‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les immeublesChapitre 293 sur 359 · Revue d'Anjou, 1854, t. 1, p. 259. Journal de Louvet · texte numérisé non relu

Revue d'Anjou, 1854, t. 1, p. 259. Journal de Louvet

Dévastations. 217.

nommé du Pineau, dit la Musse, chanoine en l'église cathédrale d'Angers, repnégat et apostat, adhérant avec les huguenots et hérétiques, en haigne de ce que MM. du chapitre de la dicte église l'avaient privé des gaignaiges à raison de son hérézie, et pour raison de laquelle privation, il y avait procès par entre eux (‘), et pour la vangence qu'il portait tant aux catholiques qu'à M M. du dict chapitre, il voullut se venger contre eux ; et pour parvenir à faire exécuter ce que le diable lui avait mis dans l'esprit, il fist entrer en sa maison, environ les huit à neuf heures du matin, grand nombre de huguenots, lesquels, environ les neuf à dix heures de la dicte matinée, avec aultres huguenots, qui s’y trouvèrent, allèrent à l'église de Saint-Maurice sur espérance y entrer, les portes de laquelle ils trouvèrent fermées ; lesquelles portes ils rompirent de force, et entrèrent en la ditte église ; lequel Jehan du Pineau, dit la Musse, après avoir apostasié, il se maria, et après s'être marié, il alloit par les rues comme fol et insensé, mendiant sa vye, et a vescu et finy malheureusement sa vye jusqu'au règne du roy Henri IVe,

Et environ les dix heures du soir du dict jour de dimanche, il se trouva dans la ditte ville d'Angers, grand nombre des dicts Huguenots et luthériens qui s’y étaient trouvés peu à peu, depeur d'estre découverts, tant de la Bretaigne, Craon, Châteaugontier, Saulmur, Baulgé, Beaufort et autres provinces, païs et contrées, lesquels s’emparèrent de la dicte ville d'Angers avec l'assistance qu'ils eurent des huguenots luthériens, que faulx catholiques habitants de la dicte ville, firent rompre par des charpentiers tant les portes de la cité que du pallais épiscopal ; ce que voyant, les serviteurs du secretain de la dicte église Saint-Maurice montèrent dans le clocher et sonnèrent le toquesaint environ de demi-heure; ce que oyant, les dicts huguenots montèrent dans le clocher, ce que voiant, le dict secrétaire, nommé Jehan le Blanc et ses serviteurs se sauvèrent pour évitter la rage et cruaulté des dicts huguenots, et allèrent dans la dicte nuittée, qui fust toute pluvieuse ès maisons des chanoynes, des quelles ils s'emparèrent et du pallais épiscopal où ils mirent des garnisons, et des gardes aulx portes de la cité.

Ce que voyant les catholiques de la dicte ville, qui demeurèrent plus faibles, qui n’avoient peu empêcher laditte prinse, furent bien estonnez pour re pouvoir résister contre eulx, et que M. de la Faucille, capitaine du château n'étoit dans le château qui étoit en Craonnais, lequel arriva incontinent et rentra au dict château et fist entrer avec lui M. de Brairon, l’un des chanoynes et plusieurs autres chanoynes et chapelains de la ditte église.

Le mardi suivant dudit mois d’apvril 1562, les huguenots se mirent à rompre toutes les imaiges et représentations des saints et bienheureux qui sont en paradis, qui estoient sur les autels de la ditte église Saint-Maurice, et bruslèrent la chasse et les ossements de M. saint René dont y eut ung huguenot qui avait nom René, qui en serra quelques ossements qu’il rendist à MM. les chanoynes de la ditte église, et y eut beaucoup de hurguenots, qui avaient pollu leurs mains et faict brusler ung si riche et precieulx reliquaire qui tournèrent d'esprit et devinrent comme folz et enragez (°).

er

1. Bibliothèque d'Angers. M. N°8;3, pièce S. Information contre Claude Dupineau, accusé de concubinage et d’hérésie, 2. Revue d'Anjou, 1854, t. 1, p. 278. Journal de Louvet. € Le vingt quatrième jour du dict moys (juillet). Claude du Pineau fut pendu en effigye au quaroy de la porte An-

218 gponograpbie De la cathédrale d'Angers.

Clément Louet, lieutenant général de M. le Sénéchal d'Anjou, dressa deux procèsverbaux les 12 et 15 avril € tant des ruptures de la dicte église faictes par les dicts huguenots au clocher audessus de la dicte église appelé le /arannier, que des ymaiges et châsses des corps saints qui sont sur le grand autel et autel de M. saint René de la dicte église, que des autels, que de la reddition des clefs, reliques, bagues et joyaulx vollés, faicte par N. H. Jehan Tillon, sieur de Chavaigne, à MM. du Chapitre en la présence de N. H. Jehan Gohin maire de la dicte ville d'Angers, M. François Grimauldet, avocat du Roy, René Fourré, greffier, Thomas Picher, notaire dudict chapitre, la dicte reddition de reliques faicte à personnes de vénérables et discrets M. René Haurays, grand archidiacre, Jehan Bohic, chantre, Christofle de la Barre, Étienne Bertrandi, Jacques Lemaczon, Charles Frontault, Pierre du Cleray, Jehan Chandouault, Ollivier Daudouet, Guillaume Demandon et Grégoire Bodineau, chanoynes de la dicte église Saint-Maurice, les quels ont reçu du dict Tillon sept marcqs et demy deux gros d'argent, arrachés de dessus les chasses M. saint René, saint Serené, deux doigts d'argent de l’ymaige de M. saint Maurice, qui est tout d'argent, estant sur le dict grand autel, plus quelques pierres tant de la custode que de la chasse M.saint Maurille, qui ont été pezees et (trouvées) revenir à quinze marcs deux onces d'argent ; plus a rendu plusieurs clefs des portes de la dicte église, comme appert par le dict procès-verbal du dict seizième d'apvril, signé Fourré ; desquelles ruptures cy dessus y a esté trouvé beaucoup d’ymaiges d'argent et aultres pierres et enrichissements qui ont esté vollées de dessus les dictes chasses et emportées par les dicts huguenots et n'ont esté rendues ni représentées, oultre les ruptures tant des autels que ymaiges et aultres enrichissements de la dicte église. »

Il serait trop long de donner en entier l'enquête faite sur les crimes des Huguenots, commis à Angers, insérée dans le tome IX des Privilèces du Chapitre d'Angers, aujourd'hui perdu, mais que copia Dom Housseau (*). Je ne puis cependant omettre de reproduire quelques-unes des dépositions des témoins ; la pièce débute ainsi :

€ Information faite par moy, Claude Grimault, sergent royal pour la partie à la re- > queste des vénérables et discrets des doyen, chanoines et chapitre de l'église cathé- » drale d'Angers et de M. le Procureur du Roy sur la rupture des portes de la Cité, des > portes de la dite église, bris et ruptures d'imaiges de la ditte église ; volleries et lar- > cins de plusieurs reliquaires et joyaux de la ditte église ; port d'armes et aultres crimes » et délitz commis en la ditte cité et église d'Angers; la nuit d’entre le dimanche de la y Quasimodo et le lundy ensuivant et depuys ; au 13° jour de may l'an 1562...

Vénérable et discret maître Guy Bougereau, chapelain habitué de la dite église depuis vingt-cinq ans déclare que M. Claude de Pineau, dit la Musse, chanoine (duquel il a bonne connaissance, une muraille seulement faisant séparation de leurs maisons) a toujours été homme scandaleux... et aussi oubliant l'état de l’église ou il avait été appelé

> gevyne pour avoir vendu l'église saint Maurice aux Huguenotz et avoir été de leur conspiration, lequel est depuys > mort misérable en mendiant sa vye par les rues et estoit tourné d’esprit fol et insensé et comme tel portait par les > rues d'Angers un baston et un bouteille.

1. Bibliothèque Nationale, Recueil de Dom Housseau, t. XIX, p. 459 à 404.

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s’est tourné à nouvelle religion et suivi la secte luthérienne, allant au prêche de la nouvelle religion jusqu’à ce qu'il s'est déclaré ennemy et adversaire de Îa dite église d'Angers. Et est le déposant mémoratif que le samedy vigile de la Quasimodo et semblablement le jour de Quasimodo il vit entrer en la maison du cité de Pineau grand nombre d'hommes garnis d'armes comme pistolets, harquebouzes, hallebardes, espées et autres armes, et le soir se fit une grande émotion et sédition en la dite Citée et Église d'Angers. Et sur les neuf heures du soir vit sortir plusieurs personnes en armes de la maison du dit du Pineau.

Et lors fut rompue l’une des portes du palais épiscopal et une autre porte pour entrer du dit palais en la dite église en laquelle entrèrent plusieurs personnes en armes et en nombre effréné, lesquels lors et depuis y ont fait grand scandale, ruines et démolitions et allèrent ès maisons des chanoines et des chapelains esquelles ils firent plusieurs oppressions, pilleries et voleries.. Et le lendemain lundy vit le dit du Pineau qui parloit et alloit par la dite Citée et palais Épiscopal avec les dittes personnes, les conduisoit et instruisoit de ce qu'ils devoient faire. Laquelle église a été par les susdites personnes quil na seu nommer prophanée. Et y ont été faites plusieurs fractures tant d'images, reliquaires, chasses, autels et autres choses, et y fut le service divin pour longtemps discontinué.

— Nicole Gaudin demeurant à l'entrée de la Cité dépose que son mary ayant été cidevant chargé de fermer les portes de la Cité, le dimanche de Quasimodo sur les sept heures du soir en l'absence de son mary, fit diligence de fermer les portes et se retira en sa maison. Et incontinant fut frappé à la porte Angevyne. Pierre fils de la déposante étant sorti de sa maison demanda qui estoit et luy fut répondu que cétoit un homme de la dite Cité. En ayant ouvert le guichet apparurent grand nombre de personnes en armes qui poulcèrent de force le dit guichet, et sur l'heure survinrent plusieurs personnes en armes de devers la dicte église et par le dedans de la Cité, lesquels firent entrée à ceux qui étaient dehors, lesquels ensemblement avec grand tumulte et impétuosité entrèrent en la dite Cité, allèrent au palais Épiscopal et en la dite église en laquelle ils ont fait plusieurs fractions et ruptures. Laquelle église et Cité les dites personnes ont occupé par force et violence par le tems de trois semaines ou environ. Et certain jour au dit tems de la dite sedition vit que en presance et sur le commandement de maître Jehan Gohin maire de la ville furent les dites portes de la cité rompues et otées par charpentiers et serruriers.. Et ce fait, furent rompues et emportées ensemble les gonds rompus, barres et chaisnes de fer.

— Messire Adam de la Barre, chanoine, dépose que le jour de Quasimodo dernier sur les huit à neuf heures du soir, sortant de la maison de Maître Christophle de la Barre, aussi chanoine son oncle, trouva près la dite maison plusieurs hommes armés de pistolets, hallebardes, taroges, boucliers et autres batons invasifs qui s’adressèrent en luy disant demeure paillard, boute bas, tu es un de ceux que nous demendons, \uy présentant les dits pistolets, dagues, epées, etc. le saisirent au corps et le menèrent vers les Jacobins. Lors luy le déposant ayant connu le Sr de Varennes de Tillon, le supplia de le sauver et quil neut aucun mal en sa compagnie. Le dit Tillon luy ayant répondu qu'il le connaissait

220 SBonograpbie de la catbédrale D'Angers.

bien et que sans celà il eût été offensé et mené dans un lieu dont il neut jamais sorti, ajouta qu'il eut à se retirer et à ne point sortir de sa maison et que la cité, la ville et le château étaient à eux et qu'ils étoient plus de quinze cents de leur compagnie en la dite cité. Alors le déposant fut conduit en sa maison et retenu jusqu'à trois heures du matin. Le lendemain ledit exposant étant alé à l’église, y vit nombre de personnes en armes, plusieurs coffres ouverts, le revestiaire et plusieurs coffres étant en iceluy garnis de joyaux d'argent doré, la porte du chapitre rompue auquel étoient les titres, enseignements et privilèges de la dite église (‘), lesquels titres ils avaient ouverts et ôté une casse et avaient fait leur infection en icelle.. Il vit de plus les jours suivants un grand nombre de personnes en armes entrer dans les maisons des ecclésiastiques, buvant et mangeant à discrétion... tous lesquels nont laissé aucune image à la dite église, sinon celles qu'ils nont pu rompre.

— M. Jean Poisson, prêtre et sacristain de l'église d'Angers, dépose que le dimanche de Quasimodo estant adverty par son chappellain sur les dix heures du soir que les Huguenots rompoient les portes de l'église pour y entrer du costé du pallais épiscopal, il se leva et courut à la dite église et entendit plusieurs personnes, qui frappaient de fond contre la porte devant ce susdit pallais ; et qu'ayant demandé ce que c'était on lui répondit qu'on voulloit entrer et qu'il eut à ouvrir et à faire cesser le toquesaint. Sur le refus qu'il en fit, on força la porte et il prit la fuite de peur d'être tué. Le lendemain étant retourné à l'église, 1l vit les mêmes personnes et les mêmes désordres que dessus et en oultre quon avoit fait un grand feu dans la dite église avec les bancs et autres choses, de manière qu’elle estoit pleine de fumée et qu'on avait transporté du révestiaire une grande croix d'argent doré, deux ampoules d'argent doré, ung estuye,les saintes huilles, deux bassins d'argent estant sous les dittes ampoulles et deux bassins d’estaing, que le Tillon confessa lors ; lesquels avoient esté transportés dans la maison de Pierre Grimauldet, lequel depuys a rendu à lui exposant après composition faite avec le dit Tillon ; de plus les susdits ont rompu toutes les ymaiges, tant de marbre, albastre que aultre chose.

— Ambroyse Maresche, marchand, décl:re que les huguenots ont fait garde tant de jour que de nuit en armes en la ville et cité disants la garder pour empêcher que nos selgneurs de Montpensier et de Guise ny entrassent et que ils les empêcheraient bien d'y entrer. Et faisoient montres la nuit avec le tabourin et enseignes déployés entre les quels il connut le jour ensuivant en armes le S' de Soucelles, Doyre son frère, un nommé Marais, Varennes Tillon et ses frères, que l'on disoit être capitaines des dits huguenots... deux petits l'abourineurs l’un desquels sortant de la dite cité montra à luy déposant un pain à chanter en forme d’hostie étant picqué au bout d’une hallebarde luy disant ces mots : #ens voilà ton Dieu, lequel après il porta par la rue Baudrière ainsi picqué au bout de la dite hallebarde disant à haute voix : Voilà Jean le Blanc, Dieu des Papistes.

I. Claude Ménard, dans ses Xecherches et avis sur le Corps de Saint Jacques le Majeur, reproche aux chanoines de Saint-Maurice le peu de soin qu'ils prennent des titres, des choses précieuses : (en 1562) les chanoines, dre plus qu'il n’était raisonnable de l'être, mirent confusément leurs titres dans un tonneau, qu'ils enfouirent dans €

jardin de l’un d'eux, mais si maladroitement, que le lieu se trouvant sous une goutière, quand on pensa à retirer le tonneau, il était pourri ainsi que tous les papiers qu’il contenait. (Angers ef P Anjou, par Blordier-Langlois, P. 93).

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Ro CR

Ce fut le 6 may que Puy Gaillard et sa compagnie sortirent de la Cité et prirent les clefs d'Angers pour les mettre sous l’obéissance du Roy.

— Un nommé Robert Pinault, archer, fut vu dans l'église Saint-Maurice, portant un pannier auquel il y avait plusieurs pièces d'argent de la rupture des châsses et joyaux, disant le dit Pinault que c'étoit bonne mercerye.

Pour les dégâts commis aux autels voir t. II, p. 20, 22 et p. 28. Pour la châsse Saint- René voir let. ITI, p. 175.

20 Les EVÈQUES ET LES CHANOINES.

Les dévastations, commises aux XVII* et XVIIIe siècles, à l'occasion des prétendus embellissements de l'église, ne lui furent pas moins funestes au point de vue des arts et de l'archéologie que le pillage des huguenots. Les intentions étaient excellentes, mais le résultat fut déplorable. On en jugera d'ailleurs par un extrait du manuscrit N. 627 de la bibliothèque d'Angers et par le journal du changement du chœur en 1699, dressé par Lehoreau dans son Cérémonial.

€ Description de la manière que l'autel et le chœur de l'éolise d'Angers étaient disposés avant leur changement (') ».

€. Le chœur était placé au milieu de l'église et occupait tout l'espace qui fait la lar- € geur de la chapelle des évêques et de la chapelle des chevaliers, de sorte qu'on ne pou- € vait voir de l’une dans l’autre... Le jubé basti au haut de la nef avait deux faces : l'une « du côté du chœur, ornée d'anciennes tapisseries (histoire de saint Maurille), l’autre du « côté de la nef à jour, ornée de six grandes statues de bois peint et doré, disposées « d'espace en espace, lesquelles on tapissait aux grandes fêtes de tapis en velours vert. € Audessous de ce jubé, deux autels symétrisés (sic), à l'un des quels, du côté des cloi- «tres, il y avait une figure de la Sainte Vierge et à l’autre, du côté de l'évêché, une « figure de saint Luc.

« Entre les deux autels était la maîtresse porte du chœur, par où les chanoines seuls € avaient coutume d'entrer lorsqu'on chantait l'office: aux deux bouts des dits autels «€ étaient deux autres portes en fer à jour. Le grand Crucifix d'argent était pendant de « la voûte par une chaine de fer et se reposait sur une espèce d’arc placé au milieu de la € bordure du jubé regardant la nef (°).

« Le petit orgue placé audessus du jubé vers le chœur, était très proprement attaché € au pilier, qui sépare la nef d'avec la chapelle des Évêques (:).

« Le dedans du chœur avait trois ou quatre pieds de largeur en moins qu'après le « changement. I] y avait proche la maitresse porte un pont ou estrade, sur laquelle on € chantait la musique ; un aigle de cuivre pour porter les livres ; un grand chandelier ou « candélabre portant trois gros cierges, la tombe et la figure de cuivre en relief de Guil- « laume de Beaumont ; un autre grand chandelier portant un gros cierge ; la tombe de € cuivre ras de Nicolas Gellant ; un grand lutrin de cuivre et un troisième chandelier, « portant trois gros cierges.

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