I. La Trinité de Laval
Cette église, construite vers 1070, dépendait de l’abbaye de la Couture du Mans ('). Elle comprenait trois nefs, de dimension moyenne, une croisée surmontée d’un clocher, deux transepts, un chœur et deux absidioles.
Vers 1150, à l'instar de ce qui avait été préparé pour la construction des voûtes de Saint-Maurice d'Angers, on renversa la nef principale ; puis, après avoir fortifié les murs assez médiocres des basses nefs, de puissants contreforts et de solides colonnes engagées, on releva de près de moitié les murs latéraux ; enfin, on établit la voûte hardie, que nous admirons aujourd'hui. La nouvelle et vaste nef est distribuée par le maître de l’œuvre en trois travées carrées de 13"66 de large et donne une longueur totale de 38M60, s’avançant jusqu'aux piles du clocher.
Par économie, il se dispensa de la galerie de circulation au bas des fenêtres.
Voici la description donnée par M. Hamard (°).
« Cette nef présente un caractère imposant. Les murs goutterots sont ornés de belles « fenêtres géminées à plein cintre : chaque baie a une archivolte double à deux boudins .
1. Gallia Christiana, t. XIV, col. 474. Ursio, abbé de la Couture, établit quatre frères (moines) € in ecclesia S. Trinitatis Lavallensis ».
2. Etudes archéologiques sur la cathédrale de Laval, 1855, p. 14.
Voir aussi l'église de la Trinité de Laval, sa construction et son plan primitif, par M. l'abbé Angof, 1898, p. 5 et 10. €... Par une coïncidence qui, loin d'être fortuite, est grandement instructive, l’église abbatiale de la Couture du < Mans était transformée à la même époque par un procédé analogue ; ce qui prouve avec évidence que les moines, «< premiers bâtisseurs de la Trinité de Laval (vers 1070), ont été aussi les auteurs de cet heureux changement opéré au « milieu du XII° siècle. »
Je suis d'accord avec M. l'abbé Angot, mais je suis persuadé que le remaniement de la Trinité de Laval a précédé celui de l'église de la Couture de 20 à 30 ans : les détails de la sculpture m’autorisent à l’avancer.
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« l’un descend jusqu’à la base des pieds-droits intérieurs, l'autre correspond aux colon- « nettes, placées dans l’'évasement de la fenêtre. Entre les boudins et les colonnettes, on € remarque une assez jolie bandelette de violettes épanouies.
« Les supports des voûtes, formant pilastre, sont des demi-piliers cruciformes, avec « colonne engagée au centre et quatre colonnettes, placées dans les angles rentrants.
« Les arcs doubleaux, les arcs formerets sont doubles en épaisseur, de sorte que le « deuxième arc forme une archivolte sur le premier: chaque angle est orné d'un gros « boudin. Les nervures diagonales sont également profilées d'un boudin à chacun des € angles.
«.. Les archivoltes des fenêtres, les tailloirs des chapiteaux, les différents arcs des « voûtes et les cordons qui règnent dans tout l'intérieur à la hauteur des tailloirs (au « bas des fenêtres) présentent des ornements en dents de scie, qui produisent un bel effet…
II. Eglise abbatiale de Saint-Pierre de la Couture, du Îlans.
Après l'essai fait et couronné de succès à l'église de la Trinité de Laval, les religieux de la Couture, du Mans, transformèrent de la même manière, vingt ou trente années plus tard, leur église abbatiale ('). L'écartement des murs des basses nefs, dont on aperçoit encore les fenêtres et les petits contreforts, donna la largeur de la future nef unique, 15"90. Ici le maître de l'œuvre relia les piliers par de grands arcs brisés et reproduisit la galerie en saillie sur des corbeaux sculptés de Saint-Maurice d'Angers. Des passages, ménagés dans les contreforts, en arrière des piliers, permettent de circuler à mi-hauteur de l'édifice, au bas des fenêtres géminées surmontées d'une rosace, qui s'ouvrent dans la partie des murs refaite à neuf au-dessus des anciens bas-côtés. Le tout est couvert de voûtes domicales sur plan carré. Trois travées semblables se succèdent, ayant 13"090 d'axe en axe des piliers.
La façade, le portail et les deux tours, demeurées imparfäites, semblent d'une date plus récente que les voûtes de la nef. A l'intérieur, le grand arc brisé encadrant la porte d'entrée s'est déformé, après l'enlèvement des cintres de charpente ayant servi à sa construction.
Les gros contreforts ne montent pas de fond jusqu’à une large plate-forme, comme à Angers; ils sont couronnés de glacis, plus ou moins remaniés. Inutile de faire remarquer combien la sculpture des chapiteaux et des modillons est inférieure à celle de Saint-Maurice. Un curieux détail à noter est le passage orné de têtes sculptées au travers des gros contreforts, dans le côté sud de l’église, auquel était adossé le cloître. Signalons enfin l’archivolte ornée de rosaces, sculptées dans une gorge, encadrant les arcs brisés, entre les piles de la nef.
Je n’en connais pas d'autre exemple : elle fait sallie sur les claveaux des arcs et sur les assises du mur... c’est ici une simple décoration, sans utilité réelle, puisqu'elle n’a pas
1. Jictionnaire listorique, topographique et biographique de la Mayenne, par l'abbé Angot. T. II, p. 182.
« Vers 1160-1190, les religieux de la Couture transforment leur église abbatiale, elle aussi à 3 nefs, par l’exhaussement
« des murs des bas-côtés, la suppression des murs côtiers de la nef et l'établissement d’une voûte sur le vaisseau, qui « ne forma plus qu’une seule nef... On fait remarquer dans la construction des voûtes, que les arceaux divisés dès le « départ, trouvent leur place distincte sur les chapiteaux, tandis que plus tard avec plus d'expérience, on apprit à réunir en un seul faisceau dans la première assise les trois arcs, qui soutiennent les voûtes ogivales.
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Chap. rrit. — La Œatbédrale D'Angers, type de plusieurs autres églises. 281
pour but, comme autour des fenêtres ou des portes de l'extérieur de l'édifice, de préserver les joints des claveaux de l'infiltration des eaux pluviales.