Suess, La Face de la terre j t. ii, p. 4i
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Au Nord-Est de la Baie Ellts, par exemple, on trouve deux plaines principales dont Tune s'étend sur un kilomètre de long et sur trois cents mètres de large; l'autre sur un peu moins ; et qui ont comme fossiles dans leur sous-sol argileux, des Saxicava rugosa en quantité et des Mya trcncata.
Ce qu'il y a dès maintenant d^intéressant à noter à ce propos, c'est que sur ces plaines, la flore change du tout au tout, de telle sorte qu'alors que la plus grande surface de l'île est couverte de plantes calcicoles, ces plaines permettent la croissance de plantes calcifuges, rares sur l'île. Je citerai parmi elles, un Crataegus que j'ai également rencontré à la Baie du Renard, sur une petite plaine de ce genre et qui servira dans l'avenir d'un bon réactif pour dépister ces reliquats de Tétage glaciaire. Près du ruisseau du Petit Mac Carthy, nous trouvons également un lit d'argile mis à découvert le long de la côte et renfermant de nombreux Mya truncata.
En d'autres endroits de l'île, et en général sur de petites étendues, à la Baie Sainte-C taire même, nous trouvons des groupements de peupliers baumiers souvent accompagnés du peuplier faux-tremble. Si nous faisons un sondage en cet endroit, nous trouvons une argile plus ou moins pure.
Il en est de même de points situés dans l'intérieur de Tîle, et M. Saint-Cyr nous indique sur son tracé une région de peupliers en bordure du grand plateau central. Dans la traversée entre la Rivière Vauréal et la Rivière Chicotte, on a aussi trouvé des régions de peupliers, en s'avançant dans l'intérieur, au delà de la chute de 70 mètres de la Rivière Vauréal, D'après ce que je viens de dire pour la Baie Sainte- Claire^ il n'y a point de doute que le sous-sol de ces régions ne soit constitué par de l'argile.
Mais, d'un autre côté, la roche de l'île présente des calcaires argileux, dont la décomposition donne des marnes plus ou moins argileuses. Dans ces conditions, c'est surtout la présence ou l'absence des fossiles caractéristiques qui nous indiquera si nous avons affaire à des argiles de l'étage Champlain ou à des formations beaucoup plus modernes.
Ces masses argileuses se présentent souvent sur une épaisseur de plusieurs mètres, et quand leur couche se trouve interrompue par Térosion de la mer ou d'une rivière, il leur arrrive de produire des glissements dont on a un bel exemple sur la rive droite de la Rivière Jupiter près de son embouchure.
Étage des terrasses. — Cet étage récent du quaternaire a commencé à la fin de Tétage Champlain et s'est continué jusqu'à l'installation du régime actuel. Durant cette période, Anticosti, qui avait commencé à émerger de l'eau à la période précédente, a continué son mouvement d'exhaussement. Il s'est alors produit des terrasses parfaitement distinctes en maints endroits de l'île. La figure 34 représente les terrasses à coquilles marines de la Baie Sainte-Claire. Le soussol de ces terrasses se trouve composés de sables et de cailloux calcaires, tels que ceux qu'on trouve actuellement sur le rivage et renfermant les mêmes coquilles. C'est ainsi que sur la route de la Baie Ellis, entre les poteaux téléphoniques 23 et 2i\ h une vingtaine de mètres au-dessus des plus hautes marées, se trouvent, dans une petite carrière dont on extrayait le sable et les graviers pour la route, les débris d'animaux marins qui vivent encore, coquilles de patelles, de moules, de buccins, de littorines, de pholades, quelques piquants d'oursins et des tests de balanes. Nombreuses y sont les pierres perforées par les pholades, dont on voit souvent encore la coquille en place dans le trou que l'animal s'est creusé. Même constatation peut se faire dans la plupart des différentes petites carrières situées le long de la route de la Baie Ellis sur un espace de douze kilomètres et parfois à plus d'une lieue du rivage actuel de la mer.
Dans son Rapport géologique de l'année 1856, M. Richardson s'exprime ainsi à propos de la Division D : « La falaise (entre la Rivière à la Loutre et la Rivière au Fusil)
1. On voit également trôs bien en cet endroit, derrière la porcherie de la ferme, l'ancienne ligne du rivage de la baie, formée par une succession de cordons littoraux qui sont, depuis sept ans, mis eu culture.
CANAL DU LAC SAINT-GEORGES Après son aclièvement (Fig. 35)
CANAL DU LAC SAINT-GEORGES Après la fonte des neiges (Fig. 36)
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présente trente-quatre pieds* de calcaire gris, jaunissant à l'air, et renfermant peu de fossiles. La surface d'un des lits, vers le milieu de la masse, est caractérisée par une particularité qui est probablement le résultat de Taction du temps. Le lit a deux pouces d'épaisseur environ, et* il est percé d'une foule de cavités profondes, ayant environ un pouce de largeur et deux ou trois de longueur: dans chacune de ces cavités, on aperçoit un fragment de coquille^ placé le bord en l'air. Les cavités affectent un parallélisme général, mais quelques-unes traversent les autres, et quelques-unes descendent à travers le lit. ))
Ce fait, très bien observé, mais pour lequel l'auteur n'a pas voulu conclure, donne une preuve de plus, bien évidente, de l'exhaussement récent de l'île, puisque ce lit in situ se trouve à cinq mètres du niveau des plus hautes marées. Les trous dont parle l'auteur ont été creusés par la Saxicava arctica qui vit actuellement dans les eaux du Golfe, et les fragments de coquilles ne sont autres que ceux de mollusques de cette espèce. Cette observation d'une roche in siiu perforée par des mollusques lithophages rappelle à l'esprit le phénomène analogue observé sur les colonnes du temple de Jupiter Serapis*, près de Naples. Ici, comme là, il y a eu des mouvements d'affaissement et d'exhaussement. En ce qui concerne l'île, le mouvement d'exhaussement serait suffisant à lui seul pour permettre d'expliquer la présence, à cinq mètres au-dessus de la haute mer, de roches perforées, mais nous avons vu précédemment que d'autres raisons plaidaient également en faveur d'un affaissement considérable au début de l'étage Champlain.
En arrivant à la Baie Ei/is, on trouve dans le fond de cette baie un énorme banc de cailloux roulés, peu anguleux, contrairement à ce qui se présente le plus souvent, et au milieu desquels se voient de nombreuses Mya abenaria. C'est dans ce