DES PILIERS. — FLORE MURALE. TRIFORIUM. — ICONOGRAPHIE DU
TRIFORIUM. — STATUETTES ACCOLÉES AUX MENEAUX DES FENETRES. — PISCINES GÉMINÉES.
(es cinq premières travées nous ; montrent le style ogival primordial dans toute sa pureté; s c'est ici qu'il faut admirer et ! les belles proportions des piliers ||et la disposition gracieuse des ^1 ornements qui en dissimulent la masse. Un soubassement octogone, à pans inégaux, supporte un socle cruciforme, sur lequel s'épanouissent les bases des colonnes engagées et du cylindre auquel elles sont accolées. Une profonde scotie règne au-dessous des légères moulures qui
unissent la base a'u fût ; cette scotie se retrouve dans tous les monuments du treizième siècle , c'est un des caractères distinctifs de cette époque ; on ne le trouve pas au douzième siècle et on ne le rencontre plus au quatorzième. Quand nous disons que c'est un caractère distinctif de cette époque, nous ne parlons pas seulement de la France ; nous l'avons trouvé en Italie à la cathédrale de Sienne, à celle de Pise , à Saint-Antoine de Padoue , et dans des substructions ou édicules du treizième siècle. Des appendices unissent les bases au socle ; cet ornement se reproduit aux siècles suivants dans notre église de Nevers. Comme le tore de la base est largement épanoui, on le rattache aussi au socle, par une feuille ou un bouquet, quand il le déborde.
Le règne végétal a fait les plus grands frais dans l'ornementation des chapiteaux ; la plupart sont garnis de feuilles à crochet , d'autres sont entourés de feuilles de vigne, soit en houquets, soit isolées. Il semble au reste que les architectes qui se sont succédé aient entrepris de suspendre aux murailles de notre vieille basilique toutes les plantes de nos contrées , tantôt en bouquets gracieux , tantôt en guirlandes légères , et d'autres fois en couronnes. C'est la vigne vierge qui s'unit au pampre garni de ses grappes ; c'est la branche de chêne avec ses glands ; c'est le lierre avec ses fruits perlés ; le rosier avec ses fleurs épanouies ; c'est le peuplier, le châtaignier ; c'est le nénuphar et autres feuilles aquatiques ; c'est le fraisier, la fougère, le chardon, le
choux frisé, rte. A la \uc de cetto luxuriante végétation , on est porté à s'écrier avec les trois enfants d'Israël : Benedicite uniuena germinanlia in terrâ domino1. « Bénis- » sez le Seigneur, plantes que la terre a produites; » louez-le , exaltez-le dans tous les siècles. »
Les arcades latérales , qui communiquent avec les basses nefs , viennent se reposer sur les chapiteaux à crosses végétales du treizième siècle, tandis que les colonnes engagées , qui font face à la nef principale , se prolongent jusqu'à la retombée des voûtes ; mais leur maigreur relative eût été choquante, vu leur excessive hauteur ; pour éviter ce disgracieux effet , on leur a adjoint deux colonnettes qui s'élèvent en porte-à-faux , à partir du chapiteau qui couronne les piliers, et vont soutenir la croisée d'ogive , tandis que la colonne centrale, divisée à la hauteur du triforium par une moulure torique , va prêter son appui aux arcs-doubleaux de la grande voûte.
C'est ici le lieu de parler de certains caractères architectoniques , qui se font remarquer dans le corps des nervures. Les moulures du treizième siècle sont vigoureusement accentuées; leurs gorges, profondément fouillées , donnent plus de relief aux membres qui les a voisinent. Quelle différence, dans notre cathédrale, entre les nervures du treizième siècle et celles des siècles suivants; trois tores composent la nervure , mais qu'on
1 Daniel , ni. 76.
compare les gorges qui les séparent dans la région de la nef avec les gorges analogues qu'on remarque aux approches du sanctuaire , et on comprendra toute la vigueur que l'époque ogivale primordiale savait donner à ses œuvres. Chez nous , les voûtes de Tinter transsept occidental , celles de la grande nef et des bas-côtés , jusqu'aux portes latérales , sont parfaitement caractérisées ; on reconnaît partout la pointe mousse naissante sur le tore central , imprimant à cette moulure une forme lancéolée. Ce genre de moulure , qu'on a regardé dans un temps comme un des caractères propres à notre Bourgogne , apparaît dans nos contrées dès le commencement de la période ogivale ; cependant nous devons dire qu'elle n'appartient pas exclusivement à la Bourgogne , car nous l'avons retrouvée , dans les mêmes conditions , sur différents points de la France et même de l'Italie.
Dans l'épaisseur des murs de la grande nef, l'architecte a su ménager un triforium à double étage ; le triforium inférieur, obscur comme on le rencontre le plus souvent à cette époque , est divisé à chaque travée par trois arcs trilobés , soutenus sur des colonnes groupées trois à trois. Ici la cathédrale de Nevers présente un genre d'ornementation assez rare et qui mérite d'être signalé : chacune des triples arcades du triforium a ses pieds-droits garnis à la base de jolies statuettes posées en cariatides sous les colonnes. Les unes indiquent un état de souffrance, les autres semblent livrées
CATHÉDRALE DE MEVEES
TMFORIUMDELAMEF.
à la prière , d'autres paraissent plongées dans de profondes méditations , ou se tiennent les yeux élevés vers le ciel. Ceux qui ont fait une étude spéciale de l'art chrétien au moyen-âge , auront peine à se persuader qu'il n'y a ici qu'un simple caprice ; la symbolique religieuse , qui fécondait d'une manière si admirable le génie des artistes dans les siècles de foi , a dû diriger le ciseau des sculpteurs chargés d'orner cette galerie. Jusqu'à présent, tous ceux qui ont écrit sur l'église de Nevers ont bien fait remarquer cette disposition curieuse, mais sans en donner aucune explication. Nous avons cru reconnaître, dans ces figurines , la grande famille des enfants d'Adam , régénérée par Jésus-Christ , l'église militante ; pour nous la terre est une vallée de larmes, et c'est dans la prière que nous devons chercher le remède à nos maux ; par de saintes méditations , entretenons en nous la foi , et , pour ranimer notre espérance, élevons souvent nos regards vers les montagnes saintes , d'où nous viendra tout secours : souffrir , prier, croire, aimer et espérer, voilà la vie du chrétien sur la terre , et ces différents actes semblent produits par les poses des figurines. Ce n'est peut-être pas sans raison que ce sujet a été placé au triforium inférieur , obscur par lui-même, et éclairé seulement par les rayons qui viennent de plus haut; aux élus seuls déjà glorifiés il est donné de nager dans un océan de lumière ; avant que la fureur de l'impiété eût brisé les magnifiques vitraux qui ornaient la galerie transparente, on y
voyait, et les triomphes de ces saints , et leurs titres au souverain bonheur; quant à leurs frères, encore éloignés de la patrie , les ombres de la foi les enveloppent ; la nuit couvre la terre d'Egypte , la lumière la plus pure est pour le peuple dont Dieu a brisé les chaînes.
Aux retombées des arcs trilobés , les anges viennent compléter le tableau ; ces amis, que Dieu dans sa bonté a donnés aux hommes, semblent ici suspendus entre le ciel et la terre, pour indiquer les fonctions dont ils sont chargés dans ces deux contrées. Guidés par une tendre sollicitude , ils ont continuellement les yeux sur ceux qui leur sont confiés sur la terre, et en même temps ils contemplent la face du Père céleste \ On dirait ici que l'iconographe nivernais a entrepris de traduire sur la pierre ce passage de saint Augustin sur les fonctions des anges: Adjuvant laborantea, protegunt quiescentes, hortanlur pugnantes coronant vincenlesz. « Ils aident les chrétiens » dans leurs travaux, les protègent dans leur repos, les » encouragent dans leurs combats et les couronnent après » la victoire. » Ou bien cet autre passage de saint Bernard : Invoca custodem luum , duclorem luum , adjutorem luum 3 : « Invoquez cet ange, qui est tout à la fois votre gardien, » votre guide , votre protecteur. » Aux trois premières travées à partir du transsept, du côté du midi , ils ont
4 Angeli eorum in cœlissemper vident faciem patris met. Matth., xvih. 10.
2 Solil., cap. xx vu.
3 In psal. Oui habitai
DE LA CATHÉDRALE DE NEVERS. 1 2-ri
la main étendue en signe de protection ; à la quatrième ils indiquent du doigt les personnages placés au-dessous ; à la cinquième ils portent des philactères déroulés, car ils sont chargés d'inscrire les bonnes actions des hommes et de les faire valoir auprès de Dieu. Au nord, les deux travées plus rapprochées du chœur nous montrent encore les anges avec des philactères; puis d'autres balancent l'encensoir, et portentjusqu'au trône de Dieu les prières des saints avec la fumée de l'encens'. Plus loin les anges tiennent une couronne royale et un vase , pour indiquer aux fidèles le sort qui les attend , le sacerdoce royal qu'ils doivent exercer2, le trône qu'ils doivent occuper après leur exil3, et les coupes pleines de parfums qu'ils offriront de concert avec les vingt-quatre vieillards * ; enfin , à la travée qui touche le transsept , nous voyons d'autres anges avec des palmes à la main ; le moment est arrivé où il leur est permis d'environner le trône de l'agneau , tenant en main leurs palmes glorieuses 5 : c'est la fin du combat , c'est la victoire.
La galerie supérieure est ouverte par une arcade de la largeur de la travée éclairée par des fenêtres excessivement simples; deux lancettes accolées sont surmontées,
1 Et ascendit fumua incensorum de nrationibus sancturum de manu angeli coram Deo. Ai'oc. , cap. vm.
2 Regale sacerdotium. 1 Pet. 2. 29.
3 Regnabunt in sœcula sœculoruni. Apoc,, xxn. Sj.
4 Phialas plen'as odorainentorum. Apoc. , car>. v.
5 Stabant ante tronum agni et palmœ in manibùs eorum. Apoc cap. vu.
non point d'un oculus , mais d'une simple ouverture , consen ant la figure dessinée par le sommet des deux lancettes et le grand arc qui les encadre. Cet arc est au plein cintre et n'offre aucune ornementation à l'intérieur; toute la richesse est reportée au-dehors; ce sont de légères colon nettes avec chapiteaux à crosses végétales , garnissant les pieds-droits et le meneau central. Nous avons admiré à l'intérieur tout ce qu'il y avait de naïf et de gracieux dans les statuettes du triforium; nous aurons encore à admirer davantage les statues, de plus grande dimension, que l'artiste a dressées en cariatides contre chaque meneau de la galerie supérieure. Ces statues , en effet , ne laissent rien à désirer sous le rapport de la perfection du dessin et de l'exécution.
Nous devons encore reconnaître ici non point un caprice d'artiste , mais bien un motif puisé dans la symbolique chrétienne , quoiqu'il ne soit pas facile de découvrir avec évidence le sens caché. Nous avons vu à l'intérieur l'homme sur la terre avec ses peines , ses combats , ses travaux , mais aussi avec ses consolations et ses espérances, puisées dans la foi. Peut-être maintenant s'agit-il de ceux que l'église a rejetés de son sein à cause de leurs crimes, ou bien qui, parleur indifférence, se sont eux-mêmes excommuniés. Eux aussi auront leurs peines et leurs misères , mais sans consolation . Le premier qui commence au nord cette série de misérables est un homme à moitié vêtu et foulant aux pieds un diadème ; tel est en effet le premier degré de folie de
celui qui s'éloigne de Dieu , c'est d'abdiquer une couronne , non-seulement la couronne qui l'attend dans le ciel , mais môme la couronne qu'il possède déjà sur la terre, car servir Dieu c'est régner ; le signe de sa royauté ne ceint plus son front *. Le personnage voisin est dans un état de nudité complète ; le troisième n'a que quelques haillons insuffisants pour le couvrir ; d'une main il tient un bâton, et de l'autre un pain qu'il dévore avec une sorte de voracité.
La quatrième statue au nord est celle d'une femme vêtue modestement , mais exprimant un sentiment de tristesse et de mélancolie ; la cinquième a été détruite.
Au midi nous ne rencontrons pas cet état de misère aussi profonde : ce sont d'abord deux individus de la plus basse condition, à en juger par leur costume, puis deux femmes , dont l'une paraît pleurer ; l'autre est en partie brisée. Enfin la dernière statue, cachée par l'ombre de la tour, rappelle les trois premières statues du nord : c'est un homme ; un lambeau d'étoffe couvre une partie de son corps amaigri ; on peut facilement compter ses côtes ; il paraît plongé dans un profond abattement. Si dans les statues d'hommes on découvre quelques nudités, il n'en est pas de même dans celles de femmes ; pour elles, on a su observer les règles de la plus rigoureuse décence. En considérant ces figures, nous nous sommes
\ Cecidït corona capitis nostri , va nobis quià peccavimus. Jérémie. Lam., rap. v.
rappelé ces paroles de l'Apocalypse : « Tu dis : Je suis » riche et opulent , et je n'ai besoin de rien , et tu » ne t'aperçois pas que tu es malheureux , misérable , » pauvre , aveugle et nu. Je te conseille d'acheter de » moi de l'or éprouvé au feu pour t'enrichir , et des » habits blancs pour te vêtir , de peur que la honte de » ta nudité ne paraisse , et un remède pour appliquer » sur tes yeux afin que tu voies. Je reprends et je » châtie ceux que j'aime : ranime donc ton courage et » fais pénitence *. »
Nous avons déjà fait observer les caractères de l'époque ogivale primordiale , dans les chapelles rayonnantes autour du sanctuaire; la scotie profonde qui règne entre la base et le fût suffirait pour motiver notre jugement, lors même que les chapiteaux, garnis de crosses végétales, ne rappelleraient pas le type de cette époque. Il est un autre caractère que nous devons signaler : ce sont les doubles piscines qui se rencontrent dans les trois chapelles absidales ; de semblables devaient exister dans les deux autres chapelles, avant l'érection des autels grecs qu'on y a accolés.
Le prêtre n'a pas toujours pris les ablutions; cet usage n'est devenu général que dans la dernière moitié du treizième siècle. Le cardinal Bona2 et le père Le Brun 3 déclarent formellement qu'aucun des anciens
1 Apoc. , cap. m. 17, 18 et 19.
2 De Rébus liturgicis.
3 Traité des saints mystères
liturgistes ne fait mention de cette rubrique ; ils se contentent de parler du lavement des mains, qui avait lieu à la fin de la messe, dans la piscine. C'est ce qu'on trouve dans l'Ordre romain, que Mabillon attribue au onzième siècle , et que d'autres reculent jusqu'au douzième. Jean d'Avranches, qui vivait au onzième siècle, dit : « Le prêtre doit prendre la particule de l'hostie » qui a été déposée dans le calice , et remettre ensuite » le calice au diacre pour le purifier et prendre ce qui » est resté ; celui-ci passe à la partie gauche de l'autel » avec la patène et le calice pour prendre avec le » sous-diacre ce que le prêtre a laissé. Ils purifient les » deux vases et consomment le liquide qui a servi à » purifier. » C'est ainsi qu'il faut entendre les paroles de l'évêque d'Avranches : Mundalo utroque utrique participent,.
D'après un ancien ordinaire de Rouen, cité par Le Brun des Marettes , le prêtre ne prenait aucune ablution ; pendant que les ministres communiaient sous l'espèce du vin , on lui apportait un autre vase pour se purifier les doigts et on versait l'eau dans la piscine 1 .
L'Ordre romain vient lever tout doute, en indiquant que « le vendredi-saint et aux messes pour les défunts , » le prêtre doit prendre lui-même l'ablution 2 ; » dans d'autres circonstances il ne la prenait donc pas , il la
1 Voyages liturgiques.
2 Or do x. n" -15.
réservait aux minisi res inférieurs. Saint Yves de Chartres dit formellement : « Après avoir touché les espèces » sacramentelles , le prêtre , avant de se retourner vers » le peuple, doit se laver les mains, et l'eau est jetée » dans un lieu destiné à cet usage. » On voit qu'il ne parle pas de la purification du calice , ni de la consommation des ablutions.
Cependant , par respect pour les saintes espèces , déjà avant le treizième siècle , plusieurs ordres religieux étaient dans l'usage de prendre les ablutions aux messes privées. Nous avons vu qu'aux messes solennelles le diacre et le sous-diacre purifiaient le calice et prenaient F ablution. Mais que faisait-on? que devaiton faire aux messes privées? Le pape Innocent III, consulté à ce sujet par l'évêque de Maguelonne, en 4 218, dit : « que le prêtre doit toujours faire l'ablution avec du » vin et prendre cette ablution , à moins qu'il ne soit » obligé le même jour de dire une autre messe. » Il est donc à croire que l'ablution du calice était généralement confondue avec les ablutions des mains et versées dans la même piscine , sans cela le pape n'eût pas été obligé de faire cette observation.
C'est donc au pape Innocent III4 qu'il faut faire
1 On lit dans V Encyclopédie théologique, tome 8, art. Ablutions : « Jusqu'au » defuzième siècle, le prêtre, aprèsla communion, purifiait le calice et ses doigts » avec du vin et do l'eau comme aujourd'hui , mais ensuite on jetait dans la » piscine nommée lavatoriwm cette eau et ce vin. » Il y a ici une double erreur; il est évident que cet usage a subsisté jusque vers le milieu du treizième
m LA CATHÉDRALE DE NlïVIiliS.
remonter l'us;ige, qui est devenu général, de prendre les ablutions. On comprenait l'inconvenance de déposer dans la même piscine l'eau qui avait servi à laver les mains des prêtres avant le canon , et le vin versé dans le calice après la communion, mélangé aux quelques gouttes du précieux sang qui pouvaient rester , ainsi que l'ablution des doigts auxquels avaient pu s'attacher des parcelles de l'hostie ; on le comprenait , mais un ancien usage est difficile à détruire. On prit donc un moyen qui paraissait propre à conserver le respect dû aux saintes espèces , et en même temps à ne pas détruire des usages jusque alors généralement suivis* on établit une double piscine, ayant d'un côté un bassin simple, destiné à recevoir les eaux communes , de l'autre un bassin orné, pour les ablutions.
On ne trouve pas cette piscine géminée auprès du maître-autel , et la raison en est fort simple : cet autel était réservé pour les messes solennelles , les ministres alors prenaient les ablutions; mais dans les messes privées , le simple servant ne pouvait purifier le calice ni prendre le liquide qui avait servi à cet usage ; il était donc nécessaire que les chapelles rayonnantes fussent munies de piscines.
siècle, autrement on ne pourrait pas expliquer les piscines géminées qu'on trouve dans les églises du treizième siècle , telles qu'à la cathédrale de Nevers, à l'abbaye de Pontigny et au prieuré de l'Epeau, etc. C'est aussi à tort qu'on donne le nom de lavatorium à la piscine destinée à recevoir les ablutions , i( aurait fallu dire perfusoriujn ; le lavatorium recevait les eaux ordinaires.
On doit comprendre qu'il ne s'agit ici que des églises cathédrales et monacales ; quant aux églises rurales, qui le plus souvent n'avaient qu'un seul autel, elles devaient nécessairement être munies de la double piscine auprès de cet autel. Dans une des plus petites églises du diocèse de Nevers, celle de Rémilly, on la trouve avec ses deux bassins ornés : l'un , le lavatorium , formé d'un quatre -feuilles , et l'autre, le perfusorium, d'une rose à six lobes.
Lors donc que nous remarquons dans une église ogivale la double piscine , nous pouvons en conclure que cette région de l'édifice , du moins dans la partie inférieure , est du treizième siècle. En effet , la disposition dont nous parlons n'existait plus au quatorzième ; car Durand , évêque de Mende, qui écrivait à la fin du treizième , parle de l'usage de prendre les ablutions et même le liquide qui a servi à purifier les doigts, comme d'un rit généralement suivi de son temps1.
Nous nous sommes étendu à dessein sur cet édicule , ou , si on aime mieux , ce meuble propre à la période ogivale primordiale, parce qu'il peut être d'un grand secours pour la classification d'un monument, et que tous ceux qui ont écrit sur les caractères de cette époque, ont omis de signaler celui que nous indiquons ici 2.
1 Sacerdos digitos perfundit et perfmionem sumit in dextro cornu altaris. Ralionale divin, off. Lib. iv, pars. iv.
2 Nous avons fait paraître dans le Bulletin monumental, tome 15, une notice détaillée sur les piscines géminées.