‹ Monographie de l'Ile d'AnticostiChapitre 32 sur 154 · Elisée Reclus, Amérique boréale · texte numérisé non relu

Elisée Reclus, Amérique boréale

charriait des débris de glaçons et une bouillie de glace*. Dé l'autre côté de ce courant leur apparut une banquise qui leur avait l'air d'être solide jusqu'à Anticosti, mais il leur fut impossible de traverser ce passage de glace en bouillie épaisse d'un mètre, trop molle pour porter un homme à pied et trop consistante pour permettre la manœuvre d'un canot. Force donc leur fut de rebrousser chemin. Des animaux à fourrure, qui ne se mouillent jamais dans l'eau de mer, ne sauraient davantage s'engager dans cette bouillie glaciaire, et pour ce qui est de l'ours, il me semble que la question sera tranchée quand on se sera rappelé que ce plantigrade est un animal hibernant et que l'on saura que celui d'Anticosti commence son sommeil hivernal dans les premiers jours de novembre, alors qu'il n'y a pas encore un atome de glace sur les eaux du golfe. Pour ce qui est des serpents, des batraciens, et des insectes, il en sera parlé au chapitre qui les concerne.

Après avoir dit qu'Anticosti semble n'avoir jamais fait partie du Continent, alors que tout indique, au contraire, que cette île n'est qu'une île continentale, Elisée Reclus^ ajoute, d'ailleurs très justement : « Des deux côtés d'Anticosti, les bouches de l'estuaire s'ouvrent dans la mer à demi close qu'on appelle le a Golfe » du Saint-Laurent, et que l'on doit considérer, en effet, comme en dehors de l'Atlantique, à cause de ses faibles profondeurs. Ce n'est qu'un bassin d'érosion creusé par les eaux de la partie superficielle de l'écorce terrestre : sur tout le pourtour du golfe, des amorces d'assises géologiques témoignent de l'ancienne continuité du sol émergé. »

Température de Veau. — Pendant l'année 1899, j'ai pris régulièrement, à la Baie Sainte-Claire, la température de l'eau de mer, à la surface, soit en canot en été, soit dans un trou pratiqué dans la glace en hiver. J'ai pris aussi celle de notre

1. Cette bouillie de glace est appelée mangane par les pécheurs. Elle est formée par la chute de la neige et par le broiement des glaçons et de la glace fine par les courants.

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