‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les immeublesChapitre 236 sur 359 · VIE DE SAINT MAURILLE, ÉVÊQUE DANGERS · texte numérisé non relu

VIE DE SAINT MAURILLE, ÉVÊQUE DANGERS

Il est très probable que les deux baies représentaient primitivement la vie de saint Maurille. La présence d'un panneau de {a vie de saint Martin, introduit à tort dans le N° 37, a donné à M. Steinheil la mauvaise idée de faire de ce panneau le point de départ de la restauration et de composer une série de médaillons, se rapportant à la /épende de saint Martin (qui n'avait jamais existé à cet endroit du chœur).

La réfection bien plutôt que la restauration de ces deux verrières en 1857 et 1858 a provoqué de très vives critiques, suscité de graves mécomptes, d'abord à cause de la trop grande dépense effectuée (°), ensuite pour l'imperfection du travail et les changements, opérés dans les € #zstoires ». Il serait assurément trop long d'entrer dans le détail, mais tout esprit impartial ne pourra que regretter le triste résultat, auquel on est arrivé.

1. Tandis qu’à Tours la dépense totale s’est montée à trente et quelques mille francs pour la remise en état des vitraux, la seule verrière restaurée à Angers a coûté 6,460. Différence des prix : Panneaux neufs, à Tours 200 à Angers 350 le mètre carré.

moitié neufs 81 250 quart de neufs 32 100 Remise en plomb 50

Calques en couleurs 20

168 gonograpbie De la cathédrale d'Angers.

mm

Au lieu de procéder, comme à la cathédrale de Tours, où le chanoine Bourassé appuyait de sa science archéologique et iconographique la restauration faite sous ses yeux par M. Lobin, peintre verrier, M. Joly, architecte diocésain d'Angers, confa l'exécution du travail à MM. Thierry et Steinheil à un prix très élevé et n’admit en fait aucun contrôle, pas plus celui de M. Godard, que celui de la commission nommée par l'Évêque (:). Ces savants auraient pu guider le dessinateur dans la composition de ses cartons et l'interprétation des sujets plus ou moins mutilés. Aussi quelle avalanche de rapports enflammés, de contestations et de reproches! L'administration couvrit naturellement son architecte et du coup la restauration, mal réussie à Angers, tandis qu'elle avait été satisfaisante à Tours, fut suspendue. Une lettre de Mgr Barbier de Montault, citée par M. Joseph Denais (°) résume si bien les observations adressées au peintre et au dessinateur, que je m'en voudrais de n'en pas reproduire ici les parties principales : |

€ Ce vitrail (N° 36 et 37) détonne avec les autres. On y a tellement prodigué le rouge, « qu'il présente l'aspect d’un four ardent. Cette abondance de rouge est une véritable € anomalie. L'œuvre doit être flétrie comme elle le mérite, car les lois de l'esthétique et « de l’iconographie y sont également violées.

€ En 1857, je fis des observations à M. le Préfet et à M. Godard. La commission « Archéologique fut convoquée à la cathédrale et procès-verbal fut dressé. À quelques « jours de là, M. Steinheil se trouvant à Angers, la commission fut de nouveau con- « voquée et là eut lieu une vive discussion entre lui et moi, en face des cartons « exposés. Je lui démontrai le mal fondé de son interprétation ; la commission se rangea € à mon avis, mais Steinheil s’entêtant, on le laisse faire.

« Le vitrail mis en place, son effet fut jugé déplorable. Une commission fut nommée € par l'Évêque pour le critiquer et informer le ministre. MM. Godard, Ménard, Joubert € et moi firent un rapport motivé qui concluait à la non acceptation du travail. Mandé € à Paris par M. de Contensin, directeur des Cultes, je m'en expliquai longtemps avec € lui, il fut décidé que la restauration serait interrompue et reprise après des études € préalables faites par moi... }

Je pourrais reproduire d'autres lettres de Mgr Barbier de Montault sur le même sujet, mais à quoi bon ? le mal est fait : tout le monde est d'accord sur l'insuccès de cette verrière, dont les verres neufs sont d’une telle transparence qu'elle paraît d'un rouge ardent à certains moments de la journée et d'une tonalité violette très désagréable à certains autres.

Page 1