PIERRE DE ROHAN ET L'ORGUE
(Commencement du XVI: siècle.)
Un orgue portatif (‘), d'une rare élégance, occupe le centre de cette composition.
Au-devant est assise une princesse; elle accompagne un seigneur, placé debout près de l'orgue. Il chante, les yeux fixés sur un phylactère noté.
Sur l’escarcelle du noble musicien à demi cachée par son manteau, se lit la lettre P. Un page, coiffé d'une toque ornée de plumes de faisan, fait mouvoir le soufflet. Derrière la princesse, deux autres pages se divertissent, l’un à faire miauler un chat qu'il tient suspendu par la queue et l’autre à faire aboyer un chien.
Cette belle tapisserie est évidemment contemporaine de la précédente ; mêmes étoffes employées pour les personnages principaux, mêmes plantes fleuries sur le fond. Aussi, je ne crois pas être téméraire en disant qu'elle nous donne le portrait de Pzerre de Rohan (désigné ici par la lettre P tissée sur son escarcelle), et de sa deuxième femme (Marguerite d Armagnac) (°).
Elle provient du château du Verger, résidence des Rohan en Anjou.
Longueur : 2M70; hauteur : 2M10.
A côté de la reproduction de la tapisserie, conservée à Angers, en voici une autre évidemment de la même suite, acquise pour le Musée des Gobelins par M. Gerspach : il m'a paru utile de la donner ici.
1. Les orgues portatives, dont on rencontre tant de reproductions dans les manuscrits, les vitraux et les broderies, étaient fort en vogue au moyen âge. Celles-ci sont déjà passablement importantes : il y en avait de plus grandes encore. Dans un compte de fabrique de la cathédrale de Nantes de 1567 à 1568 je lis : Zfem, le jour de Pâques fleuries, pour avoir fait porter une paire d'orgues sur les muraïlles de la ville pour la procession, XX den.
Le mémoire des héritiers de Gilles-de-Raix mentionne four sa chapelle plusieurs paires dorgues,une des qu’elles il faisait porter à six hommes avec lui. (Histoire de Nantes de Travers, 1, p. 540.)
2. Pierre de Rohan s’était fait représenter sur cinq tapisseries d’une des salles du Verger, monté sur un fougueux coursier en costume d'homme d'armes, de guidon, d'enseigne, de général, et enfin de maréchal de France. On peut en voir des dessins, à la Bibliothèque nationale, dans le recueil de Gaïgnières, t. VIII, pp. 97, 98, 90, 100 et rot.
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134 Bonograpbie De {a cathédrale d'Angers.
ÉPISODE DE LA GUERRE DE TROIE OU ALLÉGORIE. (Commencement au XVI° siècle.)
M. de Lens a donné à la fabrique ce curieux fragment de tapisserie, qui passe pour venir aussi de Vercer. Sur un fond bleu foncé semé de fleurettes, se dresse une femme élancée, avec un casque, une cuirasse et une épée, sur le fourreau de laquelle se lit la devise : Dn. Elle semble adresser la parole à un interlocuteur absent, devant figurer dans l’autre partie de la tapisserie, On remarque un écusson d'or, à trois rangs de têtes de rois au naturel. Au-dessus se lit l'inscription suivante :
| AU GRANT SIÈGE DETROIE DIOMEDES REQUIT