Voir fig. n
76 MONOGRAPHIE DE L'ILE D'ANTfCOSTI.
nous trouvons, ici comme là, dans des terrains de formation assez semblable. Ces gorges de la Rivière Vauréal nous montrent une magnifique coupe de la division B. Les circonstances ne m'ont pas permis d'y retourner depuis 1896, et malgré Texamen trop rapide que j'en ai pu faire alors, dans celte île d'Anticosti que je voyais pour la première fois, et avec une géologie comme toute celle de l'Amérique très différente d'allure de celle de l'Europe, j'en ai gardé des échantillons, des notes et un souvenir, qui se sont trouvés concorder avec ce que j'ai lu, plus tard, de cette division B, dans la Géologie du Canada de la Commission géologique.
A partir de la Rivière K«w/r a/ jusqu'à la Pointeau Renard^ la côte présente une succession de falaises taillées à pic d'une hauteur de trente à cent mètres et laissant entre elles des baies où l'eau est assez profonde pour que les bâtiments puissent y trouver un refuge contre tous les vents qui ne sont pas de la partie Est. La dépression qui constitue la baie se poursuit à l'intérieur des terres en des vallées bien dessinées dont les flancs s'égoutteraient facilement par la culture et dans le fond desquelles se trouve un ruisseau.
Ces falaises qui se succèdent présentent toujours les mêmes lits calcaires, le môme aspect lithologique et paléontologique. A partir du Cap Observation, en allant à la Rivière aux Saumons jy elles ont reçu les désignations suivantes : La Pointe Guy qui a une hauteur de 70 mètres; la Tête de rOurs où le plongement des strates est S. 17*^0; la Pointe de la Tour; le Cap Robert où le plongement est S. 23''0, et enfin le Cap Henri\
Ce dernier cap, taillé à pic sur la mer, a une hauteur d'une centaine de mètres. A sa base se trouvent les premiers fossiles en forme d'arbres ^ que l'on trouvera plus loin en abondance.
1. Il y a un autre Cap Henri, à l'entrée Ouest de la Baie EUis.
2: J'ai également trouvé de ces fossiles en arrière du village de VAnse aux Fraises, sur la petite crête qui le domine, dans le creusement des trous qui ont servi à la pose des poteaux téléphoniques.
Mais poursuivons notre route. Nous arrivons bientôt dans une anse où se jette la Rivière aux Saumons. Cette anse est limitée à TOuest par une falaise verticale au pied de laquelle, regardant TEst, se trouvent, au niveau de Teau, deux petites excavations de quelques mètres de profondeur, creusées par les vagues, et qui, à quelques centaines de mètres de distance, ressemblent à des entrées de grottes.
La Rivière aux Saumons, que j'ai remontée à plusieurs lieues dans l'intérieur, présente une série de chutes intéressantes dont la plus élevée a 18 mètres de hauteur. L'embouchure de cette rivière dessine un assez large estuaire qui a été comblé par des caillloux roulés formant un banc considérable dans lequel la rivière sort au Levant, en biseau. On y peut entrer en baleinière, mais il y a à franchir une barre qui peut être dangereuse par certains vents.
L'anse de cette rivière est limitée à l'Est par une petite falaise des plus intéressantes. C'est ce qu'on appelle la Pointe à la Batterie. Elle doit son nom à ce qu'il s'y trouve un grand nombre de fossiles ressemblant a des troncs d'arbres * et présentant souvent, dans la paroi de la falaise, une extrémité libre, circulaire et percée d'un orifice central qui leur donne des allures de bouches à feu. Le diamètre de ces fossiles varie de 3 ou 4 centimètres à 25 ou 30.. Les lits qui les contiennent se poursuivent dans l'intérieur, et à deux kilomètres dans la Petite Rivière aux Saumons qui se trouve un peu plus loin, j'ai rencontré plusieurs de ces fossiles, dont un, dégagé par l'action des eaux du calcaire environnant, présentait une partie libre de l",50de longueur et d'un diamètre de 0",15.
Passé cette Petite Rivière aux Saumons, nous rencontrons dans une anse des schistes arénacés qui probablement couronnent la Pointe Joseph dont la hauteur est d'une soixantaine de mètres. Le fond de cette anse présente des lits de grès qui forment une large bande de plusieurs mètres d'épaisseur dans la partie supérieure du Cap Jacques et vont de là
t. BiUings les a décrits sous le Dom de BeatHcx. Explorai. géoL du Canada.
en s*abaissant vers la Baie Prinsta où ils se trouvent au voisinage de Teau. Ils se montrent encore à la partie inférieure du Cap de la Table et plongent ensuite sous Teau avec une inclinaison S. 19^*0.
Ces grès d'un gris verdâtre sont très calcaires. Ils se présentent en lits de quelques centimètres à plusieurs mètres d'épaisseur, dont quelques-uns sont espacés par de fines couches de mica brunâtre. Peu riches en fossiles, ils contiennent quelques petits cailloux de quartz, ainsi que de | petits fragments de jaspe d'un beau rouge sang. Leur hauteur ! totale est de 18 mètres.
A ces grès, succèdent des lits calcaires de la division B, qui se termine à la Pointe du Renard près de la baie du même nom.
Division C. — Les divisions A et B sont étendues sur le côté Nord de l'ile, de la Pointe Ouest à la Baie du Renard; elles ont comme homologue la formation de Hudson River.
Avec la division C commence ce qu'on a appelé le GBOUPE D'ANTICOSTl, parce qu'il présente un caractère qui lui semble spécial. Les divisions de ce groupe, sauf la division F qui est tout entière du côté Sud, apparaissent sur une certaine étendue de la côte Orientale de l'île, disparaissent bientôt pour s'étendre comme de larges bandes à l'intérieur, courant plus ou moins parallèlement aux divisions A et B et réapparaissent à la côte dans la région Occidentale.
Dans la région de l'Est où nous sommes actuellement sur le côté Septentrional, la division C commence déjà dans la portion Orientale du Cap Jacques, se continue dans le fond de la Baie Prinsta sur près de trois kilomètres et plus loin, à l'Est, couronne la tête du Cap dé la Table, Elle arrive ensuite à la Baie du Renard qui est entièrement creusée dans cette division et où le plongement des roches est S. 18**0 avec une pente de 18 mètres par kilomètre, pour se terminer à une baie Innoméc, baie située de Tautre côté de la Pointe du Reef (Pointe du Récif qui ferme à l'Est la baie du Renard). Les
FALAISE DE LA BAIE DES OISEAUX (Fig. 29)
GEOLOGIE. 79
roches de cette division sont généralement plus tendres que celles vues précédemment. Elles présentent toutefois des lits minces très fossilifères, beaucoup plus durs que les autres et qui résistent mieux aux intempéries, comme on peut le voir dans la partie gauche de la figure 30.
Les lits, en général réguliers, sont composés de calcaire gris, parfois compact et argileux, parfois plus pur et plus clair, d'autres fois légèrement arénacé; ils nous montrent aussi des schistes argileux et des schistes verdâtres renfermant des coraux et des Beâtriceâ.
Nous allons maintenant nous transporter près de l'extrémité occidentale de Tlle pour retrouver cette division C. Là, nous la voyons commencer au Cap à C Hirondelle pour se terminer à la Pointe aux Graines (autrefois Longue Pointe) avec une moyenne S 13<*0. pour le plongement de ses lits.
Les roches qui la composent sont dans celte partie des calcaires gris jaunâtre, gris cendre, gris bleuâtre, entremêlés de schistes argilo-arénacés.
Les fossiles .sont assez nombreux au Cap à rHirondelle et parmi eux se trouvent un assez grand nombre de Petraia GRAciLis que les gens du pays appellent des cornes.
On rencontre, en outre, Favosites prolificus, Stenopora
FIBROSA, HaLISYTES CATENULATUS, LePTŒNA CERICEA, StROPHOMENA
pecten, Orthis laurentina, etc. A la baie EUis, dans une carrière qu'on a ouverte près de la Falaise Blanche [Cap Blanc) ^ les brachiopodes sont nombreux et bien conservés; je signalerai particulièrement : Leptœna séricea, Strophomena rhom- BOiDALis, Orthis lynx, Ortihs porcata, Pentamerus reversus, Atrypa marginalis.
Il est digne de remarque que la Baie EUis comme la Baie du Renard — les deux seules baies de l'île qui puissent actuellement servir et qui servent, en effet, de ports, — sont toutes les deux creusées dans la division C. Il en résulte que l'extrémité Occidentale et l'extrémité Orientale de cette division sont les deux principaux points d'amorce de la colonisa-
tion de T'ïle, où la première de ces baies joue, pour le moment, le rôle principal.
Division D. — Dans la partie Septentrionale de Tlle, cette division s'étend de la Pointe du Reef à la partie Orientale de la Baie aux Oiseaux (fig. 28), près du Ruisseau de la Chute, tout à côté de la Pointe Est.
Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de faire observer que les noms géographiques donnés par Richardson à cette partie de la côte ne sont pas exacts en ce qui concerne la Baie et le Cap aux Oiseaux [Gull Cove et Gull Cape).
La carte de Bayfield, ainsi que tous les marins que j'ai consultés nomment Baie aux Oiseaux ^ la première baie au Nord-Ouest de la Pointe Est. Je la connais particulièrement pour m'y être réfugié mainte fois à bord du Savoy alors que la tempête sur le côté Sud de l'île nous obligeait à y chercher un abri momentané. De plus, c'est dans cette baie qu'a eu lieu le naufrage du Merrimac\ et comme le Savoy a porté secours à ce bâtiment malheureux, j'ai eu l'occasion de l'accompagner et de rester plusieurs jours au mouillage dans cette baie, à quelques brasses de la falaise. C'est même plus particulièrement en cette circonstance qu'il m'a été loisible de faire provision d'échantillons géologiques et d'observer en même temps les nombreux oiseaux de mer ' qui y établissent leurs nids.
La baie appelée Gull Cove par Richardson n'ayant pas de nom, je le désignerai par le vocable de Baie Jmiomée. Cela élant établi, nous voyons qu'à la Baie Innomée, les lits sont composés de calcaire gris plomb surmonté de schiste verdàtre arénacé, qui est recouvert lui-même de calcaire gris jaunâtre, puis gris foncé, tant soit peu bitumineux. Le tout a une épaisseur d'une quarantaine de mètres et un plongement S. 280 0.
Dans la concavité de côte qui lui fait suite, la Baie à Crête
i. Vapeur anglais échoué par la bruine, le 14 juillet 1899.
2. Voir chapitre des Oiseaux : Rissa tndactylay Uria IroHe^ etc.
POINTE DE L EST (Fig. 30)
RIVIÈRE CHICOTTE COULANT EX PLEIN MARBRE (I ig. 31)
de SablCy nous constatons que les couches qui la composent sont formées principalement de calcaire gris jaunâtre, qu'elles ont une épaisseur totale d'une vingtaine de mètres et un plongement S. 38o 0.
En poursuivant notre route à i*Est, nous arrivons à la Baie aux Oiseaux^ dont les lits de couleur gris de fer plus ou moins clair, fournissent de nombreuses saillies peu prononcées et sur lesquelles, toutefois, des milliers d'oiseaux trouvent le moyen de pondre et d'élever des petits dont beaucoup, en grandissant, tombent, faute de place, à la mer qui vient battre la falaise à marée haute.
L'un de ces lits contient de nombreux trilboites^ Calymene Blcmenbachi, parfaitement bien conservés et qui se détachent en relief dans la roche. Un autre présente une surface recouverte de petites pyrites de fer.
L'exploration de cette côte le plus souvent taillée à pic est relativement difficile et ne peut se faire qu'en canot quand le temps le permet.
Lors du naufrage du Me?rima€, je l'ai examinée à loisir en compagnie de M. Joseph Obalski, ingénieur des mines, dont j'ai pris la photographie au tournant de la Pointe Est, près d'une roche curieuse, isolée de la côte. Des lits durs, minces et très fossilifères ont protégé la roche sous-jacente de l'action des embruns et des précipitations atmosphériques et à la façon de pierres qui, placées sur la glace, protègent, lors de sa fusion, une colonne plus ou moins intacte pendant quelque temps; ces lits durs ont, par places, protégé les roches d'en dessous, d'où la formation de colonnes comme celles de la figure 30. Les fossiles consistent surtout en cœlentérés et bryozoaires, parmi lesquelsje citerai : Favosites Gothlandica et Stenopora fibrosa.
Dans la région Occidentale de l'île, nous retrouvons une portion de cette division D assez grande, puisqu'elle s'étend de la Pointe aux Graines au Cap Jupiter.
Chaque hiver, j'ai eu l'occasion de faire en raquettes le
premier tiers * de ce trajet pour aller pêcher la truite au Lac Becscies, qui est à 8 kilomètres dans l'intérieur; aussi cette portion m'est-elle bien connue. Les deux autres tiers, je les ai parcourus en été, à bord du Savoy, dont un des canots me déposait de place en place.
Cette division comprend des lits de calcaire gris rougeâtre et gris cendre tant soit peu bitumineux, parfois espacés par des couches argilo-calcaires qui tournent au brun rougeâtre au contact de l'air.
Les fossiles ne sont pas, en général, très nombreux. On remarque toutefois : PentamerusBarrandi,Favosites prolificus, Stenopora FiBROSA, Orthis salteri, Strophomexa Leda, Atrypa
RETICULARIS.
A la Rivière aux Canards, se trouvent de beaux et nombreux échantillons de Stromatopora concentrica. La côte est souvent basse et par suite l'examen des roches est moins facile, dans le premier tiers particulièrement où elle présente en bordure une série de petits lacs, remplis de canards l'été.
A la Pointe aux Graines, le plongement des strates est S. 21« 0., à la Bivière à la Loutre, S. 40^ 0.
Division E. — Revenant à la région Orientale de l'île, nous voyons la division E commencer près de la Pointe Est pour se terminer au côté Sud à la Rivière Chicote. Dans toute son étendue, cette division présente en général une côte basse qui s'enfonce en pente douce sous la mer, et le long de laquelle la roche n'affleure pas en tous les points, masquée souvent sur une longueur de plusieurs kilomètres par un dépôt de sable grossier ou de cailloux roulés.
Sur la figure 30 on a pu voir un aspect de ces assises de la Pointe Est qui se présentent en lits minces de dureté inégale. L'un de ces lits est recouvert de pyrites de fer de très petite dimension et en parait tout saupoudré.
La Pointe aux Bruyères, qui lui fait suite, est particuliè-
1. De la baie de Sainte-Claire à la Rivière Bescies, en passant par la Baie Ellis, la Pointe arix Graines, la Rivière aux Canards, etc.
GRÈS DU CAP SAINT-JACQUES (Fig. 28)
GEOLOGIE. 83
rement basse. Elle se trouve étranglée à sa base par deux lacs qui en font une presqu'île. Battue dans trois directions par les vents du large et fréquemment arrosée d'eau salée, elle se trouve complètement dépourvue d'arbres.
Gomme il a été dit plus haut, on n'y trouve aucune bruyère, mais seulement des représentants de la famille des Ericacées. Aussi, au lieu de l'appeler Pointe aux Bruyères , qui a été, selon moi, une mauvaise traduction de l'anglais, Heath Point, je trouverais beaucoup plus juste de l'appeler Pointe de la Lande, car en anglais Heath signifie non seulement bruyère, mais encore terrain inculte couvert de broussailles, et aussi lande. Pour quiconque a vu nos landes de Bretagne, cette Pointe aux Bruyères en évoque bien le faciès.
Nous allons maintenant doubler cette Pointe de la Lande et nous diriger vers TOuest de l'île, pour revenir à notre point de départ, en nous arrêtant le long de la route aux points les plus intéressants. Dans la partie Orientale de cette division E qui nous reste à parcourir, nous voyons des lits de peu d'épaisseur, en général, formés pour la plupart d'un calcaire gris cendre et présentant une très faible inclinaison. Quelques-uns même sont horizontaux. Toutefois la direction des plongements change souvent, résultat de légères ondulations ou de petites failles.
En arrivant par eau à la Pointe aux Cormorans et quand nous lui faisons face, nous voyons à notre droite les vestiges d'une ancienne homarderie; devant nous, une petite plage sur laquelle se rencontrent plusieurs blocs erratiques de gneiss, et à gauche, une petite falaise de quelques mètres très fossilifère. Nous y trouvons des polypiers, des encrines, différents mollusques et de nombreux Pentamerus
OBLONGUS *.
Mais continuons notre route. Nous arrivons à la Pointe de l'Oie [Goose Point) où il est facile de ramasser plusieurs