‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 62 sur 94 · PLANCHE DIXIÈME, JOSEPH · texte numérisé non relu

PLANCHE DIXIÈME, JOSEPH

146 Mais Dieu, qui paraissait avoir oublié son serviteur au milieu des disgrâces que lui avait attirées sa fidélité, envoie au roi d’Égypte un songe mystérieux (1). Joseph résout si bien l’énigme, que Pharaon lui confie sur-le-champ le gouvernement de ses provinces, et lui accorde des honneurs presque royaux (2).

Souvenons-nous que nous avons fait passer dans le second groupe le losange qui forme aujourd hui le centre de celui-ci, et appelons maintenant à notre secours la scène que nous avons écartée alors. Nous aurons ainsi, soit les Égyptiens qui viennent déposer sous la garde du prudent ministre le surplus de leurs premières récoltes, soit les frères de Joseph qui vident leurs sacs pour se soumettre à l’injonction de son intendant (3).

Selon le parti que l’on aura adopté pour le tableau qui vient de nous occuper, la scène supérieure à gauche (du spectateur) sera censée représenter la coupe cachée ou retrouvée dans le sac de Benjamin (4). En face, Joseph se fait reconnaître, et embrasse tendrement le plus jeune de ses frères; puis, tenant ce dernier par la main, il l’introduit dans son palais.

147. Tout se termine par un couronnement presque entièrement semblable à celui de l 'Apocalypse : sept étoiles, et ces nuages qui annoncent l’intervention divine. Ce dernier terme sera le point de départ de notre explication. Le symbole du Fils de Dieu fait homme, placé au sommet de la composition, nous avertit que dans toute cette page il s’agit de Jésus-Christ. Il n’y paraît pas en personne, mais tout l’annonce; et 11e point le reconnaître, ce serait ne pas savoir lire. Qu’on se rappelle ce que nous avons dit (5) des types historiques; c’est ici quelque chose de plus grand encore : c’est toute une vie modelée prophétiquement, si je puis ainsi parler, sur celle de Notre-Seigneur, et retraçant dans chacune de ses circonstances quelques-uns des traits du Messie. Car, si dans les actions des patriarches il faut savoir reconnaître de mystérieuses figures des choses à venir (6), que dirons-nous de cette vie distinguée entre toutes les autres par les éloges que lui prodigue l’Esprit saint! Homme non moins admirable qu’Hénoch, il montra dès son enfance la maturité de l’âge viril; adopté par le Seigneur entre tous ses frères, ce que les patriarches avaient reçu de faveurs divines jusqu’à lui, semble s’accumuler sur sa tète. Éprouvé par d’amères afflictions, il devint le maître et le guide de ses frères : Pharaon le choisit pour enseigner la sagesse aux vieillards de l’Égypte, mais Dieu l’avait élu pour être la ressource et le salut de son peuple; et sur le bord du sépulcre l’esprit de prophétie éclairait encore son regard mourant (7). Puis, lorsque bien des années semblaient avoir scellé sa tombe, il guidait encore les enfants de ses frères vers la terre de la promesse (8).

Il n’est aucune de ces louanges que je n’emprunte à l’Écriture; mais, pour ne point paraître en faire une application trop étendue, ce sera sur les pas des saints Pères que je développerai les relations merveilleuses qui rapprochent la vie de Joseph de celle du Fils de Dieu (9); et afin de ne pas

(1) Gen. XLI, 1—7. Si les épis n'ont point trouvé place dans le vitrail de Bourges, les vaches grasses et les vaches maigres y sont faciles à distinguer. Ces dernières surtout ont été peintes avec une vérité presque hideuse.

(2) Ibid., I. cil., 8 — 45-

(3) Ibid. XLI, 47—49; XLIV, 11.

(4) Ibid. XLIV, i—3, 4—12.

(5) Cs. n° 28, et i5, 18 (p. 4^—45, 9.0, 25, 26).

(6) Ambros., de Joseph., 85, cap. XIV (t. I, 5io). « Gesta igitur patriareharum, futurorum mysteria sunt.»

(7) Eccli. XLIX, j6— 18. «Nemo natus est in terra qualisHc-

noch ; neque ut Joseph qui natus est homo, princeps

fratrum, firmàmentum gentis, rector fratruin, stabilimentum populi; et ossa ipsius visitata sunt, et post mortem prophetaverunt.»

Gen. XLIX, 23— 26. «Sedit in forti arcus ejus. . . . . -inde pastor egressus est lapis Israël. Deus patris tui erit adjutor tu us, et

omnipotens benedicet tibi Benedictiones patris lui con-

fortatæ sunt benedictionibus patrumejus, donec veniret desiderium collium æternorum; fiant in capite Joseph, et in vertice Nazaræi inter fratres suos. »

Cs. Gen. L, 23. — Deuteron. XXXIII , 1 3 — 1 7. Ps. CIV, 17—22. — Act. VII, 9, sqq. — Hebr. XI, 22, ai. — Sap. X, i3, i4-

(8) Eccli. XLIX, 18. — Ps. LXXIX, 1,2.

(9) Ce parallèle a été exposé dans V Essai de M. l’abbé Caron sur tes rapports entre le saint patriarche Joseph et Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais on ne peut s’empêcher de regretter que les

SS. Pères et les guides vraiment graves aient été presque entièrement laissés de côté dans ces recherches. Des citations continuelles de l'abbé Duguet ou des réflexions empruntées à Mésenguy ne sont pas des matériaux dignes d’un sujet pour lequel on pouvait puiser à pleines mains aux sources les plus anciennes et les plus saintes de la science ecclésiastique; et marcher dans les voies du symbolisme sans l’appui des docteurs, c'est trop prêter, aujourd’hui surtout, au soupçon de combinaison arbitraire ou de pieuse

Or, les anciens auteurs qui ont insisté sur le sens prophétique de ce qu’a fait et souffert Joseph, sont en si grand nombre, que je ne puis songer ni à les passer tous en revue, ni à choisir des passages étendus dans ceux que je citerai. Qu'il suffise, pour entrer en matière, de transcrire deux expositions abrégées que nous fournit le moyen âge. L'une a été adoptée par la compilation du monastère d'Hohenbourg, l’autre sera plus facile à vérifier dans toutes les bibliothèques sérieuses.

Honor. Augustodun. , Specul. Ecoles. ( Hort . deliciar., fol. 69 v").

«Joseph a pâtre suo post fratres in solitudinem mitlitnr,

Sed ah ipsis, consilio JudæfGen. xxxvn,»6) in Ægyplum vendilur;

A lasciva domina pelulanter arripilur,

A familia oppressus, carceri includitur.

« Inde cductus, a rege princeps constiluitur,

Nomen Salvator ei iinponilur;

A fratrihus et ab omni populo adoratur,

Ægvplus a famé per eum liberatur.

VITRAUX DE BOURGES

m’écarter de mon sujet, je ne parlerai que des traits représentés dans la verrière de Bourges. Cependant, qui ne remarquerait tout d’abord la ressemblance de certaines expressions dont se servent les prophètes annonçant le Messie, avec quelques-unes de celles qui désignent le fils aîné de Rachel? De part et d’autre, il est question de la pierre (du refuge, de la force) d’ Israël ( 1), méprisée par les hommes, mais désignée par le souverain maître; de l’opprimé qui a reçu le sceptre pour écraser, s’il le veut, ses persécuteurs (2); du Nazaréen (3), du pasteur (4) de la maison de Jacob, etc.

148. Mais suivons pas à pas les détails de la Genèse qu’a choisis le peintre-verrier. Le songe de Joseph présage, dans celui que Joseph figure, quelque chose de plus qu’un simple mortel. Ce sera un homme de qui son père et sa mère tiendront tout, et qui ne leur obéira que le voulant bien (5). Quant au fils de Jacob, pour rendre plus sensible le rôle purement figuratif qui lui est donné dans cette vision, on peut dire que jamais elle ne s’est vraiment accomplie en lui, puisque ni sa mère, ni aucune des femmes de son père ne parait avoir vu sa grandeur. Mais en Jésus-Christ seul tout s’explique parfaitement. Son père éternel reconnaît en lui une puissance égale à la sienne (6); sur la terre, Marie et Joseph, tout en lui donnant des ordres(7), savent fort bien qu’ils lui doivent tous leurs hommages; les grands hommes de l’ancienne Loi, le père et le législateur du peuple de Dieu, ne sont que ses serviteurs et ses sujets (8); et les enfants des patriarches ne peuvent espérer de salut qu’en se prosternant devant lui.

Malgré tous ces droits, et bien que Jésus-Christ les énonçât souvent avec une réserve qui allait jusqu’à les voiler, ou ne les exprimât que pour répondre à des sommations précises, il rencontra comme Joseph des frères jaloux, toujours prêts à s’en offenser comme de prétentions odieuses et impies (9). En vain son père l’envoie-t-il avec tous les caractères d’une mission auguste porter la bonne nouvelle à ces cœurs égarés (10); en vain poursuit-il avec une charité opiniâtre que nulle fatigue ne

« Sic Clirislus a Paire in mundum post refugos servos miltitur,

Sed a Juda, conciliu Judæorum venditur.

A Synagoga in carnalihus lasciva cnidcliter comprehenditur,

A mililibus, ut Joseph a (amilia ( Oomini sut) circumluiulilur:

Occisus sépulcre , ut carceri, includitur.

" Inde resurgens, a rege omnium Domino princeps super omnia const iluilur;

Nomen ci Salvntor mundi ab omni populo ubique dicitur.

Etc., etc.»

Adon. Chrome. , Æt. III (Bibl. PP. XVI , 774, sq.). «In actionibus Joseph. . . Christus et Ecclesia ipsius figuratur. . . Joseph a pâtre missus signât Christum a Pâtre missum ad oves visitandas; quem fratres in Passione tunica exspoliatum miserunt in lacnm,... venditumque Gentibus salvatorem transmiserunt : cui cœlutn, in sole, stellis ac luna, et in manipulis terra, inferna quoque carceris subderentur, ut ei omne genti flectatur cœlestium , terrestrium et in/ernorum (Phil. II, 10).

«Cum eodem Joseph, ad sacramentum dominicæ Passionis, duo Pharaonis spadones in carcerem detrusi sunt; ut trium crucifixorum numerus suppleretur : e quibus verus Joseph Christus, revelando mysteria, unum puniret per debitum supplicium, alterutn per indebitam gratiam liberaret.

«Idem Joseph post duos annos, dierum tertio incipiente, de carcere educitur; et Christus die tertia a mortuis resurgit. Præsentatur Pharaoui, mundo resurrectio declaratur. Data est Joseph potestas in Ægypto, data est Christo ornais po testas in. cœlo et in terra [ Matth. XXVIII, 18). Collegit Joseph per suos frumentum multum, collegit Christus credentium numerum sine numéro. Constituit Joseph horrea per totam Ægyptuin, consecravit Christus per totum mundum ecclesias. Aperuit Joseph horrea tempore J'amis, et ministravit frumenta populis; aperuit Christus ex horreis suis, diuturnam sui corporis præbiturus annonam, esurientibus et sitientibus justitiam. Acquisivit Joseph totam Ægyptum Pharaoni, acquisivit Christus mundum pastum et reconciliatum Patri.

« Vencrunt fratres Joseph qui eum vendiderunt, famé eompulsi, ad eum; venerunt et ad Christum Judæi qui eum erucifixerant, ut ejus refecli cibariis a famé animæ liberarentur. Adorant illi, adorant et isti; sicque miris sacramentis, in actione fratrum, actio nobis apostolica præmonstratur. >. Cs. Ambros. Autp., in Apocal., libr. V (Bibl. PP. XIII, 5ii, 5ia ). — Pseudo-Chrysost. , de Negat. Pétri, etc. (t. VIII, Append., p. i36). — Etc.

II est facile de reconnaître dans le texte de saint Adon une réduction de celui des Promesses divines ( P. I, cap. 26 — 3o; Prosp.

opp., Append., p. 109 — 112), qui porte 1e nom de saint Prosper.

(1) Gen. XLIX, 2.4. — Ps. CXVIII, 22,23.— Act. IV, n.— Luc. XX, 17, 18. — Dan. II, 34 — 45. — Zach. III, g. — Etc.

Cs. Hieronym. Aretin., Serai, de Joseph, (ap. Baluz. Miscellan., ed. cit., t. II, 494)- — Prosper. (P), de Promiss... Dei, P. I, cap. 23 (/. cit., p. 107, 108). — Etc., etc.

(2) Sap. X, 14. — Ps. CIX, 1, 2, 5 — 7; II, 7 — 1 1. — Etc.

(3) Gen. XLIX, 26. — Matth. II, 23. Cs. n° j 35 (p. 229, not. 5, etc.).

— Isidor., in Genes., cap. XXXI, 60 (t. V, 357). — Rupert., in Genes., libr. IX, cap. 36, 37. — Etc.

(4) Gen. XLIX, 24. — Joann. X, io,sqq. — Hebr. XIII, 20. — Ezech. XXXIV, 2.3. — Etc., etc., Cs. Berengos., de Myster. ligni Domin. (Bibl. PP. XII, 372). — Brun. Astens., Expos. sup. Pentateuch.( Ibid. XX, 1 335, sq.). — Remig. Autisiodor., in Genes. XLIX, 22, 25 (ap. D. Pez, Thesaur., t. IV, P. I,p. 121). — Etc.

(5) Luc. II, 48, 4g; B 3i — 33, 47 — 49- — Joann. II, 3, 4- Ambros., de Joseph., 7, 8, cap. II (t. I, 485). « . . . . Regem ven-

turum visio ilia significabat, quem omnis caro generis humani

inflexo àdoraret genu Quis est ille quem parentes et fratres

adoraverunt super terram, nisi Christus Jésus quando eum Joseph et mater cum discipulis adoraliant? Etc.»

Cs. Gloss, in Gen. XXXVII, 5 — 7. — Remig. Autissiodor., in h. I. (D. Pez, Thesaur., t. IV, P. I,p.g7). — Pseudo-Augustin., serm.XIII, de Joseph I, 4 (t. V, Append. 27, sq.). — Etc.

(6) Luc. III, 22.— Matth. XVII, 5.— Joann. XII, 28.— Hebr. V, 5—11. — II Petr. I, 16— 18. — Ps. CIX, 3, 4. — Phil. II, 6 — 1 1.

— Joann. V, 17 — 27, 37,41. — Eph.I, 17—22. — Act. III, i3.

— Etc.

(7) Luc. II, 5 1, 49.

(8) Joann. VIII, 5i — 58. — Matth. XVII, 3. — Joann. 1, 45; V, 45, 46. — Deuteron. XVIII, 18. — Exod. IV, i3.— Hebr. XI, 24— 26. — Etc.

Cs. Ambros., de Bénédiction, patriarch., 5i (t. I, p. 528). — Rupert., in Genes., libr. VIH, cap.22. — Brun. Astens., Expos, super Pentateuch. (Bibl. PP. XX, 1 336). — Etc.

(9) Joann. V, 18, 3o — 47i a4— 89; XIX, 7; VIII, 37 — 5g. —

Matth. XXVI, 5g — 67. — Marc. XIV, 56 — 64. — Etc.

Cs. Cyrill. Alexandrin., Glaphyr. in Genes., de Joseph (t. I, P. II, 184, sq., et 238.). — Brun. Astens., Exp. sup. Pentateuch. (Bibl. PP. XX, i33i). — Gerhoh., in Ps. LXVIII, 8 (ap. D. Pez, Thesaur., t. V, i38o). — Etc.

(10) Joann. VIII, 42; I, g — 12; III, 34; V, 40; VI, 4o, 47; X,

PLANCHE DIXIÉME, JOSEPH. s43

rebute(i), avec un dévouement généreux^), le soin de leur faire entendre la voix du Ciel' une , me tOUte 8ratu|te, une incrédulité envieuse et cruelle l’accueille parmi les siens (3). Quand vient moment ou eut furent peut espérer de s’assouvir dans son sang, ils s’applaudissent de pouvoir mettre a épreuve la réalité des titres qu'il s’étai, attribués, et des prophéties qu’il avait faites, ou dont

ta'1 00né Poul être *°bjet(4)- Et de fait, sans le savoir, ils accomplissent ses prédictions, qu’ils voulaient rendre vaines.

Alors, malgré leurs fureurs et leurs projets homicides, ils sont entraînés à se décharger sur d’autres du sou, de contenter cette haine farouche(5), et se rendent encore sans doute le témoignage d’avoir agt avec une extrême modération (6). Mais, de part et d’autre, pour donner au parallèle un caractère p us frappant, c’est un Judas qui livre à prix d’argent le sang du juste (7). Car dons ces derniers traits que je viens d’esquisser rapidement, et dans plusieurs de ceux qui vont suivre, sanra-t-on démêler si je peins Joseph ou Notre-Seigneur? tant la similitude est frappante!

149- Quelques pièces d’argent échangées contre le juste et le saint concluent promptement ce marché, où l’on ne voit pas qu’il y ait eu le moindre débat sur les conditions (8); car la haine et le mépris se donnent ici la main. Entre les mains des Gentils, Joseph paraît quelque temps avoir été apprécié comme il le mérite (9); et le Fils de l’homme, aussi, livré par les Juifs au gouverneur romain, semble un instant sur le point d’ohtenir justice (10). Mais une calomnie astucieuse consomme la perte du juste près d’un juge faible et aveuglé (n).

Cest alors, quand tout semble perdu, que la main de Dieu se manifeste. Joseph passe trois années dans la prison sans quon ouvre les yeux sur son innocence; et durant trois jours le tombeau parait devoir rester ferme sur Jésus-Christ. Mais enfin cet état d’anéantissement et d’oubli presque entier fait place à un éclat qui efface tous les opprobres précédents : un grand peuple met tout son espoir dans

10.— Matth. XV, 9.4; XXI, 37— 39.— Gai. IV, 4—7. — Epli. II, 4—8, 10— 99. — Hebr. I — II. — Isài. XL VIII, 16, i7; XLIX, 5; LVII, 19. — Etc.

Cs. Cyrill. Alexandrin., loc. cit. (p. 189 — 191). — Isidor., in Genes., cap. XXX (t. V, 34o). — Etc.

Saint Ambroise, et d'autres après lui, voient un sens mystérieux dans le nom même du lieu (pm, Defectio, abalienatio a lege ) où s étaient retirés les frères de Joseph quand il les atteignit. Ambros., op. cit., 1 1, cap. III (p. 486). — Cyrill. Alexandrin., loc. cit. (p. 187, sq ). — Isidor., in Genes., cap. XXX (t. V, 34o). — Etc. Je n’ai pas besoin de citer Bède (t. IV, 74, sq. ), parce qu'il ne fait guère autre chose ici que transcrire saint Isidore pour le fond, et souvent même pour la forme.

Cs. Gen. XXXVII, 19— 17.— Matth. XXIII, i3— 37; X, 6, i5, 16. — I Petr. II, a5. — Isai. LIII, 6. — Jerern. L, 6. — Etc.

(1) Joann. IV, 6. — Isai. XLIX, 4- — Matth. VIII, 90. — Etc. Plus d’un auteur ecclésiastique a fait remarquer, comme un nouveau point de rapprochement entre Joseph et Jésus-Christ, le nom de Sichem ou de Sichar, qui se retrouve dans le récit des prédications de Notre-Seigneur (Joann. IV, 5, sqq. ) et dans celui des courses de Joseph. (Gen. XXXVII, 19). Cs. Ambros., op. cit., 9,cap.III(p. 486). — Pseudo- Augustin., serm. XIII, de Joseph I, 1 (t V, Append., p. 97). — Hieronym. Aretin. (ap. Baluz. Miscell., ed. Mansi , t. II , 495). — Etc.

(9) Gen. XXXVII, 14.— Ps. XL, 7— 9. — Is. LU, 6.— Matth. XXIII, 37. Cs. Rupert, in Genes., libr. VIII, cap. 93.

(3) Joann. I, 10, 1 i;XI, tg], sq.; XV, 18, 95. — Matth. XXI, i5, 16.— Act. XIII, 98.— Luc. XXIII, 1 4 , i5, 99.— Marc. XV, 10, 14.— Etc. Cs. Gen. XXXVII, 4; XLIX, 93.

Ephræm, serm. in Jos., (P. Græc., t. II, 91). — Chrysostom., in Genes., liomil. LXI, 3 (t. IV, 586). — Prosper.(?) De Prornissionib., 1. cit. (p. 109) — Pseudo-Augustin., sermo I de Joseph, x, 9 (t. V, Append., p. 97). — -Etc.

(4) Matth. XXVII, 39—44, 63, 64. — Marc. XIV, 65. — Sapient. II, 19— 9x.— Ps. XXI, 8, 9; XXXIV, 19— 96; LXIX, 3,4 —Etc. Cs. Gen. XXXVII, 18, 19.

Cyrill. Alexandrin., loc. cit. (p. 939). — Chrysost., loc. cit., (p. 587, sq.). — Pseudo-Augustin., serm. I de Joseph, 2 — 4 (L V, Append., p. 97). — Rupert., in Genes., libr. IX, cap. 1 , 2 • — Etc.

(5) Matth. XXI, 46. — Luc. IV, 28— 3o. — Joann. VII, 3, 32, 33; VIII, 59; X, 3i, 39. — Matth. XX, 18, 19. Cs. Gen. XXXVII 95 — 28.

Chrysost., loc. cit., 4 (p. 588). — Isidor, Allegor. 45 (t. V, ia5).

— Prosper. (?), loc. cit. (p. 1 09, 1 1 o). — Rupert., in Genes., libr. VIII, cap. 24. — Etc.

(6) Joann. XVIII, 28, 3i.— Matth. XXVII, 3— 7. Cs. Gen- XXXVII, 21—27.

Cyrill. Alexandrin., in Joann., 1. cit. (t. IV, io32, io35). — Chrysost., in Matth., Honni. LXXXV (al. 86), 2 (t. VII, 807).

— Etc.

(7) Gen., I. cit., 26, 27.— Marc. XIV, 10, 11.— Lue. XXII, 3— 6. — Etc.

Cs. Tertullian., adv. Marcion., III, 18. — Hieronym., Qucest. hebr. in Genes. (t. II, 540). — Origen., m Exod., homil. I, 4 (t. II, i3i). — Isidor., in Genes., cap. XXX (p. 34o). — Pseudo- Augustin., serm. I de Joseph., 1 (t.V , Append., p.27). — Berengos., de Inv. et Laud. s. Crucis, libr. I, cap. III (Bibl. PP. XII, 35o); et de Mjvt. ligni dominici (Ibid., 37o). — Brun. Astens.. Exp. sup.

Pentateuch. (Ibid. XX, i33i, sq.) Hieronym Aretin. (Baluz.

Miscell., ed. cit., t. II, p. 495). — Etc.

(8) Act. III, t3, 14.— Matth. XXVI, 14— 16.— Zach. XI, 12. Cs. Gen. XXXVII, 28.

Hieronym., Quœst. . . . in Genes. { t. II, P.I, 54o). — Rupert., in Genes., libr. VIII, cap. 27. — Etc.

Si le petit médaillon central que nous avons considéré comme n'occupant plus aujourd'hui sa place primitive, rappelait l’accusation portée par Joseph contre ses frères (Cs. n° i44» P- 24°)ï nous pourrions rappeler les paroles sévères qui avaient aigri la haine des Pharisiens contre Notre-Seigneur. Matth. V, 20; XV, 6, 11; XXIII, 2 — 35. — Luc. XI, 4a — 53. — Etc.

Mais peut-être quelqu’un croira-t-il y voir l’affliction de Buben, lorsque, ignorant le parti qu'avaient pris ses frères, il ne retrouve plus Joseph dans la citerne (Gen. XXXVII, 29, 3o). S'il en était ainsi, on pourrait croire que le peintre s’est proposé une allusion au désespoir de Judas. Cs. Matth. XXVII, 3 — 5. — Etc. Entre ces diverses suppositions, presque également plausibles, je ne saurais pour quel parti me prononcer.

(9) Gen. XXXIX, 1—6.

(10) Matth. XXVU, 18, 19 — Luc. XXIII, 4, 14, i5, 22.— Joann. XVIII, 38;XIX,4, 12-

(1 1) Gen.XXXlX,7 — 20. — Luc. XXIII, 2. — Joann. XIX, 12 — 16. Cs. Chrysost., in Matth., Homil. LXXXIV (al. 85), 4 (t. VII, 8o3). — Hieronym. Aretin. (Baluz. Miscell., 1. cit.). — Rupert., in Genes., libr. VIH, cap. 33, 34.

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ce condamné, et ne vit que par lui; les nations éloignées entendent parler de sa gloire et du bonheur que l’on goûte sous son administration (i). Ainsi le Sauveur, après ses abaissements, voit tout genou fléchir à son nom; une immense famille se glorifie de lui appartenir, et les peuples lointains se rangent sous son empire (2). Pour Jésus-Christ, comme pour Joseph, ceux qui l’ont livré sont obligés de plier sous son pouvoir, lors môme qu’ils ne reconnaissent point leur trahison (3), parce qu’il est écrit dans les conseils divins que ses ennemis doivent servir d’escabeau à ses pieds (4). Mais pour Jésus-Christ également, comme pour Joseph, le vrai triomphe qu’il ambitionne, — bien que dans d’autres desseins il en retarde le dernier accomplissement, — c’est l’instant où il sera reconnu par ses frères. Car s’il les éprouve et leur cause d’amères angoisses, c’est bien moins pour se venger qu’afin de les amener à réparer leur crime par le repentir et par un désaveu qui mérite le pardon.

i5o. Cependant, le vitrail de Bourges ne nous montre que Benjamin entre les bras de Joseph. De même c’est Benjamin seul que l’on voit introduit dans le palais. Le dernier des enfants d’Israël nous est, en effet, présenté dans la Genèse comme l’objet de toutes les sollicitudes de Joseph(5); mais il n’est pas besoin d’une grande application pour reconnaître que le peintre s’est proposé, là comme dans tout le reste, quelque chose de plus que l’histoire sainte elle-même. C’est toujours comme prophétie qu’il envisage chacune des circonstances de la vie du patriarche; et à cet endroit, nul doute qu’il n’ait eu en vue de retracer un grave événement de l’avenir, garanti par l’Ecriture sainte et par l’enseignement commun des docteurs. Je veux parler de la conversion des Juifs, lorsque les temps seront sur le point d’achever leur cours (6) : dernière consolation que le Fils de Dieu accordera à son Eglise au moment où l’œuvre du salut touchera à son terme. Alors, se levant , et 'prenant Sion en pitié, parce que le temps est venu (y), le Fils de David ramènera à la foi d’Abraham les derniers rejetons du sang de ce patriarche.

Je n’ai pas à faire remarquer que la Synagogue même a conservé jusqu’à présent les traces d’une croyance à la similitude singulière entre Joseph et Jésus-Christ. Ma tâche peut se borner à signaler la persuasion du moyen âge à ce sujet, et les solides fondements de cette interprétation consacrée par l’unanimité des écrivains ecclésiastiques. J’en aurai dit assez pour rendre compte de ma verrière et des pensées qui ont présidé à son exécution.

(1) Gen. XL — XLII. Cs. Ephræm, l. c. (p. 22). — Isidor., in Genes., loc. cit. (p. 34i, sqq.). — Prosp.(P), toc. cil. (p. m). — — Hraban., adv. Jud., cap. VIII (ap. Martène, Thesaur., t. V, 422). — -Berengos., de Inveiit. . . s. Crue., loc. cit. — Etc.

(2) Joann. XII, 32. — Ps. XXI, 20 — 32. — Etc.

Cs. Ambros., op. cil., 40, cap. VII (p. 498); et 71. 72, cap. XII ( p. 507 ). — Augustin., in Ps. LXI, 5 ( t. IV, 592, sq.) ; contr. Faust. , libr. XII, cap. 28 (t. VIII, 240). — Origen., I. cit. — Cyrill. Alexandrin., Glaphyr., loc. cit. (p. i85). — Isidor., Alléger. 45 (t. V, 125); in Genes., cap. XXXI (p. 355). — Cassiodor., in Ps. LXXVI, i5 (t. II, 262). — Pseudo-Augustin, serm. XVI , 1 (t. V, Append., p. 33, sq.). — Gerhoh., in Ps. LXVIII, i4; CXXXIV, 1 (D. Pez, Thesaur., t. V, x386, 2045, 2046). — Etc.

L'auteur du livre De promissionibus. . . Dei voit dans les deux eunuques de Pharaon, emprisonnés avec Joseph (Gen. XL), u figure des deux larrons crucifiés à côté de Notre-Seigneur. Nous avons déjà vu (p. 242) ce symbolisme dans la chronique de saint Adon, et l’on en pourrait citer bien d’autres encore; mais je ne puis m'appesantir sur tous les développements donnés à ce grand type. Ainsi Berengose [de Myst. ligni domin., loc. cit., p. 372) explique le Filiœ discurrerunt super murum par l’empressement des

nations à embrasser la loi de Jésus-Christ. Pour moi , il me suffit de montrer dans une énumération sommaire, combien la valeur christologique de l'histoire de Joseph était établie et reconnue par tous les Pères.

(3) Gen. XLIII,XLIV. Cs. Ambros., op. cit., 47, cap. IX (p. 5oi). — Cyrill. Alexandrin., Glaphyr/, loc. cit. (p. 2o3,sq.). — Prosper. (?) loc. cit. (p. 11 2). — Rupert., in Genes., libr. IX, cap. 3, 4, 9. —

(4) Ps. CIX, 1, 2; II, 9. — I Cor. XV, 25. — Ilebr. I, i3; X, i3. — Cs. Cyrill. Alexandrin., Glaphyr., loc. cit. (192, sq.). — Etc.

(5) Gen. XLII, i5; XLUI, 29, 3o, 34; XLV, 12, 14, 22. Cs. Ambros; op cit., 56, 57, cap. X (p. 5o3).

(6) Rom. XI, 12, 25 — 27. — Malacli. IV, 5, 6.

Cs. Ambros., op. cit., 83, 84, cap. XIV (p. 5 10).— Origen., in Genes., liomil. XV, 7 ( t. II, 1 02). — Cyrill. Alexandrin., Glaphyr ., loc. cit. (p. 204). — Isidor., in Genes., cap. XXXI, 62 (p. 357). — Hraban., Jud., cap. XLVI (loc. cit., 497)- — Remig. Autissiodor., in Genes., (D. Pez, Thesaur., t. IV, P. I, p. 106).— Rupert., m Genes., libr. IX, cap. 7. — Etc. J'ai déjà cité bien des témoignages à ce sujet, n“ 20, 34, 5i (p. 28, 54 et sv., 96), etc.

(7) Ps. a, 14.

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