Pkrland, Hisloii-e du Canada
3. Cet acte a été fait en mars 1680, par Jacques Duchesnau, intendant, et adressé au sieur Jolliet. Registre dlntendance, n* 10 à 17, folio 619.
4. M. Ernest Gagnon, le consciencieux historiographe de Louis Jolliet, nous met en garde contre la confusion qui pourrait se produire entre le « titre d'hydrographe du roy, conféré à Jolliet en 1680, et le titra et les attributions de professeur d'hydrographie à Québec, qui ne lui furent donnes que dix-sept ans plus tard, par commission portant la date du 30 avril 1697. Jolliet reçut le titre d'hydrographe du roy en même temps que la concession de l'ilc d'Anticosti; il reçut le titre de professeur d'hydrographie en même temps que la concession d'une autre seigneurie, beaucoup moins importante, celle delà rivière Etchemin, voi->, B^ne de la seigneurie do Lauzon n.
HisTtoiaE.- ' a
. . ACTE DÉ CONCESSION DE L*ISL» D*AMTIGOSTY ; ^j,
\i Jacques Duchesnau^ cbevalier, conseiller du roy en ses co;rtr seils, intendant de la justice, police et finances en Canada, Acadi^é^, Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale.
« A tous ceux qui ces présentes verront, aalut û Sçavoir faispns, que sur la requête à nous présentée par le sieùr Louis JoUîet, de-^ meurant à Québec, à ce qu'il nous plust luy vouloir accorder ei^ titre de fief et de seigneurie, haute, moyenne et basse justice, risie d*Anticosty, située à Tembouchuré du fleuve Saint-Laurent, dans laquelle il désirerait faire des establissements de pesche de molue verte et sèche, huiles de loups-marins et de ballaines et par ce moyen commercer en ce pays et dans les Islesde l'Amérique; Nous, conjointement avec Monsieur le comte de Frontenac, conseiller du roy en ses conseils, gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en Canada, Acadîe, Isie de Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale, et en considération de la découverte que le dit sieur Jolliet a faite du pays des Illinois, dont il nous a donné le plan, sur lequel la carte que nous avons envoyée depuis denx ans à Monseigneur Colbert, ministre et secrétaire d*Ëtat, a esté tirée, et du voyage qu'il vient de faire à la Baye d'Hudson poxvç Tinterrest et l'avantage de la ferme du roy en ce pays, avons au dit sieur Jolliet donné, accordé et concédé, donnons, accordons et concédons par ces présentes la dite Isle d'Anticosty, estant à Tembouchure du fleuve Saint-Laurent, pour en jouir, par luy, ses hoir» et ayans cause à l'avenir en titre de fief, seigneurie, haute, moyenne et basse justice, à la charge de la foy et homago que le dit sienr Jolliet, ses dits hoirs et ayans cause seront tenus de porter au château Saint-Louis de Québec, duquel ils relèveront, aux droits et redevances accoutumés et aux désirs de la coutume de la prévosté et vicomte de Paris qui sera suivie pour cet égard par prévision en attendant qu'il en soit autrement ordonné par Sa Majesté, et que les appelations du juge qui pourra être eslably au dit lieu ressoiv* tiront pardevant le lieutenant-général de Québec, en attendant qu'il en soit estably un plus proche de la dite Isle d'Anticosty; comme aussi qu'il tiendra et fera tenir feu et lieu par ses tenanciers sur les concessions qu'il leur accordera, et faute de ce faire qu'il rentrera de plein droit en possession d'icelles, et conservera, le dit Jolliet^ et fera conserver par ses tenanciers les bois de chesne * qui se trou-
1. Le chêne n'existe pas sur l'ile. D'après le Seventh Report of the Montréal Borticultural and Fruit Growers Association of the Province ofQuebec^ l'extrême limite Nord du chêne blanc (Quei^cia atba) serait Québec.
veront propres pour la construction des vaisseaux dans retendue de la dite isle, et qu'il donnera incessamment ayis au roy ou à nous, des mines, minières, ou minéraux si aucuns s'y trouvent, et laissera et fera laisser tous chemins et passages nécessaires, le tout sous le bon plaisir de Sa Majesté de laquelle il sera tenu de prendre la confirmation des présentes dans un an.
<( En témoin de quoy nous avons signé ces présentes, à icelles fait opposer le sceau de nos armes et contresigner par notre secrétaire. \
a Donné à Québec en mars mil six cent quatre-vingt.
Signé : Dughesnau.
« Registre au greffe du Conseil souverain à Québec par mo y greffier en chef en iceluy soussigné.
Signé : Peuvret. »
Voilà donc Jolliet en possession d'Anticosti, au printemps de 1680, alors que la navigation est redevenue possible. Aussi ne tarde-t-il pas à y aller et à défricher un petit coin. L'année suivante, il s'y installe avec sa famille, composée de sa femme* et de quatre enfants, et avec son personnel qui comprend cinq hommes et une servante. 11 a en outre apporté avec lui six fusils et deux hôtes à cornes qui pourront pftr turer dans les quelques arpents défrichés. Peu- à peu son installation première s'améliore. Pendant ce temps, de concert avec son frère Zaccharie et des parents de sa femme, il continue l'exploitation des îles de Mîngan.
(( En 1685, nous dit M. Margery, il avait déjà hiverné deux fois à Anticosti, dans la maison qu'il avait fait faire et r hiver lui avait paru beaucoup moins rude quà Québec. Il avait fait élever aussi aux lies Mingan une autre lùaison et un magasin pour fournir aux sauvages leurs petites commodités.
« Tout l'avantage de ces dernières îles était, comme pouif
1. Claire-Françoise Bissot, que Jolliet épousa en octobre 1673, in J. Ëdmon<jl Roy, Seigneurie de Lauzon.
Anticosti, dans les bons mouillages, dans l'abondance de la morue et du loup-marin, dont Thuile et les peaux se vendaient un bon prix. L'été, Jolliet péchait au Nord de ces iles, dans plusieurs rivières, cinq à six milliers de saumons. Jolliet, au moyen de ces deux établissements, songe dès lors à approvisionner la colonie. Il fournissait du poisson à tout Québec et à la plupart des soldats; mais cet approvisionnement demandait autre chose que la petite barque dont il pouvait disposer, et en 1685, il demandait au roi de lui prêter un navire pour quatre ans, afin d'agrandir cette entreprise et d'employer à la navigation les jeunes Canadiens (ses compatriotes) qui seraient ainsi détournés de la vie libertine qu'ils menaient dans le bois. »
Le baron de Lahontan^ nous renseigne de la façon suivant sur l'entreprise du premier seigneur d'Anticosti : « Le fleuve Saint-Laurent a 20 ou 22 lieues de largeur à son embouchure, au milieu de laquelle on voit Tile d'Anticosti qui en a 20 de longueur. Elle appartient au sieur Jolliet^ Canadien, qui y a fait faire un petit magasin fortifié, afin que les marchandises et sa famille soient à l'abri des surprises des Esquimaux. Ces Esquimaux sont des peuples féroces qu'on n'a jamais pu humaniser. Ce n'est pas avec eux, mais avec d'autres nations sauvages, savoir les Montagnais et les Papinachois, qu'il trafique d'armes et de munitions pour des peaux de loups-marins et quelques autres pelleteries. »
Dans son histoire si documentée de la Seigneurie de Lauzon, M. J.-E. Roy, maire de Lévis, nous apprend quels sont les articles dont s'était muni Jolliet pour ses exploitations d'Anticosti et de Mingan et autres postes.
Son beau-père, « François Bissot (originaire de Pont- Audemer), avait d'abord commencé son premier établissement de pécheur à l'ile aux Œufs, puis il avait installé sur la terre ferme différents postes échelonnés de distance en distance faisant du havre de Mingan son chef-lieu. Après sa
1. Baron de Lahontan. Mémoires de VAmériqHe septentrionale. Vol. Il, p. 8 et 9. . ,
2i MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTICOSTI.
mort^ en 1679. Louis JoUiet et Jaques de la Lande se firent concéder les îlets de Mingan échelonnés en face de la côte. Joliiet possédait déjà Anticosti. Ils fixèrent des postes un peu partout^ au Mécatina, à Tile Sainte-Marie, dans la baie Saint- Augustin. Joliiet et de la Lande s'associèrent d'abord Denis Guy on, bourgeois de Québec, et Marie Laurence, veuve d'Eustache Lambert, pour exploiter ces postes. On frétait les b&timents à Québec.
« Un bâtiment avait d'ordinaire six hommes d'équipage auxquels on donnait de vingt-cinq à trente livres par mois. Le chargement se composait de fusils, de fer à flèche, battefeux, haches, capots, couvertes, rasades, étoffes bien voyantes, chaudières, bains de morue, pour faire la traite, des planches; du clou, des balles, de la poudre, du pain, des pois, du sel, dn lard. » On y trouvait également : « grandes manches avec galons, grands et moyens capots, grands bonnets doubles avec galon, justaucorps, fil, iroquoises, blé d'Inde, justaucorps galonnés de faux argent, iroquoises bleues, vinaigre, chandelles, beurre de France, eau-de-vie, chemises de traite, chapeaux, couvertes de Rouen, vin, tabac, draps de Limbourg, arcanson, prunes, bains, couteaux à trancher la morue, lignes, rets à hareng ».
Tout semblait aller pour le mieux dans les différentes installations de JoUiet quand, dans l'automne de 1690, William Phips, en allant assiéger Québec avec une flotte de trenle-cinq vaisseaux montés par plus de 2000 hommes, s'arrêta à l'île d'Anticosti et à Mingan, détruisit les établissements de pèche et fit prisonniers Joliiet et sa femme ainsi que plusieurs pécheurs, et les emmena devant Québec où il mit le siège dans le mois d'octobre.
Après de vaines tentatives, la flotte assiégeante, avant de reprendre la route de Boston, échangea ses prisonniers contre des prisonniers anglais détenus à Québec.
Ces déboires ne découragèrent pas le hardi explorateur, et. en 1697, il loua pour cinq années, des héritiers Bissot, « les parts qu'ils possédaient dans la seigneurie de Mingan;
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sur la terre ferme depuis File aux Œufs jusqu'à la baie deà^ Espagnols... pour y faire du négoce * ».
Entre temps, il n'oubliait pas qu'il était hydrographe et publiait en 1698 la carte d'Anticosti, que je reproduis ici et dont je dois la communication à M. Ernest Gagnon.
La date exacte et le lieu de la sépulture de Louis Jolliet sont inconnus. Cette date est placée par les historiens entre 1699 et 1701 ; quant à la sépulture, voilà ce qu'en dit labbé Ferland : « Nos registres ne présentent aucun acte qui puisse faire connaître le lieu de la sépulture de Louis Jolliet... Il est probable qu'il sera décédé dans son île d'Anticosty, oîi il se rendait chaque année pour la traite et la pèche du loup-* marin. »
En 1725, par un acte daté du 12 avril de la môme année; les trois enfants de Louis Jolliet, savoir, Charles Jolliet, sieur d'Anticosti, Jean Jolliet, sieur de Mingan, et Claire Jolliet, épouse de Joseph Fleury de la Gorgendière, héritèrent de nie d'Anticosti par parties égales et indivises.
Le 18 du mois d'avril 1725, le sieur Joseph Fleury de la Gorgendière, négociant en la ville de Québec, déclare ' « que sur le fief d'Anticosti, il y a dans la partie de l'île qui donne partie dans le fleuve Saint-Laurent et partie dans la Baie ^ et du côté Nord, deux établissements à la distance de 25 lieues, ou environ, l'un de l'autre, occupés par le dit sieur Charles Jolliet d'Anticosti et ses engagés, sur lesquels établissements, il y a, sur chacun, une maison de bois de 20 pieds en quarré et 8 à 10 arpents de désert*.
« Qu'au bas de la dite île, il y a un établissement de pèche sédentaire pour la morue, tenn par les dits sieurs Jolliet.
« Que sur le dit fief des isles Mingan, il y a, sur une des isles du dit fief, du côté du dit fleuve, une maison de bois de