HIÉRARCHIE DE L'ORDRE
Le Sénateur. — L'Ordre avait un chef, nommé tous les ans, et pris parmi les chevaliers, le Sénateur. Il était élu, le jour de la Saint-Maurice, en Chapitre général, et au lieu fixé par le Sénateur en fonction. Tous les chevaliers et écuvers devaient venir à cette réunion pour y parler de tout ce qui serait utile au bien et à l’augmentation de l’Ordre. Celui qui était empêché « devait envoyer une lettre d’excuse et donner procuration à l’un des assistants pour élire le nouveau Sénateur et les autres titulaires des charges. » Le Sénateur élu jurait à Dieu sur les saints Évangiles de faire respecter les statuts de l'Ordre. I] présidait le Chapitre, allait le dernier dans les cortèges, recevait les serments des chevaliers et des écuyers. S’il était absent, ou « s’il trépassait de ce siècle en l’autre, » le plus ancien comme nomination dans l’Ordre présidait le Chapitre où il se trouvait (°).
Le Chapelain. En dehors du Sénateur, les Chevaliers avaient un certain nombre d’autres officiers : le chapelain, un chancelier, un trésorier, un roi d'armes, un poursuivant. »
Le Chapelain, confesseur de l'Ordre, devait être « un archevêque, un évêque ou autre personne notable constituée en dignité d’église cathédrale ou collégiale, » gradué en science ou docteur en théologie. Il était nommé à vie, « s’il ne faisait cas ni déshonnête par quoy on l’en deust priver et débouter, ayant pension de l'Ordre. » — Sa charge était
| de « maintenir fraternelle dilection » entre les membres de l’Ordre et « d'éviter entre eux
division et schisme au mal talent. » Obligé au secret en tout ce qui regardait les affaires
i de l'Ordre, il devait, chaque semaine, dire messe à son intention, à moins d’excuse légitime,
1 Dom Calmet, IT, 845. — Papin, TIT, 368 — Vill Bargemont, IT, 289. — De Quatreharbes, op. cit, I, 78. — Lecoy de la Marche, Le R. René, I, 533.
2. Les sénateurs élus de 1449 à 1554, furent Jean de Calabre, 1449 ; Jean Cossa S° de Grimaud, 1450 ; Louis de Beauvau, 1450 ; Bertrand de Beauvau S° de Précigné, 1452 ; Jean d'Anjou, S' de Calabre, 1453 ; Ferri de Lorr, Cte de Vaudémont, 1454. — Ceux qui furent nommés ensuite nous sont inconnus.
en l’honneur de Mgr S° Maurice, chef et patron dudit Ordre. Empêché, il devait la faire dire par un prêtre. — L’Évêque d'Orange était chapelain de l'Ordre du Croissant, en 1451. 11 célébra le premier office en présence de l'Ordre, le 16 septembre 1451, à l’autel spécial, qui, à la demande du roi René, fut érigé, au premier Chapitre, dans le transept sud de la cathédrale qui depuis fut appelé la chapelle des Chevaliers. — Quatre ans après, le roi : René fondait au même autel du Croissant, une messe quotidienne pour laquelle il assigna une somme de 100 1. à prendre sur le minage d'Angers et dont la célébration fut recommandée par lui, à diverses reprises, avec beaucoup d’insistance (*). »
Le Chancelier devait avoir quelque degré en science. « Il était nommé et eslu en Congrégation et Chapitre général desd. Chevaliers et Escuyers. » — « Il ne portera point l’Ordre, disent les S/afuts, mais sera juré et incorporé d’iceluy et sera du Conseil, lequel aura en garde le grand scel de l’Ordre (?). » Il avait à expédier les lettres, à rédiger les : procès-verbaux ou autres écrits. En entrant en charge, il jurait « de bien loyaument exercer | son office, d’estre obéissant au Sénateur chief de l’Ordre en toutes et chacune des choses | qui seraient advisées et conclues sans jamais aller à l’encontre, de tenir le secret sur les décisons prises, d’exercer bien loyaument et diligemment son office.» — « Il devait sceller toutes lettres clauses ou patentes touchant ledit Ordre de cire vierge blanche, pour réputation de la pureté dud. S' Maurice.» Aux lettres patentes devait être « le grand scel pendant à un las de soie vermeille » en l’honneur du saint Patron. Le contre-scel devait être aux armes du Sénateur en charge (*). Le Chancelier, « malade ou empesché, » était remplacé au Chapitre par un vice-chancelier, qui avait les mêmes pouvoirs. Il prêtait serment en entrant en charges ; il pouvait présenter les requêtes et supplications adressées à l'Ordre et expédier les lettres.
Le Trésorier « avait la charge de la recepte, fondation et dotation qui se faisaient dans POrdre et aussy des dons, legs, augmentations, et bienfaits d’icelluy. » Il avait à payer « les officiers de l'Ordre, frais, mises et despenses touchant led. Ordre, » à qui il devait « rendre bon et loyal compte, chaque année, » au Chapitre de la S* Maurice, « devant le Sénateur et les Chevaliers. » Élu comme le Chancelier, il prêtait serment « d’être obéissant au Sénateur, chef d’Ordre, de garder le secret sur tout ce qui serait adressé et conclu ès-conseils et délibérations d’Ordre (*). »
Le Greffier, clerc « idoine et suffisant, eslu en Chapitre général, » sans porter led. Ordre, était nommé à vie et recevait une pension. Obligé, lui aussi, au secret, il devait « registrer et mettre par escript en livres et chroniques tous les chants, faicts et vaillances
1. Arch. Nat, P. 1334, f° 233; P. 1334", f°* 63v, 03v, 147 ; P. 1335, n. 167. — Lecoy de la Marche, Roi René, I, P. 534.
2. Le premier chancelier fut Charles de Castillon, S' d’Aubagne, qui rédigea les statuts de l'Ordre, à la Chambre | des Comptes, où ils furent déposés dans les archives.
3 11 y avait deux sceaux. La matrice du plus grand, qui était en argent, demeura longtemps aux archives d'Anjou, dans une bourse blanche. — Gravée, en septembre 1448, par l’orfèvre Charlet Roulin, elle dut subir une refonte parce qu’il y avait mis une légende en français. — Cf. Lecoy de la Marche, Roi René, I, p. 534
4. Les premiers Trésoriers furent Étienne Bernard, 1455, conseiller du Roi de Sicile, et Benjamin Le Roy, qui avait , été vice-chancelier et fut trésorier en 1457. Il l'était encore en 1480, puisque ce fut de ses mains que, le 8 oct. 1480, furent retirés les carreaux des chevaliers du Croissant. — Bibl. nat., 33006.
Œbapitre i. — L'Drvre vu Croissant. 165
des Chevaliers et Escuyers de l'Ordre, mesmement il avait la garde des chapitres, livres cathennés, et du petit scel, des belles closes d’icelluy Ordre. »
Le Roy d'armes, nommé Loz, devait porter « pour esmail un Croissant de esmaille dedans lequel seront les armes de Mgr S' Maurice et dessous lequel ledit Croissant les armes du Sénateur de l’année. Sa cotte d’armes devait être dudit Saïnt. Élu à vie, « s’il ne forfaisait, » et payé, chaque année, il devait jurer « de bien et diligemment enquerre des hauts faits, vertus et louanges de ceux d’Ordre, » pour en faire rapport au Greffer et «bien s’acquitter des ambassades et messageries qui lui seraient commises (*). »
Le Poursuivant d’armes, appelé Croissant, obéissait au Roi d'armes. Il devait porter une cotte d’armes semblablement armoriée. Nommé à vie également, il recevait le demi-traitement du Roi d’armes. Le titulaire de cet office semble avoir été en grande faveur auprès de son maître. Il eut l’intendance du Château d'Angers, et fut envoyé en mission à Barcelone. C’est de lui ou de quelqu’un de sa famille que Jean de Bourdigné tenait les renseignements qui lui permirent d'écrire la vie du Roi René.
Les statuts entrent dans les plus petits détails relativement aux vêtements des Chevaliers et écuyers de l'Ordre. Tous les membres devaient porter longues robes de damas gris, celles des Chevaliers « fourrées de lifices-gris et fendues au côté dextre ; celles des escuyers fourrées de menu vair. » Par dessus, ils devaient avoir « des manteaux longs, tombant jusqu'aux pieds, » ceux des Princes, « de velours plain cramoysy, fourrés d’hermine, » ceux des écuyers « de satin cramoisy, fourrés de menu vair. » — Tous devaient avoir des « chappeaulx doublés et couverts de velours noir, » ceux des Chevaliers, « bordéz d’une reste d’or, » ceux des Écuyers d’une reste d’argent avec soleil d’or ou soleil d’argent.
Le Chancelier et le vice-Chancelier devaient porter un manteau long « d’escarlatte, » descendant jusqu’aux pieds et fourré de menu vair, un chapeau comme bon leur semblait. Le Trésorier était habillé « d’une longue robe d’écarlate, fourrée de menu vair ; » il avait « gibecière au côté. »
Le Greffier portait le même habit que le Trésorier, mais sans la gibecière.