ARMOIRIES DU CHAPITRE SAINT-MAURICE D'ANSERS
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SONGTEMPS, nous l'avons vu, les chanoines d'Angers, comme ceux des autres cathédrales, avaient vécu à la manière des moines, soumis à la règle de saint Augustin, modifiée, à partir du Concile d’Aix-la- Chapelle, en 816, par des emprunts faits à celle de saint Chrodegang, évêque de Metz; puis, vers le XIT° siècle, ils cessèrent la vie commune. Alors, dignités, chanoines, corbelliers, maires-chapelains, officiers du Bas Chœur et serviteurs du Chapitre eurent leurs maisons particulières dans la Cité. Cette partie d'Angers, entourée de murailles, qui communiquait avec le reste de la ville par la porte Augevine, les portes d’Ænfer, des Champs et de la Vieille Chartre, rappelait un peu les fameuses closes des cathedral-Churches de V' Angleterre, ou plutôt ces vieux quartiers fermés d'habitations canoniales que l’on voyait encore, il y a quelque temps, autour des églises épiscopales, à Noyon, à Besançon, en quantité d’autres villes de France et de l’étranger, en particulier à Sion et à Coire.
Les chanoines de Saint-Maurice, jusqu'au XVIII siècle, gardèrent la police de la Cité, y entendant bien être les maîtres. Ils prétendirent même longtemps qu'ils étaient propriétaires des vieilles murailles, bâties en 275, et, depuis cette date, si souvent restaurées à leurs frais. Aussi, avant la construction par Foulques Nerra et saint Louis de la deuxième et de la troisième enceinte de la ville, ils ne cessèrent de s'opposer à l’établissement de toute maison sur le chemin de ronde ou au pied des murs. Le vrai motif de leur opposition était sans doute que la fumée de ces habitations nouvelles ne vint rendre inhabitables leurs maisons à eux, ou que leur trop grande élévation ne leur enlevât un peu d’air et de lumière. Ils coloraient leurs raisons de divers prétextes. Il ne fallait pas, disaient-ils, nuire à la solidité des vieux murs ; il fallait les laisser à découvert, n’y rien appuyer qui pût empêcher de les réparer au besoin.
En 1783, un sieur Roulet, demeurant dans le bas de la Rue Baudrière, avait voulu relever sa maison et l’appuyer au vieux rempart. Le Chapitre fit opposition ; mais, cité en justice, il perdit son procès. Il fut condamné à l’amende et aux dépens, et forcé de laisser le sieur Roulet rebâtir sa maison sur ses anciens fondements et joignant le mur de la Cité.
L'ancienne Bibliothèque Angevine, formée avec tant de soin à l’Évêché par M. le chanoine Pinier, et dispersée depuis la dénonciation du Concordat, contenait quatre Mémoires pour ou contre ce procès. Ils donnent des détails fort curieux, relatifs aux prétendus droits du Chapitre de Saint-Maurice sur les murs de la Cité. En voici le résumé en quelques lignes.
Dans une transaction, en date du 11 février 1422, le Chapitre, « après s'être plaint de la construction d’une maison élevée par le sieur Le Camus, sur un emplacement vide, près du #'ief du Roi, et au-dessus des murs et tours de la Cité, sans réclamer le chemin des rondes, et après avoir objecté seulement que la Cité était ancienne forteresse, consentit que la maison demeurât en l’état, à condition que les murs de la dite Cité et les tours seraient exhaussés au-dessus de la maison. »
À la suite d’un autre procès entre le Chapitre et un nommé Bourtault, en 1429, un
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Œbapitre iii. -— Les maisons canoniales. 103
commissaire du Parlement de Paris avait ordonné de démolir la maison que ledit sieur Bourtault avait élevée. Celui-ci, appuyé par le procureur du roi de Sicile, fit opposition à la sentence. Le Chapitre, se croyant fort de son droit, avait décidé de passer outre à l’opposition. Le procureur du roi de Sicile, loin de se laisser intimider, déclara qu’on ne démolirait pas la maison en question. Le Commissaire du Parlement partit pour procéder à la démolition, en compagnie des Chanoines en chapes et en surplis. Jean de Beauvau, secrétaire du roi de Sicile, entouré de ses sergents embâtonnés, les attendait. — Dès qu'ils furent arrivés, il jura d’une voix formidable par le Saug-Dieu…. Aussitôt, chanoines et commissaire déguerpirent. Ils remontèrent en toute hâte vers la maison du Chapitre, par la porte d'Ænfer, pour rédiger procès-verbal de rébellion. L'affaire traîna, mais Bourtault finit par obtenir du Roi une commission pour achever sa maison. Bien d’autres faits survinrent, et de même sorte, tous amènent à une même constatation.
Avant le XV° siècle, la sûreté de la Cité ne permettait pas l'établissement de maisons le long de ses murs. Il y avait nécessité d’y conserver libre le chemin dé ronde. Aussi le Chapitre, ayant alors la garde des fortifications, devait, dans l’intérêt du public, de la ville, de la province et du royaume, s’opposer à ce que l’on bâtît des maisons attenant aux vieux murs. — Les droits de propriété et de seigneurie concédés au Chapitre avaient été limités auxdits murs, sans aucun droit de servitude: au dehors.
A la fin du XIV° siècle et au début du XV”, toutes les fortifications extérieures de la Cité, qui n’appartenaient pas au Chapitre, avaient été abandonnées petit à petit aux entreprises des particuliers par les commissaires du Roi. — Après la construction de la deuxième enceinte, dès le X 1° siècle, le Chapitre lui-même avait cessé de considérer la Cité comme une forteresse, puisqu'il avait abattu les créneaux des murailles, qu’il était chargé antérieurement de tenir en bon état. Il avait comblé le chemin intérieur des rondes. Avec le temps il y avait appuyé ses maisons canoniales, il en avait même construit quelques-unes sur le faîte même des vieux murs.
Presque toutes les maisons qui dépendaient du Chapitre de Saint-Maurice, avant la Révolution, maisons des dignités, des chanoines, des corbelliers, des chapelains, des personnes au service de l’église, se trouvaient dans les rues de la vieille Cité. Le Catalogus beneficiorum ecclesie andegavensis ; le Livre censif de Saint-Maurice ; les Pouillés du Chapitre ; les Registres capitulaires ; les Comptes du Chapitre et de la Fabrique, les Descriptions de la ville d'Angers par Thorode et Péan de la Tuilerie ; quantité d’autres documents, manuscrits ou imprimés, conservés à la Bibliothèque municipale d'Angers, ou aux Archives de Maine-et-Loire, sont pleins de renseignements qui nous permettent de les situer et de les décrire. Une petite excursion à la recherche de ces vieilles maisons canoniales ne manque pas d'intérêt et vaut la peine d’être tentée.
En venant de la rue Saint-Laud, si l’on pénètre dans la Cité par l'emplacement de la porte Angevine, tout de suite, en face de l’Évêché, on trouve la maison de Saint-Pierre, alias de Chateaugontier, n° 1 de notre plan. — Elle fut maison canoniale jusqu’à l’échange fait par le Chapitre avec la maison des Casses, dépendant de la chapelle des Villeaux. — En montant vers la cathédrale, toujours du même côté de la rue, à droite, se trouvaient la maison de l’Archidiacre d'Outre-Maine, n° 2, et celle de Saint-André ou le Grand- Archidiaconé, n° 3. C’est au pignon de cette demeure, restaurée depuis la Révolution, que se trouve la belle inscription gothique dont nous avons parlé. — En tournant, sur la place du Parvis, au fond d’une impasse, vers l'Est, se trouvait la maison d’un sous-chantre, remplacée aujourd’hui par l’oratoire des Sœurs de la Sagesse. — Si l’on revient vers la
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rue du Parvis, on voit se succéder, appuyées au rempart, la canoniale /x Pace ou de la Tour Villebon, n° 4 ; — les prisons du Chapitre, n° 5 ; — la maison de Saint-/oseph ou du Châtaignier, n° 6 ; — et là maison de Saint-Wichel, « in qua stat rocha Inferni, » n° 7.
En face du Grand Archidiaconé, s’élevait, sur la place du Parvis,la maison du chapelain de Saint-André, qui devint le Bureau des décimes, n° 8 ; —- puis la maison du chapelain
des Biards ou des frois images, n° 9 ; — un appentis, n° 10 ; — et un puits, à l’angle de la
rue du Parvis et de la Montée Saint-Maurice, n° 11.
Si l’on traversait celle-ci, on reconnaissait, à droite, le logis de Saint-CGatien, ou de la Pie qui parle, n° 12; — celui du chapelain de la Gaillardière, n° 13 ; — la maison des Casses, au chapelain des {rois pressoirs où des Villeaux, n° 14 ; —- une maison de la Fabrique, occupée en 1628 par l’organiste Normand, n° 15. — Entre la rue du Volier et celle du Château (aujourd’hui Donadieu de Puycharic), on voyait la maison de la chapelle
de la Rondelle, n° 16, et le logis canonial de Saint-Paul, « super scallam lapideam »,
l’échalle de pierre, n° 17.
Une maison de la Sous-Chantrerie joignait la maison Saixt-Wichel, et, passant par
dessus la porte d'Enfer, s'avançait à l’entrée de la rue Donadieu de Puycharic, appelée : au Moyen-Age vicus Cunaldus, du côté ouest, n° 18. — A la suite, et toujours du même : côté, en allant vers la demeure de nos Ducs, ayant vue sur le Port-Ligny, et appuyées :
sur le mur même de la Cité, se succédaient la maison de la maire-chapelle des /onchères, n° 19 ; — le logis canonial de Sainte-Marie, n° 20 ; — la maison de la maire-corbellerie, n° 21, un jardin en dépendant, n° 22 ; « prope domum prioratus de Cunaldo, » 1392 ; —
la canoniale de Saint-Maurille, autrefois maison de Canault, n° 23 ; — « prope Cunaldum », . 1421 ; la maison de l’Archidiacre d’Outre-Loire, n° 24 ; — la maison de la chapelle Saint- : Jean, n° 25 ; — la maison de la chapelle Saint-René, dite encore de la Saullaye ou de la
Douzie, n° 26 ; — la maison de la chapelle des /onchères, n° 27. — (Une petite rue séparait cette dernière de la Chambre des Comptes, bâtie sur la place du château et démolie au XVII° siècle ; sur son emplacement a été créée la promenade du Bout du monde.
Si de la place du Château l’on revient par la même rue, l’ancien vicus Cunaldus, vers la Montée Saint-Maurice, du côté Est, on trouve le logis canonial de Sain1-Martial, « desuper fontem », au carrefour des rues Saint-Paul, Saint-Aignan et du Château,
n° 28 ; — puis viennent la maison de la Corbellerie de Belligan, n° 27 ; — « ante domum prioratus de Cunaldo », 1392 ; — la maison de la Corbellerie desservie en l’église Saint- :
Laud, n° 30 ; — la maison de la chapelle Saint-Pierre, n° 31 ; — la maison de la chapelle de la Guiterie, n° 32 ; — la maison de la chapelle de la l’aronxière, n° 33 ; — la maison de la chapelle des Æilles-Dieu ou des Fillettes, n° 34 ; — la maison de la chapelle Saint- T'hibault-le-Vieil ou le Chevalier, n° 35 ; — la maison de la Tour ou du Croissant, au carrefour Saint-Aignan, n° 36; — la maison de la chapelle de la Bougaudière, n° 37; — la maison de la chapelle de la Charpenterie, n° 38 ; — la maison de la chapelle Saixt- Afartin, n° 30.
Après avoir fait le tour de cet îlot, vers ie château, si l’on contourne celui que limitent les rues du Volier, des Filles-Dieu, Saint-Aignan et Saint-Paul, nous trouvons, à l’angle de la rue du Volier et de la rue Saint-Paul, la maison de la chapelle de la Tour, n° 40 ; — la maison canoniale de Sainte-Croix, n° 41; — la maison de la chapelle de Saint-Nicolas ou de ZLandifer, n° 42 ; — la maison de la chapelle Saint-Denis ou de la Bretonnière, n° 43; — la maison d’une chapelle matutinale de Saint-Blaise, n° 44 ; — la canoniale de Saint-Georges, n° 45 ; -— la canoniale de Saint-Laurent, n° 46. — En revenant au carrefour Saint-Aignan, on trouvait à l’angle de cette rue et de la rue des Filles-Dieu, vis-à-vis