‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les immeublesChapitre 83 sur 359 · DESTRUCTION DU LINTEAU ET DU TRUMEAU · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DU LINTEAU ET DU TRUMEAU

Thorode nous donne la date de ce méfait ('): « Le portail de l’église était autrefois « séparé en deux par un gros pilier de maçonnerie, qui en occupait le milieu. A ce pilier, « du côté de la galerie, était attachée la statue de saint Maurice, qui était très ancienne (°). « Ce pilier était désagréable et gênant ; maïs, par un ancien préjugé, on le croyait néces- { saire pour soutenir le pignon et les clochers. Après un mûr examen, le chapitre s'est « déterminé à le faire ôter par Pierre Lointier, maître maçon, architecte, en conséquence « du marché fait avec lui le 14 avril 1745 (3). »

L'ouverture actuelle étant de 4"10 (*), si on suppose que le pilier avait 0"40 de larseur, il ne restait plus de chaque côté qu'une baie de 1"85. C'était suffisant pour l'écoulement de la foule et des processions, mais pas pour le passage du Gros-Guillaume, fondu en 1572, qui avait près de sept pieds de diamètre (°), ni surtout pour celui des grosses torches de la Fête-Dieu, dont les dimensions devenaient de plus en plus considérables.

Déjà en 1529, les maîtres-bouchers avaient brisé la statue de saint Maurice, en entrant leur Torche, au grand mécontentement du Chapitre. En 1745, la suppression du linteau et du trumeau fut décidée pour faciliter l'entrée des douze grosses T'orches, qu'on exposait dès la veille du Sacre, dans la nef et qu’on transportait ensuite en tête de la procession, à la grande satisfaction du peuple. Quand on connaît la disposition de ces machines vraiment extraordinaires, composées d’un brancard roulant, sur lequel des colonnes portaient un dôme, orné d'écussons et de cierges, abritant des scènes religieuses, représentées par plusieurs personnages de grandeur naturelle, on s'explique à merveille le tracé de l'arcade moderne (°).

Le chapitre eût beaucoup mieux fait d'empêcher les corps de Métiers d'accroître indéfiniment, par ostentation, les dimensions de leurs Torches que de sacrifier sous ce misérable prétexte le trumeau et le linteau et de mutiler le beau portail de leur cathédrale d’une façon si lamentable.

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1. Vofice de la ville d Angers, par Thorode, avec notes de l’abbé Longin, 1897, p. 86.

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