mit le sceau à sa réputation

Morand est l'auteur d'un plan de Lyon gravé et portant la date de 1776, qui est plein d'intérêt en raison des améliorations qu'il indique et dont la plupart ont été réalisées depuis. Ainsi, Morand avait projeté les belles lignes de quais qui enserrent les deux rivières, il avait prévu la rue Centrale et la rue de Bourbon, qui ne furent exécutées que trois quarts de siècle après; il avait fait pour les Brotteaux des tracés de

rue qui ont été suivis en grande partie.

Afin de hâter la réalisation de la mise en valeur des terrains situés au-delà du Rhône, il avait proposé aux Echevins, qui l'avaient acceptée, la construction d'un pont en charpente, d'un système dont il était l'inventeur. Ce pont fut livré à la circulation le 7 avril 1775: il porte le nom de son auteur, et n les attaques qu'il subit pendant le siége, et surtout malgré les rudes assauts que les glaces ou les eaux débordées du fleuve lui ont fait subir en maintes circonstances, il présente toujours la même solidité.

Monsieur, depuis Louis XVIII, passant à Lyon en 1775, fit obtenir à Morand la décoration de Saint-Mi mais les distinctions qu'il avait reçues et la notoriété qui entourait son nom, ne firent que le désigner davantage aux füreurs révolutionnaires : proscrit après le siége, il fut jeté en prison et porta sa tête sur l'échafaud le 24 janvier 1794

() Ces boutiques ont disparu au moment de la restauration générale que nous avons rappelée plus haut; elles étaient devenues propriété de la ville, au terme de leur concession, qui avait été fixée à trente années, À partir du 1° janvier 1769

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