ENTERREMENT DES ÉVÊQUES D’ANGERS
Le sacre, l’entrée solennelle des évêques d'Angers, leurs obligations dans le diocèse d'Angers font l’objet des soixante-quinze premières pages de ce volume. J'avais résolu de les suivre hors de chez nous, au Sacre des Rois, aux Croisades, dans leurs voyages À Rome, à la Cour, dans leurs déplacements et pèlerinages, etc. J’y ai renoncé. Ces détails
1. Statuts du Diocèse d'Angers, 1680, p. 761. 2. Détails communiqués par M. l'abbé Uzureau. 3. Statuts du Diocèse d'Angers, 1680, p. 772.
76 Sonograpbie de la cathédrale D'Angets.
ne concernent pas directement la A/onographie de la Cathédrale et m’entraîneraient trop loin. Je terminerai donc cette longue histoire de nos Évêques, par le récit sommaire de ce qui se passait avant et après leur mort.
On ne sait pas toujours le lieu du trépas de chacun d’eux. À cela rien d’étonnant, puisque les Titres de l’Évèché furent brûlés en 1467, et que la plus grande partie des registres des Délibérations Capitulaires, des Comptes de Fabrique et quantité d’autres documents disparurent à la Révolution. Les uns décédèrent à Angers, dans leur palais épiscopal ('}, les autres à l’Esvières, à Saint-Nicolas, dans l’une ou l’autre des résidences qu'ils avaient à la campagne, à Éventard, à Morannus ou ailleurs, dans leur diocèse ou au dehors.
Comment se transportaient leurs restes à Angers, s'ils mouraient hors de leur ville épiscopale, comment on les exposait au palais épiscopal, ce qu’étaient leurs obsèques : voilà ce que je me propose de raconter.
Picolag Sellent. — Guillaume Le Maire, son chapelain et Pénitencier de l’église d'Angers, l’assista à ses derniers moments, le 28 janvier 1290, en son manoir d’Éventard. L’évêque mourut, vers le soir, pendant qu’on lui donnait l’extrême-onction, en présence de plusieurs chanoines et de quelques notabilités de la ville d'Angers. La nuit qui suivit le trépas se passa en préparatifs funèbres. « #andum extremæ unctionis completo officio, Deo reddidit spiritum, corpore remancnte in terra.Quod corpus lavari, barbam radi,balsamo inungi et omnibus ornamentis episcopalibus in quibus consecratus fuerat indui assistentes fecerunt, ila quod aurora diei Martis hec omnia adimpleta fuerunt ». De grand matin il fut gardé « clausis ostiis » dans sa chambre, puis porté à la chapelle du château où l’on célébra des messes et l'office des défunts à son intention. La nouvelle de la mort de l’évêque fut annoncée aux chanoines et à La population d'Angers « circa horam tertiam ». Aussitôt le Chapitre de la cathédrale faisait avertir les religieux et les religieuses de la ville d’avoir à sonner le glas, « classicum mortuorum », au signal donné par la grosse cloche de Saint-Maurice, et de se rendre processionnellement au cimetière de Saint-Samson, à la rencontre du cortège.
Déjà vingt prêtres chapelains de la cathédrale, les plus robustes, se trouvaient à Éventard. La miniature de Guillaume Le Maire nous les montre en fonction, précédés du crieur de patenôtres et de deux acolytes (?). I1 était près de neuf heures. « Corpus predictum in feretro cooperlum una calcitra serice et desuper culcitram duabus pannis sericis deauratis simul conjunctis cum meilra cl baculo et annulo pontificali, induti gonnis suis, alternatim cum venerabili comitivo el magno luminari ad cimetcrinm Sancti Samsonis deportantes. » Le brancard fut déposé dans le cimetière, et, dès que les processions furent arrivées, le grand chantre de la cathédrale entonna le Subzenite. Après, les chapelains reprirent le corps sur leurs épaules pour le transporter au cimetière de Saint-Michel du Tertre, où ils reçurent les dignités et le clergé de l’église d'Angers accompagnés d’une foule immense. Les chanoines les plus robustes remplacèrent les chapelains, et prenant
1. Nicolas Bouvery, mort à S. Nicolas. — G. Fouquet de la Varenne, mort à l'Esvières, 10 janvier 1621, — G. L. JL. Angebault, mort à l'Esvières, 1800.
— N. Gellent, 28 janvier 1290, mort à Éventard ; — Guill Le Maire, 1317, à Bauné ; — Jean de Bceauvau, 23 avril 1479, à Éventard.
— Rainaud IT, mort, 12 janvier 1105, à Embrun ; — Gcoffroy de Mayenne, 1103, à Cluny ; — Raïinaud III de Martigné, 1138, à l'abbaye d'Ieny ; — Fr. de Rohan, 1536, à l’aris; — Guill. Ruzé. 28 sept. 1587, à Paris: — Ch. Miron, 6 août 1638, à Lyon ; — Michel Le Pelletier, 9 août 1706. à Paris ; — M. Coûet du Vivier de Lorry, 1803, à Paris; Cardinal Mathieu, à Londres ; — M. Paron, 28 mai 1808, à l’aris.
2. Elle a été reproduite en or et en couleurs. Monogr. de.la Cath., t IT, p. 264.
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sur leurs épaules la dépouille de l’évêque, la portèrent jusque dans le chœur de la cathédrale. Là, on l’entoura de cierges, et après le départ des processions, commença l'office des morts. Alors furent chantées les vêpres et les vigiles. Toute la nuit qui suivit, trente prêtres ou clercs se relevèrent autour du corps et psalmodièrent. —- Le lendemain 31 janvicr, les processions revinrent à la cathédrale chanter à tour de rôle des messes de reguiem et l'office pro d'efunctis. Après trois messes solennelles et le chant de Sexte, chacun se retira ad prandium. Dans l'après-midi, on chanta de nouveau les vêpres et les vigiles des morts, suivies de celles du jour. Le corps fut veillé toute la nuit et entouré de prêtres qui psalmodièrent comme il avait été fait la nuit précédente. — Le 1° février eurent lieu les obsèques solennelles. Les processions des communautés et chapitres de la ville revinrent, comme la veille, chanter des messes aux différents autels de la cathédrale. Vingtquatre torches brûlèrent autour du corps de l’évêque. Le chœur, le jubé, les râteaux des grands autels et des petits autels resplendissaient de cierges. Puis, circa horam terciam, Henri Tors, évêque de Vannes, chanta la grand’messe à cinq chapes, comme aux plus grandes solennités ('). A l'issue de la cérémonie, le célébrant, entouré des dignités et des chanoines, dont quatre en aubes, accompagna le corps du prélat défunt jusqu’à l’endroit qui avait été préparé pour sa sépulture, près du monument de Guillaume de Beaumont, puis on le descendit dans la fosse, « ix sarcophagio de tuffeto de diversis peciis constructo, cum mitra alba in qua fuerat consecratus et crocia de cupro et super pectus ejus calix et patena plumbea cum pane et vino. Retro caput, erat quidam alveolus in quo erat lampas cum oleo accenso ; ila quod sarcophago clanso lumen ipsies lam padis accense intus radiabat per foveam supra corpus (°\.»
Sean de Veauÿ nu. — Il mourut à Éventard, le 23 avril 1479. La sépulture de ce prélat se fit suivant le cérémonial observé pour Nicolas Gellent et ses successeurs. Seulement la levée du corps eut lieu à la Porte Saint-Aubin et non au cimetière de Saint-Samson, comme c'était l’usage (*).
Sean be féln, frappé d’apoplexie au cours d’un voyage qu’il faisait dans le Saumurois, finit ses jours à Saumur, le 27 mars 1498. Son corps ramené dans un bateau, par la Loire, aborda à Angers, sous le château, au Port-Ligny, où la procession funèbre vint le chercher.
Sean Olitier.—- Il décéda, le 18 avril 1540, à Éventard (*). Son corps fut amené de la chapelle du château à l’église de l’abbaye de Saint-Serge, dans une litière attelée de deux chevaux, « ix lectica duobns equis vecta. » Cent pauvres portaient des torches de chaque côté. Le corps resta à Saint-Serge jusqu’au lendemain matin. Là vint le chercher la procession, précédée par René du Bellay, évêque du Mans, et Mathurin le Gay, évêque de Rennes, pour le conduire en grande pompe à la cathédrale, où il fut déposé dans le chœur sous une chapelle ardente. Après la messe célébrée par l’évêque du Mans, de nombreux invités allèrent dîner à l'évêché. A trois heures sonnantes, furent chantées à la cathédrale les vigiles des morts et de suite il fut procédé à l’enterrement.
Lorsque l’Évêque mourait à Angers, en son palais épiscopal, les choses se passaient différemment. Le corps était exposé, tantôt dans la salle du clergé, tantôt dans la salle du rez-de-chaussée, ou bien encore dans la grande salle des fêtages. Je ne m’arrêterai point