Combes, Exploration de Cile d'Anticosti
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GÉOGRAPHIE. It
baie de Sainte-Glaire jusque dans le voisinage de la rivière au Fusil; et des traversées de Tîle dans le sens de sa largeur ont été laites du côté Nord au côté Sud ; du Grand-Mac-Carthy àla baie Ellis; de Tembouchure de la rivière Vauréal à Testuaire de la rivière Chicot te ; de la baie du Renard à la pointe du Sud ; et, bien qu'il reste encore beaucoup à voir, on peut avancer comme très probable qu'il n'y a pas de sommets dépassant sensiblement celui de 350 mètres (fig. 4) dont la pente du côté Sud est extrêmement rapide.
L'île d'Antîcosti est presque complètement couverte d'une forêt très dense, de sous-bois excessivement vigoureux et de très belle venue.
Autour de l'île, cependant, on trouve des parties exposées aux vents qui, soufflant avec une grande violence, ont tourmenté cette végétation sur une largeur plus ou moins grande, mais qui n'excède pas quelques centaines de mètres. Les personnes qui n'ont jamais dépassé cette zone, le plus souvent des navigateurs, en parlant de cet aspect côtier de la forêt, cmt fait naître une légende ridicule qui a circulé à Tenvi et d'après laquelle les arbres sont tellement bas et serrés qu'on chemine, non pas à travers, mais sur la forêt. Cette soi-disant forêt sur laquelle on marche — c'est plutôt elle qui a marché puisque cette histoire a fait le tour du monde dans les livres de géographique — se trouve en quelques endroits de la côte, comme à la Pointe-Ouest*, par exemple. Là, la végétation se présente, en effet, sous l'aspect d'un tapis serré de plantes basses [Arctostaphylos Uva Ursij Yaccinium Vitis-IdâBa, Yaccinium pennsylvanicum, Ribes oxyacanthoïdeSy Empeirum nigrumy etc.), formé en outre de tous petits sapins et d'épicéas tourmentés^ entremêlés d'ifs rampants {Taxus bacchata) et de nombreux genévriers nains [Juniperus nana) qui étendent toujours, là comme ailleurs, leurs rameaux allongés sur le sol.
Mais avançons de quelques pas dans l'intérieur. Nous
\, Mgr Laflamme, dans la Vérité de Québec du 12 octobre 1901, a très bien montré l'absurdité de celte légende.
trouvons des sapins, des épicéas et des bouleaux tordus par les vents d'automne et écrasés pendant Tliiver par des bancs de neige de plusieurs mètres de hauteur, bancs formés par le poudrin qui arrive du large. Ce poids énorme imprime aux arbres, à la fonte des neiges surtout, d'étranges déformations, qu'ils conservent. Les bouleaux à Técorce lisse prennent alors Taspect du serpent de Laocoon, et les conifères présentent des allures trapues et massives. Dans ce mélange d'arbres déformés, les branches mortes sont nombreuses ; et dans ces conditions, je ne vois pas la possibilité, même pour un acrobate de profession, de tenter la plus petite excursion sur les arbres.
Poursuivons notre marche en nous éloignant de la côte d'une vingtaine de mètres seulement, et nous voyons aussitôt les arbres se redresser. Leur tête, il est vrai, semble encore fuir vers l'intérieur, mais le même phénomène a lieu dans tous les pays du monde où les arbres sont exposés aux vents du large.
Avançons toujours. La vraie forêt nous apparaît alors, et dans les endroits où la terre ainsi que l'égouttement du sol sont suffisants, les arbres se trouvent être d'une grosseur et d'une qualité qui a permis d'exploiter de beaux bois pour les scieries.
Lacs et Savanes, — La forêt couvre environ les trois quarts de Tîle. L'autre quart est occupé par les savanes et les lacs. Quelques-uns de ces derniers, comme le lac Plantain, ont une superficie assez étendue*. On verra, du reste, dans la région de la Pointe Ouest, qui est la mieux connue, tous ceux dont le relevé exact a été fait. J'ajouterai que dans la même région il y en a beaucoup d'autres de plus petites dimensions qui n'ont pas été relevés. On pourra également constater que la ligne de partage du centre, qui avait été entreprise en hiver dans un but d'exploration, a rencontré plusieurs lacs, et qu'on en a relevé quelques-uns dans le tracé des traversées de
!. Superficie du lac Plantain, 223 hectares; longueur, 3 klm. 140; largeur, 1 kilomètre.
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Tile, tracé qui en eût rencontré bien davantage si, pour la commodité de la marche, on n'avait suivi de préférence le lit des rivières.
Quant aux savanes, elles semblent aussi nombreuses que les lacs, et Tétendue de certaines d'entre elles égale et même dépasse celle des plus grands de ces derniers. Sur une petite colline à TEst de la baie Sainte-Glaire*, on avait élevé une tour de bois de 20 mètres de haut dans un but d'observation, d'où le nom d'Observatoire donné par confusion à celte tour; d où montagne de l'Observatoire, chemin de TObservatoire, Cette tour, dans la charpente de laquelle apparaissait à l'horizon le soleil levant, a été, vers la (in de l'hiver 1900, renversée pendant la nuit par une tempôte du Nord-Ouest. Le lendemain matin, dès que nous nous en sommes aperçus, nous nous y sommes rendus plusieurs en raquettes, et nous avons pu constater qu'elle était tombée du côté de l'Est, coupée au ras de la tôte des arbres, dès que la forêt ne l'avait plus protégée.
Du haut de cette tour*, la vue s'étendait sur une longueur de terre d'une vingtaine de kilomètres environ. Les lacs et les savanes accessibles à l'œil nous ont semblé alors être bien dans la proportion indiquée plus haut.
En regardant dans la direction de la côte Nord du golfe, nous pouvions distinguer très bien avec une jumelle le phare des Perroquets et les maisons de Mingan. Rien n'eût été plus facile que de correspondre avec leurs habitants au moyen d'un télégraphe à signaux.
Mais, sans nous élever aussi haut, même du bord de la mer, nous voyons très souvent de la baie Sainte-Glaire une grande étendue de cette côte Nord, qui ferme notre horizon de ce côté, et où les seules saillies importantes pour le regard sont les montagnes de la rivière Saint-Jean. Par des temps clairs, nous voyons également du côté du Sud-Ouest, mais