LE JUBÉ. - LE CHŒUR
Le chœur commença ; il est séparé da peuple par une hante barrière, traduction do Toile dn temple des Hébrcnx. L'art a mis tant de soins i découper, à broder la matière dont il est formé, qu'elle n'est plus qu'un nuage transparent interposé entre l'œil et le sanctuaire, que l'ancienne loi rendait impénétrable, et qui ne doit s'ouYiir pour lui qu'à l'accomplissement de la loi nouvelle.
LBS EOLISIfl GOTBIQDBS. p. 68.
Le jubé est construit en pierre; sa largeur, sans y comprendre la partie où se trouve le double escalier qui y conduit, est de 4 mètres 23 centimètres ; elle est , en y comprenant cet espace, de 7 mètres 15 cen-
72 itONoaRAPniB de la cathédrale d^lbi.
timètres •. Un riche péristyle précède la porte qui donne entrée dans le chœur. Rien n'est beau comme les clés pendantes des voûtes et les culs-de-lampe dont il est orné. La façade du jubé présente, dans son ensemble, une magnifique décoration, plus admirable encore dans ses détails : l'œil ne peut se lasser de considérer ces pierres réduites en dentelles, d'admirer la légèreté et la finesse de leurs rinceaux, la variété de leur guillochis, de leurs ciselures, de leurs coupures, fruits merveilleux des fantaisies d'une imagination libre et inépuisable. Les piliers sont ornés de grillages et de clochetons d'une élégance infinie. On raconte que le cardinal de Richelieu, visitant la cathédrale d'Albi, en 1629 ', voulut s'assurer par lui-même de la matière qui avait servi à composer ce grand ouvrage.
L'ordonnance du chœur lui parut si belle qu'il en fit prendre le dessin, dans le but de
4 Voir, au tome IV de VHisU gén.de Lang., le plan de Téglise , planche 5.
'^ Le cardinal était venu dans ces contrées pour y faire exécuter les conditions de la paix conclue avec les protestants par le traité fait à Mais, le 27 juin 1629.
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faire construire dans son hôtel, à Paris, une chapelle sur le même plan.
Ces admirables sculptures ont excité l'enthousiasme des étrangers, des artistes et des savants. Dans un rapport sur l'église de Sainte-Cécile, le célèbre Romagnési s'exprime, au sujet du jubé, de la manière suivante :
« Tout ce que l'imagination peut se figurer » de richesse n'approche pas de la vérité.
» J'ai vu tout ce qui existe en ce genre, tant »^ en France qu'en Belgique et en Hollande, » je n'ai rien vu d'aussi riche et d'un travail » plus délicat. Des croquis faits à la hâte, et » même les lithographies les plus parfaites,
> peuvent à peine en donner une idée. C'est » le dernier gothique dans toute sa ri- » chesse *. »
« Au milieu du chœur, » dit M. Mérimée ^ « un jubé magnifique reproduit les formes
> gracieuses de l'enceinte de la plate-forme. » La sculpture du quinzième siècle y a épuisé » tous ses délicieux caprices, toute sa pa-
1 Rapport au ministre des cultes , du 29 février 1832.
2 Notes à' Un voyage dans le midi de la- France,
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» tience , toute sa variété. On passerait des » heures entières à considérer ces détails » gracieux et toujours nouveaux, à se de- » mander, avec un étonnement sans cesse » renaissant, comment on a pu trouver tant » de formes élégantes sans les répéter, com- » ment on a pu faire, avec une pierre dure » et cassante, ce que de nos jours on oserait » à peine tenter avec du fer et du bronze. — » Je n'aime pas les jubés,» dit cet auteur, « ils » rapetissent les églises, ils me font l'effet » d'un grand meuble dans une petite cham- » bre; pourtant^ celui de Sainte-Cécile est » si élégant, si parfait de travail , que, tout » entier à l'admiration, on repousse la criti- » que, et que l'on a honte d'être raisonnable » en présence de cette magnifique folie. »
Cette prévention de M. Mérimée pourra ne pas être généralement admise ; mais tout le monde partagera son admiration.
Le jubé et le chœur de Sainte-Cécile furent construits, en 1500, sous Louis d'Ambdise «, par une de ces compagnies d'ouvriers ma-
i Gall. Christ., tome I, p. 3S. -- HisL gén» de Lang,, tome V, p. 99.
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çons qui, dans les treizième et quatorzième siècles, parcouraient la France, la truelle d'une main, le ciseau de l'autre, et s'arrêtaient partout où les évêques réclamaient le secours de leur talent. Ils sortaient tous de l'école des tailleurs de pierre de Strasbourg, et formaient en France, comme dans l'empire germanique, des corporations distinctes. Vers l'an 1452, Dotzinger les réunit en une seule, dans une assemblée générale tenue à Ratisbonne, fixa des règles pour la réception des apprentis, et choisit pour grand maître de cette confraternité l'architecte de la cathédrale de Strasbourg ^ La suprématie de l'atelier de cette ville sur les loges allemandes ne cessa qu'après sa réunion à la France, et les règles de la société se sont maintenues jusqu'à l'époque de la Révolution. C'est là l'origine de ce qu'on appelle aujourd'hui les compagnons du devoir.
Les sculptures qui ornent le chœur présentent la même richesse que celles du jubé.
Son pourtour intérieur est surmonté d'élé-
1 Lithog. de Chappui, texte descript., cathédrale de Strasbourg.
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gants clochetons percés à jour, de pyramides et d'obélisques découpés avec une perfection que rien ne saurait atteindre. Soixante et douze niches renferment autant de petites statues d'anges sculptées dans les proportions de 30 centimètres de hauteur, travaillées avec goût et variées avec intelligence.
La naïveté, la grâce, brillent dans leurs traits, qui semblent respirer le ciel. Au-dessus des portes latérales paraissent les statues des deux empereurs chrétiens, Constantin et Charlemagne, qui ont assuré, l'un et l'autre, le triomphe de la foi dans le monde. Le sanctuaire renferme celles des douze apôtres, tenant chacun dans leurs mains des légendes écrites en caractères du quinzième siècle, dont l'ensemble forme le Credo ^ qui est le symbole de leur foi. On remarque derrière l'autel une statue de la Vierge, chef-d'œuvre de pose et d'expression simple et naïve.
La longueur totale du chœur est de 36 mètres 72 centimètres ; sa largeur, en y comprenant les stalles, est de 10 mètres environ K
t Bist. gén. de Lang.t tome IV. pi. l". — Lithog. de Chappui, pi, h.