II. QUATERNAIRE d'aNTICOSTI
A mon premier voyage sur Tîle, dès Tannée 1896, j'avais eu l'occasion de constater qu'il y avait à Anticosti, au-dessus du silurien, des dépôts d'un âge relativement récent.
par les spécimens de cet endroit, et il suffit de se reporter ù la fig. 8 qui représente la Chute de la Rivière Vauréale pour voir à droite de cette reproduction exacte d'une photographie, une magnifique épinette dont on peut juger de la hauteur par celle du persounago qui se trouve au pied de la Chute, et qui n'est autre que M. Georges Martin-Zédë, dont la taille dépasse la moyenne.
C'est qu'en effet, avant même de descendre à terre, nous avions pu voir sur la carte marine de la Baie EUis, la présence de certains écueils groupés près du Cap Blanc et répandus un peu partout sur la plate-forme de cette baie, et, en débarquant, il nous fut facile de nous rendre compte que ces écueils n'étaient autres que des blocs erratiques, formés de roches cristallines et reposant directement sur les lits siluriens.
Un peu plus tard, en faisant des sondages dans de faibles dépressions de terrains où poussaient de nombreux peupliers baumiers, nos bêches ramenèrent de Targile à brique; enfin, dans un autre sondage au Lac Plantain, à plus de 3 kilomètres du rivage actuel de la mer, nous trouvâmes des coquilles de mollusques marins dont le golfe nous offre actuellement des représentants vivants.
Je rassemblai, dès lors, plusieurs autres faits concernant la géologie de surface, qui tous se rapportaient au quaternaire. Au mois d'août 1900, M>f''J.-C.-K. Laflamme, le savant professeur de géologie de l'Université Laval, vint à Anticosti accomplir un premier voyage géologique*, de la Baie Sainte- Claire à la Rivière du Pavillon, sur le côté Sud de l'île.
Dans la relation * de ce voyage, cette géologie de surface se trouve bien constatée et étudiée. Voici la traduction du passage qui la concerne :
Phéîiomènes glaciaires. — « Les roches d' Anticosti sont très souvent mises à découvert sur le sommet des collines. Dans les parties plus basses, elles sont souvent cachées par une plus ou moins grande épaisseur de gravier ou de détritus calcaires d'origine moderne. A différents endroits, ont été trouvées des épaisseurs variables d'argile stratifiée, avec des fossiles semblables à ceux qu'on trouve dans les argiles post-glaciaires des autres parties de la province de Québec. Leur surface est
1 . Il y a tout lieu d'espérer que ce voyage sera suivi do plusieurs autres, d*un non moindre intérêt.
2. M»' J.-C.-K. Laflamme, Geological Exploration pf Anticosti^ in Geological Survey Department Summary Report, Ottava, 1902.
couverte de sable siliceux également stratifié, mais dépourvu de fossiles. Ces lits argileux couvrent une partie du côté Ouest de File, où Ton commence à les mettre en culture. Ils apparaissent aussi très distinctement comme terrasses de rivière au Cap Sainte-Marie, ainsi qu'à la rivière du Cap et à la Rivière du Pavillon.,,
« Comme c'est la règle, les rivières d'Anticosti ont complètement remanié ces dépôts argileux et les ont érodés jusqu'au roc sur lequel elles coulent, et cela en dépit du volume d'eau restreint qu'elles possèdent, et malgré un pouvoir érosif comparativement petit.
Argiles d'origine post-glaciaire, — « Ces argiles sont postglaciaires. Les fossiles qu'elles contiennent et dont je vous ai envoyé des spécimens le prouvent amplement.
« Les nombreux cailloux qu'elles contiennent sont tous calcaires et ont des bords arguleux ; ils sont presque tous dérivés des roches de Tile. De plus, le caractère éminemment calcaire des argiles elles-mêmes est une preuve qu'elles sont le résultat de la décomposition de couches trouvées sur l'île et qu'elles ont été formées presque entièrement in situ et que les roches de la côte Nord ont très peu ou rien à faire dans leur origine. C'est pourquoi toutle sol cultivable d'Anticosti me paraît être d'origine locale. La grande rareté de sables siliceux serait expliquée par la formation de l'île qui contient très peu de lits de grès et aucune autre roche siliceuse.
Rareté des stries glaciaires, — « La rareté des stries glaciaires est due à la nature calcaire des roches et à leur exposition à l'air. J'en ai trouvé cependant quelques-unes de distinctes à la Rivière du Cap qui ont été protégées par un banc d'argile sableux de vingt pieds d'épaisseur environ. Leur direction est du Nord-Est au Sud-Ouest.
« Toutefois, l'évidence de l'action glaciaire est apparente si l'on étudie des cailloux et les blocs erratiques que l'on trouve en maints endroits de l'île, même sur les plus hauts points. Ces cailloux sont nombreux partout, et plutôt arrondis ; quelques-uns sont de bonne grosseur. Ils consistent en frag-
ments de gneiss, de granit, de labradorîte et d'autres roches qui évidemment arrivent du Nord. La présence de ces cailloux, jointe aux stries glaciaires, constitue la preuve indéniable du passage de Fancien glacier* sur la surface de Tîle.
« Que les eaux de la période suivante [Champlain) aient couvert Tlle d'Anticosti, cela est amplement prouvé par la présence de terrasses fossilifères d'argile arénacée aussi bien que par les nombreux cailloux calcaires portant les marques du creusement desSAXiCAVA, etc., que Ton trouve partout sur Tile tant dans les dépressions que sur les hauteurs.
Exhaussement distinctement marqué. — « L'exhaussement qui a caractérisé la lin de cette période dans la province do Québec est distinctement marqué sur l'île. On peut lui reconnaître deux phases qui sont clairement rendues manifestes par deux systèmes de terrasses que Ton peut remarquer à deux niveaux différents entre la Rivièi'e Sainte-Marie et la Rivière Jupiter, L'une se trouve de 8 à 15 pieds et l'autre à environ 30 pieds au-dessus du niveau du golfe Saint-Laurent. Cet exhaussement continue et paraît avoir lieu avec une remarquable rapidité. Cela est prouvé par les dépôts de gravier qui forment le sous-sol d'une grande partie de l'île entre la Baie Sainte-Claire et VAnse aux Fraises aussi bien que le comblement manifeste de la Baie ElUs,
« Le gravier est d'origine contemporaine comme les bancs qui sont en cours de formation sur les roches du rivage (sur le « reef », comme on dit à l'île) partout où l'action combinée du vent et des courants favorise cette formation.
a Je crois qu'il est mis hors de doute que si les dépôts de la période Champlain n'avaient pas envahi un certain nombre de baies, celles-ci eussent été remplies dans la suite par les débris provenant des différents lits et charriés par l'action des vagues.
La Baie Ellis a été comblée, — « 11 est certain que la Baie Ellis a été comblée. Le Lac Saint-Georges vient d'être relié
1, Le grand glacier continMital.
avec elle par un canal artificiel ^ Ces deux endroits communiquaient autrefois directement enlre eux, le lac formant originairement une sorte d'expansion latérale de la baie, expansion que Texhaussement de surface qui survint plus tard sépara.
« Au fond de la baie, près de Tend roi t où demeurait le fameux contrebandier Gamache, il y avait, de mémoire d'homme, un petit havre où de grandes goélettes pouvaient trouver un refuge. 11 n'y a pas longtemps que ce havre n'existe plus et est presque complètement à sec.
Extension des bancs de roches. — « Le gardien du Phare de la Pointe Ouest (M. Malouin) rapporte que les bancs de roches qui se montrent à plus d'un mille à mer basse, semblent découvrir chaque année davantage, comme si Teau du Golfe Saint-Laurent, suivant son expression, battait doucement en retraite d année en année.
« J'ai vu presque partout, de la Baie Sainte-Claire à la Rivière à la Loutre, les dépôts du rivage à des niveaux bien supérieurs à ceux qu'ils atteignent maintenant aux plus hautes marées. A la Pointe aux Graines, ces dépôts s'étendent sur une étendue de plusieurs hectares. Leurs surfaces présentent des ondulations en forme de longues vagues parallèles à la ligne du rivage. De pareilles preuves se trouvent en plusieurs points de l'île à de courtes distances de la mer, et les chasseurs qui ont perdu leur chemin dans les broussailles s'en rapportent à elles pour retrouver leur roule, l'expérience leur ayant montré qu'en marchant à angle droit de ces ondulations, ils retrouvent forcément le rivage. Tous ces faits tendent à prouver que, au moins la région Sud-Ouest de l'île est, môme maintenant, en voie d'exhaussement et cela d'une façon relativement rapide. Cette élévation prend une telle extension que, dans mon opinion, on devra en tenir compte dans la détermination des havres et des endroits de refuge le long de la côte. »
\, V. fig. 34, 35, 36.
Si j'ai donné la traduction de toute cette partie de Tintéressaut mémoire du professeur de géologie de T Université Laval, c'est que, évidemment, on ne saurait mieux dire. Je me permettrai toutefois de ne manifester aucune inquiétude en ce qui concerne le comblement futur du magnifique havre de la Baie Ellis. D'abord, les dépôts qui se trouvent actuellement dans la partie qui sert de port sont des dépôts meubles dont une drague aurait facilement raison, s'ils venaient à être gênants dans un avenir plus ou moins éloigoé. Cette action de la drague pourrait être augmentée par une retenue d'eau qui donnerait une chasse à mer basse et faciliterait l'entretien d'un chenal, là où il serait nécessaire. De plus, l'appontement actuellement construit est en bois et n'aura pas par conséquent une durée indéfinie ; il aura donc bien le temps d'être usé avant qu'il ne devienne hors de service par l'exhaussement. Rien n'empêchera alors nos arrière-petitsneveux de construire des maisons dans cette partie de la baie actuellement navigable. Mais alors un autre appontement pourra être établi à la hauteur du Cap Blanc, des Rosselets ou même du Cap à F Aigle, et si le fond de la baie se comble dans la suite des siècles, la plate-forme sortant de l'eau de plus en plus remplacera les falaises actuelles, et par exemple la Pointe des Ivrognes^ remplacera le Cap Henri, Les sondages de la carte de Bayfield nous montrent que, de cette façon, la durée de la Baie Ellis sera, pour ainsi dire, illimitée.
L'emplacement de Chicago est bien menacé d'être envahi par les eaux dans deux mille ans, ce qui n'a pas empêché d'y construire et d'y reconstruire l'immense cité que l'on connaît. 11 vaut mieux pour Anticosti sortir de l'eau que s'y enfoncer, bien que les marins puissent désirer le contraire à cause des dangers que présente pour eux cette île en plein golfe. .Quoiqu'il en soit, l'île d' Anticosti, qui a eu autrefois des mouvements d'affaissement, est maintenant en voie d'exhaussement. Que de pays florissants sont dans la même situation !
K Qui, espérons-le, aura cliango de noiiu
DEFRICHEMENT AUGER. — TERRAIN DE TRANSPORT (Fig. 33)