‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les immeublesChapitre 254 sur 359 · Fabrique, t. III, p · texte numérisé non relu

Fabrique, t. III, p

Item sur la chappelle de la dicte église appellée la chappelle du bienheureux Jehan Michel y a plusieurs endroits où les sablières de la charpente sont pourries et endommaigées et semblablement sur le chanzeau de la dicte église et sur la chapelle des chevalliers y a plusieurs pièces laschées et desioinctes lesquelles est besoing remectre en leurs lieux pour assurer la dicte charpente.

Les dicts charpentiers sont dadvis et oppinion que a faire les choses dessusdites tant à neuf que a réparer et aussy reffaire le dict petit clocher et les baffrays desdits clochiers neufs et rendre tout prets bien et deuement de bon bois de longueur et grosseur raisonnables avecques les lyaisons et assemblaiges requis à telle besogne... en peut loyaulement appartenir la somme de dix huit cens livres tournois. Le vingtiesme jour de juing lan mil cinq cens vingt cinq /ekan Pelerin et Thomas Tasse, maistres couvreurs.. ont rapporté avoir veu et visité avesques André Cousin et Guillaume Cousin, charpentiers la couverture de la charpenterie de la dicte église dangiers et semblablement la d. charpente estant sur la nef et en autres endroitz dicelle laquelle charpente est fort ruyneuse, pourrie et rompue en plusieurs endroits a loccasion de quoy la couverture de la dicte nef est à present fort corrompue et ruyneuse et aussi pour ceque les lattes, ardoise et cloux sont pourris et sont pour ladvenir de petite et briefve durée au moyen de quoy est besoing faire les dictes charpente et couverture tout de neuf sur la nef... pour fournir la dicte couverture tant dardoise clou chanlate coyeaux et autres choses ils rapportent quil appartient loyaulment la somme de onze cens livres tournois.

Je lis encore dans la déclaration faite par le chapitre contre l'évêque François de Rohan, en exécution de l'arrêt du 11 juillet 1533 (*), les articles suivants :

346. Item Et y a plusieurs endroictz sur lad. église en lad. charpente au moyen des eaux lesquelles ont pourry les sablieres blochetz jambettes fault retailler les pieds des chevrons et en plusieurs lieux du comble de lad église y a plusieurs tirans houteaulx traveteaux et liaisons de lad charpente desmolyes et laschees en sorte que lad. charpente est en grant ruyne et pour reparer lesd. choses bien et deuement.

347 Item est requis faire deux noes des deux coustés du clocher ou sont les grosses cloches et réparer led. clocher es lieux nécessaires et pour ce faire et fournir en fournissant des matières.

348 Item plus sur la nef de lad eglise est requis faire deux noes de la croysee ou häreñnyer du coste de la nef et recouvrer grant partie de lad naïf,

349 Item est requis recouvrir la moictié de la chappelle des chevalliers et refaire une noue dud harennier du costé devers saincte croix.

350 Plus est nécessaire recouvrir le revestiaire tout de neuf.

351 Îtem est requis recouvrir la chappelle de saincte anne tout de neuf.

Enfin, en étudiant de près le devis fait après l'incendie (*) de 1533, nous aurons une idée de l'aménagement de la charpente primitive :

1. Archives de Maine et Loire. Série G. N° 264. 2. Fabrique, T. IL, p. 467.

Œbapitre ro. — La Œbarpente et la Couverture. 185

Sensuyt la charpente qui est nécessaire faire en leglise dangiers. Et Premier Faull pour réparer le comble de la dicte église lequel a esté bruslé contenant quarante ct quatre pieds de long el de SRE cinquante chacun lroys pres.

ITIT IL XSs. Quarante et deux chevrons chacun de quarante et huyt pieds de long et de deux dours en ung sen et un pied à compter en lautre sen mourant en pointe à ung empas en ung sen el demy pied en lautre sen.

XXX s. chûn. Z{em vingt et ung entraveau de vingt ef quatre pieds de long et de

XXXI L ung ampan eh carré.

VIITs. Îtem vingt et ung entraveau de unze pieds de long et de ung ampan VIIIL VIITS. en æng sen et demy pied en lautre sen. VI s. Îtem quarante el deux jambettes chacune de neuf pieds de long de ung

XIII. XITSs. empan en carré el quarante el deux esseliers de pareille longueur et grosseur des jambetles.

ITITSs. Îlem quarante et deux jambettes de six preds de long chacune et de VIIII VIII Ss. demy pied en carré.

ITII s. Îlem quarante et deux Glochetz de quatre pieds de long chacun et de

VIII IL VIII Ss. deux dours en carré.

XII d.lepié Z{em quatre sablières chacune de quarante deux pieds de long et de deux dours en carré.

VII d.lepied Deux sourfées chacune de quarante et deux pieds de long dont y en aura ung qui aura unp pied en ungp sen et deux dours en l'autre sen et l'aultre deux dours en ung sen et ung ampan en l'aultre.

XITIT I. XIIIISs. Z/em ung fest qui aura quarante deux pieds de long et ung demy pied en carre.

IIIIL XSs. fem troys pornczons qui auront chacun vingt quatre pieds de long et ung fred en carré.

XX d.le pied Z{em ung poinczon de quarante pieds de long, d'un pied en carré.

XII. ITTISs. //em douze pieces de boys de quatorze pieds de long el dun empan en ung sen el demy pied de lautre et est les douze pieces de boys pour faire la lyaison dentre les fées et surfées.

LISIITE VIII L TITI s. Total de la dépense.

Deux sablières parallèles et réunies par des blochets reposaient sur le mur correspondant à l'épaisseur des arcs formerets de la nef.

Les chevrons montaient jusqu'au faîtage, aidée à leur point de départ par des jambettes et liés ensemble par les entraits.

La charpente formait une suite de fermes très rapprochées, assemblées les unes aux autres par le faîtage et par deux sous-fattages, établis en-dessous à deux niveaux différents, Trois poinçons, de vingt-quatre pieds de long, dans la partie de la charpente située au-dessus de la voûte en coupole et un de quarante pieds au-dessus de l'arc doubleau reliaient les entraits avec le fattage. Enfin, douze pièces de bois rendaient solidaires le faîtage et les sous-fattages.

186 gponographie de la cathédrale D'Angers.

Il n'est pas mention d’entraits de grande longueur, dans lesquels la partie inférieure des poinçons se serait assemblée : peut-être reposaient-ils sur les reins de la voûte ou sur l’arc doubleau directement.

L'incendie de 1831 détruisit encore une fois la charpente de la 1°° travée de la nef: celle-ci fut entièrement renouvelée en 1873 et années suivantes mais sur un plan différent de l’ancienne.

Pour remédier au dommage subi jadis par les sablières, les blochets et le pied des chevrons par l'infiltration des eaux (alors que toutes ces pièces de bois étaient posées au niveau des cheneaux) l'architecte établit un bahut en pierre d'environ 1"50 sur lequel fut placée la nouvelle charpente désormais à l'abrt de l'atteinte des eaux pluviales, qui s'écoulent actuellement dans de larges dalles en granit, aménagées avec le plus grand soin. La pente des deux versants du comble à été par suite un peu diminuée, puisque la hauteur totale n'a pas été changée.

Des murs de 1"50 perpendiculaires à ceux de la nef ont été construits de distance en distance sur les reins de la voûte, afin de soulager les entraits, dont les principaux n'ont pas moins de 14" de long.

Les charpentes primitives des transepts et du chœur existent encore; on y peut remarquer l'emploi judicieux de pièces de bois courbes, choisies dans des arbres naturellement un peu cintrés. Ces belles charpentes, dont les sablières, les blochets et les extrémités inférieures des chevrons étaient pourris, ne tarderont pas à disparaître : elles sont condamnées. Déjà le bahut en pierre, destiné à recevoir le bas des nouvelles pièces de bois, est construit avec le cheneau ; bientôt donc, nous verrons démolir les combles des transepts et du chœur. Puisse, à ce moment-là être rétablie la jolie flèche couverte de plomb, qui s'élevait coquette, svelte et décorée de dorures à l’intersection de la nef, du chœur et des transepts.

Qu'était ce joli clocher du milieu du XIIIe siècle ? Le frère sans doute de celui de N.-D. de Paris, dessiné par M' Garneray, démoli à la révolution et reconstruit sur un plan tout différent et beaucoup plus compliqué par M. Viollet-le-Duc. Un ouragan terrible renversa le #arannier d'Angers le 23 juin 1452; il fut rétabli en 1463. J'ai donné à la page 94 le marché de la charpente. Rasé en 1793, il serait face à reconstruire : toute la partie inférieure masquée par la toiture existe encore et fait honneur à l’habilité du maître de l’œuvre du XIIIe siècle.

La voûte en effet s'élève de 6" environ au-dessus des murs construits à l'extrados des arcs doubleaux de la croisée ; il ne pouvait donc être question d'y établir horizontalement une vaste enrayure en charpente, qui aurait porté le poids total et maintenu dans un plan vertical le maître poinçon de la flèche projetée. D'ailleurs, l'écartement des murs (15 à 16") eût nécessité l'emploi de pièces de bois d’une longueur proportionnée et affaibli d'autant leur résistance. Mais, je le répète, ce parti-pris (possible dans des édifices voûtés suivant la méthode adoptée dans l'Ile de France, à N.-D. de Paris, aux

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cathédrales de Chartres et d'Amiens, à l'église d’Eu) était impraticable ici, à cause de la surélévation de la voûte. Que faire ?

Le maître de l’œuvre tourna très habilement la difficulté de la façon suivante. Sur les deux murs de la croisée, parallèles à l'axe de l'édifice, il dressa deux énormes pans de bois, fortement inclinés l’un vers l’autre et obtint ainsi un soubassement, composé de quatre fermes, posées sur une sablière, reliées /aféralement à différents niveaux par plusieurs rangs de croix de saint André, afin de les rendre solidaires et /ransversalement par trois rangs de tirants, dont le plus bas passait au-dessus de la voûte. Ces pans de bois forment à leur sommet (un peu au-dessous des quatre faitages de la toiture et des noues qui les séparent) une plate-forme carrée, sur laquelle était construit le petit clocher. Sa liaison avec le soubassement en charpente, était-elle suffisante ? Il est permis d'en douter, puisqu'il fut renversé par le vent en 1452. Cependant, après son rétablissement en 1463, il résista plus de trois siècles au vent, pourtant il était terriblement exposé à la violence des ouragans.

Du domaine du charpentier relève évidemment l'établissement des beffrois pour la suspension des cloches. Ceux-ci furent renouvelés plusieurs fois, notamment après les incendies de 1451 et de 1533. Voici le devis, dressé à ce sujet en 1533 au moment où Jean de Lespine commençait la construction de la tour centrale en pierre ().

Item pour le baffray quil faut faire en la lanterne qui ce fait entre les deux clochiers. :

ITII 1. chacun XXII 1. Premier fault six pousteaulx qui auront chacun dix huit pieds de long et un pied et un dour en carré.

Îtem treize poustres savoir est cinq dicelles de dix sept pieds de XXXIX I. long cinq de seize pieds de long et troys de quinze pieds de long XII d. le pié les quelles auront chacune ung pied et ung dour en carré. XXITI Cs. Item trente deux pièces de boys chacune de quinze pieds de long et de deux dours en ung sen et ung pied en lautre sen. XII d. Item fault sept pièces de vingt pieds de long et de pareille XVI. VIIISs. grosseur des trente deux pièces dessus dites. XIITI, X.s. Item seize pièces de dix huyt pieds de long et de deux dours en carré.

Item neuf toyses d'essil qui aura deux dours despaisseurs et est pour faire le plancher de dessoulz les grosses cloches (°). CXIIII I VIII s.

Ce beffroi était divisé en deux parties de grandeur un peu différente, correspondant au diamètre des deux grosses cloches. On aperçoit encore les corbeaux en pierre, sur lesquels portait la poutre, sur laquelle s'élevait le pan de bois transversal. Après l'incendie de 1831, on en a reconstruit un autre (celui que nous voyons aujourd’hui), sans

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