LES DEUX FLÈCHES EN PIERRE AVANT 1518 ET MÊME DÈS LE XII: SIÈCLE
Le sommet des deux tours, passant à l’intérieur du carré à l'octogone, au moyen de solides encorbellements, fut couronné par le maître de l’œuvre de deux flèches ex pierre, quoiqu'on ait prétendu le contraire, jusqu’à présent. Je ne saurais dire depuis combien d'années elles étaient terminées, quand l’une d'elles fut renversée par un ouragan épouvantable en l’année 1192 :« MCXCIT, vigilia sancti Martini Vertavensis factus est ventus € vehementissimus, qui pinnaculum unius turris beati Mauritit fecit corruere... (') >
La plupart des anciens auteurs veulent que les flèches aient été ex charpente,couvertes d'ardoises avant le XVIe siècle, disons plus exactement avant 1518. Ils s'appuient sur le tableau du rot Mort, du tombeau du roi René, restauré ou refait au XVIe siècle. Mais Lehoreau les contredit : { Le tableau du tombeau du roi René, mort le 10 juillet 1480, fait bien voir que les clochers sont bien plus anciens que ne dit Bourdigné (°), car il les représente mêmes qu'à présent, excepté la tour du milieu, que François de Chateaubriand fit faire depuis. — Voirt. Il, pp. 299 et 300.
Remarquons combien il eût été imprudent d'élever à une pareille hauteur, sur une base relativement si étroite, des flèches en charpente bien autrement légères que celles en pierre, par conséquent bien plus exposées à la violence du vent. À quoi bon surtout établir une assiette octogonale en maçonnerie aussi solide au sommet des tours (et cela dès le XIIe siècle), si l'architecte avait voulu couronner les tours de flèches en bois?
J'avoue bien que le texte de 1192 ne précise pas que les flèches aient été ex fzerre et qu'on n'en saurait tirer argument, mais voici mieux que des inductions.
D'abord, nous voyons le chapitre en 1355 faire employer les pierres, qu'on descendra € de pignaculis > à la réparation des maisons canoniales (:). Peut-être reconstruisit-on les flèches à cette époque. En 1382, le trésorier paie des tuffeaux pour le clocher (‘). — La grande Bourse contribue en 1423 à des réparations du clocher pour XII livres, payées à qui ? à un maçon, nommé Michel (:).
Ensuite, un compte de 1464 mentionne des fournitures de tuffeaux, de chaux et de ciment pour la flèche du Nord à laquelle les #açon#s travaillent 116 journées (). L'année
1. Chronique de Saint- Aubin. Nova Bibliotheca Labbeiï, I, p. 280.
2. Notice de la ville d'Angers, avec notes de l'abbé Longin, p. 86.
3. Bibliothèque de l'Évéché d'Angers. Cérémonial manuscrit, commencé en 1692 et fini en 1720. Liv. I, p. 572.
4 Notice de la ville d'Angers, par Thorode, avec notes de l'abbé Longin, p. 87. — Bibliothèque d'Angers, Ms. n. 656, t. [, p. 388.
5. Comp. de la grande Bourse, de la Toussaint à la Purification 1423 : Michaeli lafhomo, pro tunica sibi promissa in reparatione pinaculi hujus ecclesiæ, XII 1.
6. Compte de 1404. Missa pro reparatione unius campanilium, videlicet illius quod est a parte sinistra intrando ecclesiam /okanni Thouraulf, coopertori pro emendo limandas, asseres, perticas, cordas et alias res necessarias ad faciendam scallas et chauffaux, gallicè.
Item pro salario et expensis dicti Thouraud et aliorum qui vacaverunt ad faciendam dictas scalas et chauffaux in mensibus julii, augusti et septembris usque ad numerum quinquaginta duorum hominum, per qualibet 1115-1111 sic hic pro toto XVI t. 1 d.
Item solvit idem bursarius pro materiebus necessariis ad reparandum dictum campanile videlicet tuffellis, calce, cemento et aliis rebus necessariis CXVIIs vi.
Item /afhomt qui dictum campanile reparaverunt, ad quod faciendum fuerunt usque ad numerum centum sex decem hominum pro salario et expensis V s. valentia, XXIX 1.
€ ompte de 1465-1466.
Alia missa extraordinaria facta pro reparando pinacula lapidea dictæ ecclesiæ I11I1x* 1111!, IX
Recepta extraordinaria pro lignis quæ deservierunt tam ad reparationem finaculorum lapideorum quam.….
Œbapitre vi. — Les Œiocbers. | 71
suivante, de grandes réparations sont faites à la couverture «€ guza demolita fuit et dampnificata coopertura ad causam reparationis pinnaculorum ». Ce fut une dépense de XVII livres XV sols (*).
Enfin, je relève dans le compte de l’année suivante l'expression : € finnacula lapidea dute ecclesiæ ÿ qui ne laisse subsister aucun doute (°).
Bien qu'on ne puisse s’en rapporter en toute sécurité au dessin de /ean Pélerin, dit Viator, inscrivant lui-même en bas de la page qu'il l'a fait de #émoire (ce dont on ne s'aperçoit que trop), les flèches y sont tracées comme ayant dû être en pierre plutôt qu’en bois. Quant au clocher d’ardoise, il a sensiblement l'aspect de celui représenté sur le tombeau du roi René et mérite confiance. Le traité & de Aréificiali Perspectiva 3 de Viator, fut imprimé à Toul en 1521 et les flèches reconstruites en pierre en 1518 n'étaient pas achevées à cette date : donc, il a eu en vue les anciennes.
Maintes et maintes fois des réparations sont entreprises aux tours et aux flèches, si exposées au vent. Sur l’avant-dernier modillon de la corniche du 2° étage de la tour du Nord, vers la toiture de l'église, on lit cette inscription, gravée en lettres gothiques :
franciois de
Cbasteaubrient
donen dAngietrs mati 1510.