‹ Monographie de la cathédrale de NeversChapitre 14 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

difficultés que presente l etude de la cathedrale. — coup-d oeil sur les constructions faites a differentes époques. — aspect extérieur de l'édifice. — aspect intérieur. — dimensions générales.

^NfeJSiiN commençant par traiter tout ce qui se rattache à la partie historique de notre cathédrale , nous avons aplani bien des JllÉÎ^Sl difficultés <, et les études archéologiques auxquelles nous allons nous livrer vont devenir pour ^Sô nous plus faciles, parce que nous aurons en regard l"archéologie et l'histoire.

Une fois de plus nous pourrons nous convaincre que ces deux sœurs marchent parfaitement d'accord , et que l'union la plus intime règne entre elles. Si de temps à autre l'histoire vient à s'égarer au milieu des dates qui

souvent entravent sa marche , l'archéologie vient à son secours et lui offre son puissant , nous dirions presque son infaillible appui. Ravivant le flambeau de la vérité, elle lui montre , jusque dans les angles des pierres et dans la profondeur des cannelures , jusque dans les ruines , des dates précises , en lui découvrant le cachet propre à chaque siècle.

Ce n'est pas la première fois qu'on entreprend l'étude de la cathédrale de Nevers. Déjà M. Gillet, dans ses intéressantes notices sur Nevers 1 et le département , et M. de Saintemarie dans ses Recherches sur Nevers , avaient ouvert la marche ; mais on comprend que ces auteurs , malgré leur mérite incontestable , écrivant à une époque à laquelle on s'occupait peu d'archéologie monumentale , doivent être bien incomplets , pour ne rien dire de plus , au point de vue qui nous occupe. Les auteurs de V Album du Nivernais ont paru à leur tour ; historiens avant tout , ils ont peut-être suivi trop fidèlement Guy Coquille et Parmentier , qui étaient loin d'être des archéologues consommés ; ils ont donc reproduit quelques inexactitudes sur l'église de saint-Cyr, en donnant trop de confiance aux témoignages de leurs devanciers. Enfin M. l'abbé Bourassé dans ses Cathédrales de France et dans son Esquisse archéologique des principales églises du diocèse de Nevers a entrepris de rectifier les erreurs qui s'étaient propagées avant lui. Nous n'eussions

1 Annuaire de l'an XI.

pas eu la pensée de mettre la main à l'œuvre pour un nouveau travail, si l'œil exercé de l'archéologue tourangeau avait pu saisir tous les détails et les développer dans de simples notices ; il s'est contenté , en effet, de faire connaître les caractères les plus saillants de ce beau monument ; on nous saura gré sans doute de rappeler ici ses judicieuses appréciations.

« La cathédrale de Nevers est un monument d'ar- » chitecture mélangée. Elle a glorieusement traversé » plusieurs siècles, et, en passant, elle a emprunté » quelque chose du génie propre à chacun ; caractères » d'élégance ou d'austérité , selon les principes qui » dominaient dans l'art. C'est le style romano-byzantin , » avec ses proportions lourdes , avec son ornementation » capricieuse 5 c'est le style ogival , avec son ensemble » plein de hardiesse et ses détails ravissants ; d'un côté » la gravité sévère , de l'autre la majesté tempérée par » la grâce , relevée par la richesse. L'église de Nevers , » considérée dans son effet général , est un édifice » remarquable , et quoiqu'elle ne puisse pas être » placée au premier rang parmi nos constructions du » moyen-âge, elle doit être comptée cependant au » nombre des plus merveilleux produits de l'architec- » ture chrétienne. Des dispositions architectoniques » particulières la rendent plus intéressante encore aux » yeux des archéologues. Prise au point de vue » scientifique, ou simplement sous le rapport de l'art,

» elle mérite une attention spéciale et un examen » sérieux1. »

En effet , il n'est peut-être pas d'église qui , par suite de substructions habilement combinées avec les parties voisines , offre à l'étude de l'archéologue autant de difficultés à résoudre. Ce n'est qu'à force de recherches qu'on a pu reconnaître les différents siècles qui ont tour a tour imprimé sur sa masse imposante leur caractère particulier ; on découvre le onzième siècle dans la chapelle de Sainte-Julitte et dans la région du transsept , malgré quelques additions faites au douzième, et les faisceaux de colonnettes appliqués au treizième contre les parois, pour mettre cette partie en rapport avec les constructions entreprises par Guillaume de Saint-Lazare ; le treizième siècle pur développe ses dispositions savantes et sa majestueuse ornementation dans les cinq premières travées à partir du transsept, et en partie dans les chapelles absidaies, à l'orient ; le quatorzième siècle se reconnaît aux piliers du sanctuaire et dans deux chapelles voisines qui s'élèvent sur des substructions du treizième ; le choeur rappelle le quatorzième siècle , plus avancé par ses légers chapiteaux à feuilles déchiquetées, et par ses larges fenêtres à meneaux multipliés , qui répandent à flots sur l'autel les rayons de lumière ; enfin les chapelles qui flanquent les basses-nefs , avec leurs verrières à compartiments fia belli formes, leurs moulures prismatiques et leurs

\ Cathédrales de France.

DE LA CATHEDRALE DE NEYEltS.

nervures qui sillonnent les voûtes en tout sens, indiquent les dernières années du quinzième siècle et le commencement du seizième.

Ne dirait-on pas un musée lapidaire dans lequel on aurait artistcment rangé tous les caractères architectoniques des différentes époques de notre architecture religieuse; et cependant on trouve à chaque instant des problèmes à résoudre quand on étudie en détail ce monument, quand on veut démêler les chaînons compliqués qui , de siècle en siècle , s'accrochent et se lient d'une manière intime.

En effet , on rencontre des ornements du quinzième siècle avancé au milieu de constructions du treizième, des piliers plus récents soutenant des voûtes d'une époque antérieure, etc. ; il semblerait que les principes invariables delà science aient été méconnus. Ne nous étonnons plus si quelquefois les appréciations n'ont point été uniformes pour quelques parties de notre cathédrale ; il est difficile, au premier abord , de saisir ces diverses nuances , et ce n'est qu'après bien des observations qu'on peut se rendre compte de ce qui, dans le principe , paraît inexplicable.

Quand nous arriverons aux études de détail nous essayerons de résoudre toutes ces difficultés ; mais avant tout, tâchons de donner une idée générale du monument, en le considérant tel qu'il existe aujourd'hui, avec les modifications plus ou moins importantes que les différents siècles lui ont successivement fait subir , et les ornements variés dont ils l'ont enrichi.

Tous les voyageurs qui pour la première fois arrivent à Nevers par la route du Bourbonnais, ne peuvent considérer sans admiration le magnifique aspect que présente la ville : c'est d'abord la Loire baignant de ses eaux le bas de ses murailles ; puis les maisons qui s'étagent et s'élèvent en amphithéâtre jusqu'au sommet du plateau de la vieille cité , et enfin la cathédrale surmontée de sa tour majestueuse, qui domine ce tableau tout à la fois imposant et gracieux. On dirait une reine sur son trône environnée de sa cour; ou plutôt, en voyant à ses pieds le château féodal de nos anciens ducs, puis les maisons occupées par la bourgeoisie, déjà moins somptueuses que le palais ducal, et enfin les modestes habitations des bateliers de la Loire ou des ouvriers en faïence , on se rappelle que de tout temps la religion a couvert de son ombre protectrice le palais des grands aussi bien que la chaumière du pauvre.

Si on s'approche de plus près du monument , l'attention se porte avant tout vers cette tour si riche et si élégante , et on admire le talent qui a dirigé ses restaurations ; les yeux se reposent encore avec plaisir sur la gracieuse guirlande suspendue au sommet des murailles dans la partie construite au treizième siècle , et sur les feuilles entablées que le quatorzième siècle et le quinzième ont groupées en bouquets. Les arcs-boutants à double étage qui, à chaque travée, vont soutenir la retombée des voûtes , semblent placés à dessein de servir d'appui

aux guirlandes de l'entablement; l'arc intérieur est complètement ouvert , afin de laisser courir sans entraves la toiture des basses-nefs1, tandis que l'arc supérieur a sa courbe soutenue par une suite de baies trilobées. A la butée de ces arcs il faudrait tout reconstituer ; les clochetons si variés ont été horriblement mutilés. Nevers , que les étrangers nommaient la ville pointue, à cause de ses nombreux clochers maintenant détruits, devait aussi voir raser les sveltes aiguilles de la vieille basilique 2.-

En entrant dans la cathédrale, la première impression est désagréable ; les deux portails sont rejetés sur les flancs de l'édifice , et la vue se trouve bornée par les hautes murailles qui cernent le chœur vis-à-vis de chaque porte. Le portail qu'on trouve à l'occident dans les autres églises est remplacé ici par une abside.

« La cathédrale de Nevers, dit M. Bourassé, construite » sur un plan qui n'a guère d'analogue en France , » présente à ses deux extrémités deux grandes absides » terminales, comme les églises allemandes de Mayence, » de Worms et de Spire. L'abside occidentale est destinée » au chœur du chapitre , l'abside orientale 3 a été

1 Depuis quelques années on a remplacé cette toiture par une simple couche d'asphalte , au détriment des voûtes.

2 Nevers, avant 1793 , comptait onze paroisses et vingt-deux couvents; plusieurs églises étaient surmontées de deux ou trois clochers ; Saint-Etienne avait ses trois clochers ; les tourelles du château ducal , la flèche de l'horloge de la ville , venaient accroître le nombre de ces pyramides aériennes.

3 C'est l'abside orientale qui est destinée au chapitre, et l'abside occidentale à la paroisse.

» consacrée à sainte Julitte , mère de saint Cyr , patron

» de la cathédrale. Le transsept n'occupe pas l'endroit

» qui lui est propre dans nos autres monuments ,

» c'est-à-dire entre le chœur et la nef ; il est rejeté à la

» la base de l'édifice , absolument comme dans l'église

» des Saints-Apôtres que nous avons visitée à Cologne.

» Cette croisée mérite d'être signalée, à cause de sa

» position bizarre et de sa structure elle-même, qui lui

» donne un trait de plus de ressemblance avec l'église

» que nous venons de citer ; elle appartient à la période

» romano- byzantine. Nous ne voulons pas apprécier

» l'effet de cette singulière construction , qui se trouve

» en opposition avec toutes nos habitudes. Nous avons

» cherché seulement à consigner un fait qui ne nous paraît

» pas sans intérêt dans les annales de la science1. Ne

» pourrait-on pas présumer que, dans l'origine, l'abside

» de la cathédrale de Nevers n'était pas orientée comme

» les autres églises du même temps ; ou bien , comme

» à Mayence, l'abside, d'un côté, aurait-elle servi

» pour les offices du chapitre , tandis que l'autre aurait

» été abandonnée pour les besoins de la paroisse2?» Nous avons parlé de l'impression pénible qu'on

1 L'antique église de La Marche , près de La Charité-sur-Loire , avait aussi deux absides ; les auteurs de Y Album du Nivernais nous ont conservé le plan de cette église. Quant à la position du transsept, parmi les quelques exemples analogues qu'on rencontre en France , on peut citer l'ancienne cathédrale d'Agde , présentant la forme d'un T ; la ligne transversale est placée au midi , l'autel est au nord. Cette église peut être attribuée au XII0 siècle.

2 Cathédrales de France.

éprouve en entrant pour In première fois dans notre cathédrale; à ce sentiment succède celui de l'étonnement quand, de l'abside occidentale', le regard pénètre

jusqu'au-delà du sanctuaire ; les belles proportions de l'édifice, la richesse de son ornementation, ses dispositions gracieuses, l'harmonie de ses différentes parties, tout concourt à exciter dans l'âme un sentiment religieux dont on ne saurait se défendre. A partir du transsept l'église se divise on trois nefs, avec déambulatoires et chapelles rayonnantes. Les cinq premières travées appartiennent au treizième siècle ; quatre autres travées, d'une époque postérieure , précèdent le rond-point du chevet ; enfin cinq arcades environnent le sanctuaire , dessinant un plan dodécagonal. Dix-sept chapelles garnissent les nefs collatérales et le déambulatoire; le croisillon septentrional du transsept renferme en outre la chapelle de Saint-Jean et celle des fonts baptismaux.

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