‹ Monographie de la cathédrale de Sainte-Cécile d'AlbiChapitre 52 sur 63 · PIÈGES JUSTIFICATIVES ET DOCUMENTS DIVERS · texte numérisé non relu

PIÈGES JUSTIFICATIVES ET DOCUMENTS DIVERS

PIÈGES JUSTIFICATIVES RELATIVES A LA MATIERE COMPOSANT LE BLED DBS PEINTURES DE LA VOUTE ET A LA PIERRE QUI A SERVI A LA CONSTRUCTION DU JUBÉ ET DU CHOEUR.

Peinture,

Analyse par M. Lîmousin-Lamothe , chimiste à Albi , 13 novembre 1860 :

<c La couleur bleue appliquée aux murs intérieurs et à la » voûte de Sainte-Cécile d'Albi, n'est pas formée par de » l'indigo ; cette ooa(«fir résiste à nue chaleur modérée, il » est vrai , mais à laquelle l'indigo, substance végétale, ne • résisterait pas. Elle n'est point due à une préparation de » cobalt , comme quelques personnes tendent h le croire ; A ^àXt^ par le réactifC, elle n'en donne aucune réaction, et U

334 MONOQRAPHIE DE LA CATHÉDRALE D*ALBt.

» phosphate de soude ainsi que le borate traités avec elle, au » chalumeau, ne donnent nullement un verre coloré en 1 bleu.

» Au contraire , cette matière colorante traitée dans une » très-petite capsule par l'acide azotique, s'y dissout avec une n vive effervescence, le produit évaporé et additionné d'eau » distillée prend une belle couleur bleue par l'ammoniaque,

• une couleur brun marron par le cyanure ferrico-potassi- » que; une petite lame de fer décapée plongée dans ce liquide n se revêt, au bout de cinq minutes, d'une couche de cuivre » métallique.

» Il résulte , de ces seules épreuves, que la couleur bleue » en. question est formée par le carbonate de cuivre» en termes » vulgaires, cendres bleues, obtenues par la précipitation d'un » sel de cuivre par le carbonate ou le bicarbonate potassi- » que. n

Opinion de M. Limousin-Lamothe, confirmée par M, Filhol, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse :

« J'ai examiné la matière colorante bleue des peintures de » la voûte de Sainte-Cécile que vous avez eu la bonté de » m'adresser. C'est, comme l'avait dit M. Limousin-Lamothe, i> du bleu de montagne (hydrocarbonate de cuivre) ; il n'y a ji pas de cobalt.

» Filhol , professeur à la Faculté des sciences.

» Décembre 1860. »

Pierre du jubé et du chœur.

Opinion de M. Limousin-Lamothe :

tt Les dentelures qui font partie du jubé et du chœur de

• Sainte-Cécile d'Albi sontrelles le produit de ciseluires Opé-

APPÉNOICE. 335

» rées sur la pierre, ou bien sont-elles le résultat de la mou- » lure?

» Ou la pierre qui forme ces prétendues moulures est tout » simplement de la chaux éteinte qu'on a moulée sous forme 9 de pâte, ou c'est un ciment qu'on a moulé avant sa comn plète dessiccation. Dans le premier cas la chaux seule ne se » serait pas durcie au point de former une pierre homogène » et compacte, et les diverses pièces, dont quelques-unes assez » massives, auraient subi un écrasement sur leur base. Dans » le second cas . nous devons trouver par l'analyse les élés ments qui ont été unis à la chaux pour lui communiquer » une certaine cohésion, tels que silice, argile ou plâtre, etc. » L'analyse faite sur une partie de ces moulures, dont un » échantillon m'a été remis, n'a révélé que de la chaux pure » avec quelques centièmes de magnésie et d'argile, mais qui » ne peut, en si petite quantité, avoir aucune influence sur la » chaux et lui donner la moindre cohésion ; d'un autre côté, i> absence complète de sable ou de plâtre et par contre pas de » combinaison possible. J'ai donc la conviction intime que » les dentelures sont formées par de la pierre calcaire natui> relie appartenant à cette classe de calcaire appelée travertin, » une dolomie peu compacte et d'un travail facile.

» Albi,10iiuai863. >

Analyse et opinion de M. Filhol :

« Cette pierre est composée comme suit :

Carbonate de chaux 52 10

Carbonate de magnésie 31 »

Argile 16 90

)» Soumise à l'action de la chaleur, après avoir été réduite en » poudre et bien desséchée à 150 degrés, elle ne perd pas sen-

Googk

336 MONOÛRAPBIE DB hh. OkTUÈDÏLkLE d'aLBI.

» siblement de son poids à la température du rouge sombre ; » elle ne cède à l'eau qu'une trace à peine appréciable de » chaux. Tous mes efforts pour trouver dans cette pierre des » traces d'une matière qui aurait servi à réunir les éléments » nécessaires pour faire une pierre artificielle ont échoué. » Je crois donc que c'est un produit naturel , une dolomie » peu compacte et très-facile à travailler.

» Tontome, SJoiniMS.

i FiLHOL. »

Opinion de M. Hébert, professeur de géologie & la Sorbonne :

c Le petit échantillon que vous m'avez laissé est certaine- » ment une pierre naturelle et non un ciment. Si tout est de » la même nature, il n'j a aucun doute à avoir.

» Ptrif . il man 1863.

» HiBBRT. »

Opinion de M. Lejmerie , professeur à la Faculté des sciences de Toulouse :

« J'ai examiné réchantillon que vous m'aviez confié et je le n crois naturel. C'est un calcaire de consistance crayeuse. » Pour avoir à cet égard toute certitude , il faudrait voir » cette matière sur une plus grande échelle.

» ToQlouse. 7 mai 1863.

» Letmeris. »

APPENOIOE. 337

DESCRIPTION DE l' ANCIEN MAÎTRE-AUTEL DE SAINTE-CÂCILE.

Extrait du procès-verhal de visite de l'église métropolitaine de sainte-Cécile faite par Jf0' Charles Le Goux de la Berchère , archevêque d'Aibi, de l'année 1698.

Dn 5 mars 1698.

Aurions procédé à la visite du très-saint sacrement , que nous aurions trouvé conservé dans un grand ciboire de vermeil doré, fermant bien et en bon état. Ledit ciboire est posé au milieu d'un pavillon d'argent doré suspendu avec trois chaînes aussi d'argent doré, à une crosse de bronze doré, audessus de l'autel, ou le saint sacrement est toujours en réserve.

Le ciboire est posé dans ce pavillon sur un corporal plié dé la grandeiu" de la base du pavillon et est attaché par le pied avec trois petits crochets d'argent sous lesquels on passe le pied du ciboire , en levant l'un desdits crochets qui se tourne à vis.

Le pavillon est composé de trois colonnes qui joignent la base avec la voûte; et, par-dessus ladite voûte, est la figure d'une petite colombe d'argent doré qui a les ailes ouvertes.

Ce pavillon est d'un bel ouvrage , ciselé.

Nous aurions trouvé ledit pavillon couvert par-dessus et tout autour d'un voile de drap d'or à fleurs d'argent , garni d'une frange d'or par le bas , presque neuf.

Il nous aurait été aussi représenté un autre voile de taffetas

338 MONOGRAPHIS DB LA CATHÉDRALE dVlbI.

blanc garni de dentelle, à frange d'or et d'argent qui sert les jours ordinaires.

Et il nous aurait été dit que les jours les plus solennels on ôte le voile , et que le pavillon demeure entièrement découvert.

Sur le haut de la crosse, à laquelle le pavillon est suspendu, il y a la figure d'un ange prosterné, dont les ailes étendues de même matière que la crosse.

Ladite crosse est supportée par un gros pilier de cuivre jaune , semblable en grosseur à six autres piliers qui entourent l'autel , mais plus élevé, doré depuis le milieu jusques en haut, dans lequel pilier est le cordon avec lequel on descend le pavillon du saint sacrement sur l'autel.

Ledit cordon est entièrement renfermé dans le pilier , qui s'ouvre et ferme à clé ; au-dessus de ce pilier est une image de Notre-Seigneur en bronze doré. Sur ledit pilier est cette inscription gravée : Ohkbtum Dni Lud, de AmhroyHa episcopi Attiiensis , 1485.

Il faut nettoyer ladite crosse et ordonner que le pilier qui la porte sera aussi nettoyé lorsque l'on nettoie ceux qui sont autour de l'autel.

Ordonner aussi que le cordon auquel le pavillon du saint sacrement est suspendu sera visité deux fois chaque année , le premier jour des deux chapitres généraux , par deux chanoines qui seront députés à cet effet.

Dn 8 mars 1098.

L'autel du chœur est élevé sur cinq marches de pierre de taille , qui forment le sanctuaire qui a sept cannes de profondeur , et sur un marchepied de menuiserie de trois marches, dont les deux premières n'ont que trois pouces de hauteur ; la première sept pans de largeur et la seconde cinq pans.

Al^l^ÉNDlCfi. 339

La table de l'autel est d'une seule pièce de marbre blanc , longue de seize pans , et large de cinq ; l'autel est consacré.

Il y a un retable d'argent doré en plusieurs endroits, représentant les mystères de la naissance de Notre-Seigneur, savoir : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, TAdoration des Rois , la Présentation au Temple , le Massacre des innocents , et la Fuite en Egypte , en sept enfoncements divisés par arcades , oU sont les figures en reliefs. Ledit retable tient toute la largeur de Tautel , à cinq, pans de haut.

Ledit retable est dans un autre retable de menuiserie qui se ferme par-devant avec des coulisses sur lesquelles la vie do sainte Cécile est représentée, en peintures anciennes qu'il faut renouveler. On ôte lesdites coulisses les jours solennels pour découvrir le retable d'argent.

Au-dessus dudit retable il y a un enfoncement dans ladite menuiserie, lequel tient aussi toute la largeur de Tautel, et est azuré et doré, dans lequel enfoncement on expose les reliques les jours solennels. Lequel enfoncement se ferme les autres jours avec des coulisses sur lesquelles les reliquaires desdites reliques sont représentés en peintures anciennes. Cela est aussi fort souvent couvert d'une tapisserie faite exprès , fort fine et belle, de la hauteur de cinq pans.

11 faudrait tout un parement d'étoflfe de soie convenable aux couleurs de l'église, pour couvrir les jours ordinaires tout ledit retable. Il en faut un de damas violet pour le couvrir pendant le temps de la Passion, et im de damas blanc pour le jeudi-saint.

Au-dessus dudit retable de menuiserie sont les deux grandes châsses d'argent ci-dessus décrites : Une sur chaque côté.

II. y a , au-dessus dudit autel, un grand dais suspendu à la voûte de l'église avec une chaîne de fer qui couvre tout l'autel , ledit dais garni de pentes rouges de camelot onde fort

340 MONOORAPHIG DE LA CATHÉDRALE d\lBI.

vieux. Il faut d'autres pentes, de damas ou autre étoffe unie, afin que la poussière ne s'y arrête pas.

Il n'y a de chandeliers, pour les jours ordinaires, sur ledit autel, que six d'étain et une croix de même. Il en faut six de bronze et une croix convenable pour tous les jours. Il y en a six d'argent avec la croix pour les jours solennels.

On ne brûle sur ledit autel que de la cire jaune les jours ordinaires , et de la blanche les jours solennels seulement.

Ledit autel est entouré de six grands piliers de cuivre jaune, beaux et bien faits, trois de chaque côté, qui forment une enceinte carrée autour de l'autel. Il y a une fondation pour les nettoyer les quatre principales fêtes de l'année.

Sur chaque pilier il y a un ange, dont chacun tient un instrument de la Passion de Notre-Seigneur ; lesdits anges ont été dorés ou bronzés , il faut les nettoyer. Sur lesdits piliers est écrit en lettres gothiques gravées : Oblatum Dni Lud. de Amhoysia, Epi, AWien, 1485.

Il y a , d'un pilier à l'autre, une pièce de cuivre ronde, sur laquelle il y a vingt-quatre chandeliers, savoir : huit en face de l'autel et huit de chaque côté ; et au milieu de la face du levant est un crucifix de même matière, soutenu par une chaîne de fer attachée au-dessus de la voûte. Lesdits chandeliers garnis de cierges blancs qui s'allument les jours de solennités. Ils sont fournis par nous et le chapitre. Il faut nettoyer ladite pièce de cuivre et lesdits chandeliers et crucifix. Le tout ayant été doré ou bronzé comme lesdits anges , et étant à présent fort noir.

Tout le tour de l'autel et du sanctuaire est fermé de balustrades de pierre de taille blanche hautes, avec douze pilastres d'espace h autre, qui sont joints avec des arceaux et couronnements, ornés de plusieurs ouvrages de sculpure d'un travail très*délicat. A chaque pilier , il y a un apôtre en relief dans

APPExNOICE. 341

un enfoncement au-dessus duquel il y a une pyramide de pierre ciselée.

Derrière le grand autel , il y en a un petit qui était destiné pour y célébrer les messes des obits in minori qui doivent être dites par les vicaires. Cet autel est sans aucun ornement. On ne sait pas s'il a été consacré.

Le sépulcre où se mettent les reliques à la consécration est tout ouvert; on n'y dit pas la messe. Les messes desdits obits in minori se disent aux chapelles qui sont autour du chœur : pendant lesquelles le chapitre et autres bénéficiers restent au chœur en leurs places ordinaires , et l'on chante au lutrin du chœur. Il faut ordonner que Ton dira à l'avenir lesdi tes messes au petit autel qui est derrière le grand autel : auquel eflfet nous en ferons la consécration , et il sera orné et tenu proprement et avec décence, ainsi que tout l'espace qui est derrière le grand autel. On serrera ailleurs les tapis de pied et autres meubles que nous y avons trouvé.

Description du maître^autel de Sainte-Cécile extraite du pro^ cèS'Verhal dressé le 20 août 1790 par le directoire du district d'Àtt)i, en exécution des décrets de V Assemblée natioruile des 14 et 20 avril 1790, ayant pour objet Vinventaire des titres, actes et effets mobiliers du vénérable chapitre métropolitain.

tt Dans le chœur de l'église, étant montés au maître -autel, » nous y avons remarqué l'histoire de Jésus-Christ représentée » en relief par de petites figures d'argent et de vermeil , avec » quelques ornements d'architecture gothique; le tout fixe » attaché à Tautel et en faisant partie.

)» Par-dessus, nous avons trouvé une petite statue de sainte » Cécile en argent , ainsi qu'un ange qui y est attaché ; le » tout d'un très-beau travail, sur un piédestal de boisi 9 d'ébène.

342 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d\lBI.

» Plus une relique représentant le bras de sainte Cécile en » argent . ainsi que la châsse vitrée qui lui sert de piédestal ; » plus trois autres bras d'argent contenant des reliques de » saint Clair, et, en pendant, une autre châsse de bois argen- » tée, renfermant des reliques de sainte Ursule et surmontée » de la représentation d'une tête en lames d'argent.

» Plus, sur le haut de l'autel et le terminant , deux grandes

• châsses recouvertes de lames- d'argent, où sont enfermés les » corps entiers de plusieurs saints.

» Ledit autel est entouré d'un candélabre de bronze porté » sur sept colonnes surmontées de six anges du même métal, » et la septième, plus haute, d'une image du Sauveur, du » pied de laquelle part un suspensoir en forme de pavillon » lamé de vermeil , dans lequel est le saint ciboire , égale-

• ment de vermeil t pesant environ trois marcs.

» Plus un Christ de bronze et six chandeliers , de même » d'un beau travail et d'une belle hauteur. — Plus , du côté » gauche de l'autel, une crédence ou table de marbre sur un » pied doré et sculpté. — Plus deux grands chandeliers de » bois doré , portant chacun une torche pour l'élévation du » saint sacrement. » (Archives de la préfecture, chapitre de Sainte-Cécile.)

KOTIONS, RÉSOLUTIONS ET DOCUMENTS RELATIFS A LA CATHÉDRALE DE SAINTE-CÉCILE DURANT LA PÉRIODE REVOLUTIONNAIRE.

S8 septembre 1703 (l'an I*' de la République).

Séance du Conseil du département du Tarn, en surveillance permanente.

Un membre a fait un rapport sur la démolition à faire du

chœur de l'église de Sainte-Cécile d'Albi et la construction d'un autel à double face.

L'assemblée a délibéré que les plans , devis et observations relatifs à ce rapport seront remis au Comité central pour être examinés incessamment.

1" octobre il9Ê (l'in I" de la RéiwbUqae).

Séance du même Conseil.

L'ordre du jour a appelé le rapport fait par un membre dans la séance du 28 septembre dernier, sur la démolition du chœur de l'église de Sainte-Cécile d'Albi et la construction d'un autel à double face. Après la discussion , il a été pris l'arrêté suivant : ♦

JjC Conseil , vu les observations de l'ingénieur en chef sur le mode à établir dans l'exécution des ouvrages qui doivent être faits dans la cathédrale d'Albi ; ouï le procureur général syndic suppléant, — arrête : que la démolition des diverses parties qui doivent être supprimées et que les ouvrages à faire pour les remplacer , ainsi que ceux relatifs à l'exécution du nouveau projet , conformément au plan remis sur le bureau . adopté par le Conseil et paraphé ne varietur par le président, seront adjugés à un seul et même entrepreneur, qui sera tenu de se conformer aux clauses et conditions du devis , également remis sur le bureau ; et que le bail n'en sera définitivement passé à l'entrepreneur qu'après qu'il aura été approuvé par le département ; de sorte que le district devant lequel sera passé le bail et l'entrepreneur auquel il aura été provisoirement adjugé ne seront respectivement liés qu'après ladite approbation nécessaire du département. (Archives de la préfecture.)

344 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE D'aLBI.

Dt 1*' octobre 1799 (l'in I** de Ui Répabliqne).

Séance publique du conseil du département du Tam^ en tuneiUance permanente.

Présente onze membres . et le procureur général syndic suppléant :

Sur un rapport fait par un membre au nom du comité de surveillance , ayant pour objet de convertir en canons les monuments de bronze qui sont dans l'église Sainte-Cécile d'Âlbi, il a été pris l'arrêté qui suit :

Le Conseil permanent du département du Tarn , considérant que le salut du peuple est la suprême loi et qu'il tient au moyen de défenle contre tous ennemis du bien public ; instruit par l'envoi qui lui a été fait des vœux de la ville d'Albi, par le directoire de ce district, en date du 22 septembre dernier, qu'il est dans l'église épiscopale de cette ville des piliers ou des colonnes de bronze ou autres objets de même matière qui ne sont d'aucun usage nécessaire au service de cette église, et que, dans ce temps de crise, ils peuvent être utilement employés; voulant, en outre, que tout ce qui peut importer à la défense commune soit employé à une fin qui doit être l'objet unique de nos vœux : Tordre et la paix,

Ouï le procureur général syndic suppléant, arrête :

Art. !•'. Tous les monuments en bronze de l'église d'Albi , dont la matière peut servir à faire des canons et dont l'enlèvement ne saurait nuire au service du culte public, seront employés à cet usage.

Suivent les articles qui règlent l'exécution de cet arrêté. (Archives de la préfecture du Tarn,)

AJ>PENOICE. 34S

Le 7 novembre 1793 {yui I*' de U Répabliqoe).

Les commissaires délégués ont remis à radminlstration du district d'Albi les pièces d'or et d'argent retirées de l'église de Sainte-Cécile , pesant 587 marcs. (Archives de la préfecture.)

11 mai 1793 O'an II de la Bépubfique).

Séance du conseil d'administration du district d'AM.

Le Conseil considérant que le salut du peuple est la suprême loi. que tout ce qui est inutile au culte a été déclaré applicable aux besoins de la patrie , arrête :

Le grillage en fer des chapelles et la porte de fer de l'ancien cimetière de l'église, seront enlevés pour être convertis en piques. (Archives de la préfecture.)

Extrait des délibérations du corps municipal d'AIM. Séance du 26 frimaire an IlL

Le corps municipal occupé sans cesse de l'exécution des lois du 14 septembre 1793, vieux style, 3 brumaire de Tan II, et 8 brumaire dernier, et de l'arrêté des représentants du peuple, Mallarnié et Bouillerot, du 14 vendémiaire dernier, concernant l'abolition des signes de la superstition, de la royauté et de la féodalité, voulant rendre le temple de la Raison vraiment digne de ce nom, sans néanmoins anéantir les monuments des arts ni les travaux précieux.

Après avoir entendu le substitut de l'agent national ;

Délibère ce qui suit :

Art. {". Les inscriptions qui sont à la tribune du templQ

de la Raison, ci-devant église cathédrale, seront effacées et remplacées par des inscriptions tirées de la déclaration des droits de l'homme , décrétée par la Convention nationale ; il sera mis un drapeau tricolore entre les mains de la Renommée qui est sur le dôme de cette tribune ; les autels et fonts baptismaux seront démolis, et les statues, colonnes, vases et autres objets provenant de ladite démolition qui seront précieux par la matière ou par le travail , seront enfermés dans la ci-devant sacristie, pour être employés à l'utilité publique, et il en sera dressé un état. Il en sera de même des tableaux dont il sera fait ua examen particulier. (Archives de la mairie d'Albi.)

Séa/nce de la Société populaire d'Albi^ du 10 ventôse an IL

Un membre a fait part à l'assemblée de Tétonnement qu'avait produit sur le grand nombre de citoyens qui avaient assisté à la célébration de la fête décadaire, le contraste de la célébrer au milieu des images, des tableaux, des statues et des hochets du fanatisme et de la superstition, qu'il invitait la Société à prendre des mesures , afin qu'à la prochaine décade le temple de la Raison ne présentât pas le même inconvénient.

A la suite de cette séance et dans quelques jours, les statues du jubé furent détruites. On avait même délibéré de faire passer au blanc les voûtes de l'Eglise ; mais on fut arrêté par les dépenses exorbitantes qu'aurait entraîné l'exécution de cette mesure pour laquelle il aurait fallu établir de très-coûteux échafaudages ; et la motion n'eut pas de suite en ce qui concerne les peintures. (Archives de la préfecture du Tarn. Séances de la Société populaire.)

LA CATHÉDRALE SADVéB DB LA DESTRUCTION.

C*est à la suite des diverses résolutions dont il vient d'être parlé que M. Mariés , ingénieur en chef, appela l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur ces projets par la lettre suivante , et qui fut suivie d'un ordre de M. le ministre Rolland aux administrateurs du département, par une lettre que nous avons déjà produite dans la Monographie.

Albi, le 5 novembre 1799 (l'an I*' de ta Répnbliqne).

A M. RoUand de la Platrière, ministre de l'intérieur et conter' vateur des monuments publics,

n Monsieur le ministre ,

» Je m'empresse de vous avertir que la hache de la des* truction est prête à frapper la belle cathédrale d'Albi , qui est un des plus magnifiques monuments que la piélé des hommes ait élevés dans le moyen âge à la gloire de l'Être suprême.

» Ce temple majestueux est embelli intérieurement par tout ce que les beaux-arts peuvent produire de gracieux, de riche, d'élégant et de pompeux.

» Ses voûtes , étonnantes par leur grandeur et leur hardiesse, sont ornées de peintures disséminées sur un beau fond d'azur; elles brillent par l'éclat de l'or qui relève ces peintures, ainsi que les ornements dont les nervures des mêmes voûtes sont enrichies.

» Déjà la sentence contre ces belles fresques est prononcée pour leur substituer un sale badigeon. — Le jubé , avec son superbe frontispice, avec ses voûtes admirables par la variét

de leurs compartiments et par le rare artifice de ses clés pendantes ;

> Le chœur, qui se fait remarquer par des sculptures inimitables , et surtout par les anges nombreux qui l'entourent pour chanter de concert les louanges de Dieu : elles sont exprimées par les hymnes empreints sur des bandes que ces anges tiennent déroulées entre leurs mains; le sanctuaire, que rien n'égale sous le rapport de la richesse de l'art et sous celui d'une ordonnance magnifique qui caractérise te lieu le plus sacré du temple.

» Ces trois objets réunis forment un chef-d'œuvre d'architecture gothique , dont les détails et l'ensemble soot le produit des talents et des grandes pensées des artistes de ce temps-là.

» Déjà les funestes formalités sont remplies pour les démolir et pour livrer ces précieux débris au plus offrant.

» Je les mets, Monsieur le ministre, ainsi que l'édifice imposant qui les renferme, sous votre protection tutélaire, puisque vous avez eu la générosité de joindre au titre de votre autorité celui de conservateur des monuments publics.

» Si nous nous arrogeons ainsi le droit d'anéantir les monuments que nous devons au génie , à la munificence et à la piété respectable de nos anciens , quel droit pouvons-nous avoir nous-mêmes h la stabilité de ceux que les événements mémorables des temps présents vont inspirer et faire surgir ?

» Je vous prie donc , Monsieur le ministre , d'interposer votre autorité pour empocher qu'il ne soit porté aucune atteinte à la belle église cathédrale d'Albi, qui est si digne d'être conservée par la sublimité de sa destination et par la majesté que les arts lui ont imprimée, en y étalant la magnificence de leurs productions.

» J'ai l'honneur d'être, etc.

» Uhs(i&a, ingénieur des ponts et fihaussées^ 9

. Nous avons donné dans la Monographie , au titre XIV , Mutilations, la réponse de M. le ministre, qui ordonna le sursis.

RAPPORT FAIT AU SENAT , LE l" MAI 1866, PAR M. HUBERT DE- LI9LE, SDR UNE PÉTITION AYANT POUR OBJET L'EX6cDTI0N DBS TRAVAUX DE RESTAURATION DE LA CATHÉDRALE DE SAINTE- CÉCILE D'albI, en ce QUI TOUCHE LE COURONNEMENT DE L'ÉDI- FICE ET l'Élévation des contreforts.

« Lorsque cette mission, toujours délicate, est donnée à » des hommes de l'art, dans notre siècle, de toucher aux » édifices dont Torigine est cachée dans le chaos du passé , » ils se trouvent en face de grands embarras -, les monuments » sont l'histoire des âges et empruntent, la plupart du temps, 1» au ciel sous lequel ils se construisent , des formes et des i caractères qui remontent à différentes époques toujours » difficiles à étudier , et l'embarrlGis devient bien plus grand » encore lorsque les fréquentes migrations d'hommes, les » invasions guerrières comme les mouvements du commerce » et les trafics de tous genres ont permis aux nations d'imï) porter les mille aspects , les variétés originales des monu- » ments de tous les pays ; de telle sorte que l'on voit sur » notre sol , si riche en souvenirs , se mêler parfois et se fon- » dre , pour ainsi dire , dans la même masse architecturale , » dans les mêmes enceintes , ces constructions de l'antiquité » orientale suspendues à des colonnes élevées , propres à un » ciel plein de chaleur et de lumière ; puis . tout à côté, ces » voûtes ogivales, venues aussi d'une autre partie de i'Orieut,

350 MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE d'aLBI.

» et , bien près de ces imitations , les murs épais , pesants , » ayant l'attitude massive et redoutable de forteresses où i> s'abritait la religion contre les projectiles inventés par le i> génie de la guerre.

» La cathédrale d'Albi appelait don'c cette sorte de divina- » tton du vrai style qui avait présidé k sa construction suc- » cessive et variée : y avait-il comme pensée dominante une » sorte de citadelle du treizième siècle sous ces fortes mu- » railles qui , se dirigeant vers le Tarn , s'allongent en faisant » face aux immenses plaines qui le bordent et forment une » enceinte où s'élève l'archevêché contigu à la cathédrale? D Etait-ce enfin la forteresse avec ses conditions de solidité » et de puissance? Il n'est guère possible d'en douter...

» Nous voyons qu'au quinzième siècle, le parlement de » Toulouse approuve la construction d'un mur d'enceinte en n face et derrière la grande tour ; plus tard, en 1566, un autre » titre dit que l'église est de bonne et sûre résistance : le fait y* est que les luttes ardentes de la Réforme n'ont pu emporter » cette cathédrale.

» Si donc la pensée guerrière domine constamment dans Il les grands fragments de cette construction , le couronne- » ment des contre-forts doit être autre que le plan qui s'exé- » cute ; bi, au contraire, pour les changements ultérieurs de cet » immense vaisseau qui , comme tous les monuments fondés à » des époques reculées, n'arrivèrent à leur achèvement que » par le labeur de plusieurs siècles et en subissant les modi- » fications que les événements et l'histoire rendaient néces- » saires , — si , dirons-nous, l'architecte, ayant plutôt en vue » une pensée pacifique , entrait dans la voie d'une ornemen- » tation et plus élégante et plus légère , par la construction » des tourelles élancées, des flèches aiguës , tout ce système » enfin qui , à l'œil du visiteur , découpe l'espace par mille » formes pittoresques ; alors il parait incontestable que les

)» travaux en cours d'exécution continuent les derniers plans » qui amenèrent le presque achèvement de la grande cathé- » drale méridionale.

» I/incertitude mettait donc Tarchitecte habile et plein » d'expérience . chargé de la restauration du monument , » dans une anxiété assez compréhensible, et, à la suite d'étun des sérieuses , il s'est déterminé en faveur des clochetons. » C'est cette résolution qui non-seulement a soulevé les criti- » ques du pétitionnaire , mais aussi des observations vives , » accentuées de la part d'hommes distingués , des inspecteurs » de l'exposition de 1863.

9 Dans des questions si graves, qui touchent à la fois aux » sentiments religieux et aux souvenirs respectables des pon pulations pour les monuments du passé déposés dans le » sein de notre vieux pays , votre commission non-seulement » a dû s'appesantir sur les propositions du pétitionnaire, mais » elle n'aurait pas craint de vous proposer le renvoi au minis- » tre compétent , si elle avait vu clairement ces anomalies » trop choquantes qu'avait signalées le pétitionnaire. Mais » telle n'est pas la situation , et tel n'a pas été l'avis du Con- » seil des monuments, qui est intervenu pour arrêter d'une » manière définitive les réparations de la basilique , objet de » ce rapport.

» Un architecte diocésain très-compétent , M. Daly , a été » chargé d'étudier aussi complètement que possible l'édifice n d'Albi, et ce n'est qu'après les recherches les plus conscien- » cieuses et les plus savantes qu'il a pénétré la pensée der- . » nière des architectes du temps. Sans doute le projet de » forteresse les a longtemps guidés dans la construction de la » cathédrale ; mais il arriva un moment où les travaux de- » valent subir les modifications que l'histoire elle-même » explique par les événements qui allaient amener de grands » changements politiques. On n'était pas aussi jaloux de

» couvrir le pays de centres de résistance, — de renforcer » l'autorité déjà si formidable des provinces contre le pou- » voir royal essayant ses forces toujours rejetées ou conte- )> nues : — non , on voulait au contraire amoindrir ces n obstacles incessamment dressés contre la tendance à l'unité » gouvernementale. Le cardinal d'Âmboise, bien plus le re- » présentant de la puissance royale que de la féodalité ou de » la puissance locale, imprime un tout autre cachet à la » construction, — • et, au lieu de secourir l'autorité locale , il n préfère ouvrir la carrière au genre décoratif, à l'ornemen- » tation, et, par ce lien mystérieux que l'étude patiente de » l'histoire fait découvrir, on voit, à côté des aspirations vers » l'unité politique, les arts s'épurer et viser à l'eflFet agréable » et gracieux, devant remplacer la solidité et la force guer- » rière que les nécessités d'autres temps avaient ménagées.

» On suit, par l'étude de la cathédrale d'Albi, les phases, » les anomalies politiques du pays dans ses transformations » successives : les gros murs crénelés changent, les traces » d'une architecture plus élégante se révèlent dans les ouvra- » ges établis près la grande tour, sur les contre-forts, par u des commencements de clochetons, et c'est là où se devine » la pensée intime de l'architecte.

» Le système d'achèvement de la cathédrale d'Albi adopté » par l'administration repose donc sur un examen long et » attentif du monument et des traces qu'on y trouve encore.

» Au quatorzième siècle , lorsqu'on a élevé la cathédrale, » l'édifice était sur la frontière du territoire de Gaillac ; on » l'avait projeté comme devant être fortifié. Et, en effet, on » peut reconnaître les amorces des mâchecoulis qui devaient » couronner la nef et les étages de la tour. Mais ce projet ne » fut jamais achevé, et au quinzième siècle on y renonça » pour adopter un système de couronnement non fortifié. On » reconnaît parfaitenient la trace de ces modifications le long

« de la tour au côté sud. Il fallait ou détruire les traces du » premier plan eu partie exécuté, ou suivre le dernier projet, n C'est ce parti qui fut adopté, d'après Tavis du conseil des » bâtiments civils et d'après l'avis de la commission des édi- ^ fices religieux. C'était, en effet, le plus sage, puisqu'il ne » détruisait rien, et le plus économique, puisqu'il ne modin fiait pas des constructions déjà refaites ou continuées au » quinzième siècle. Quant à l'utilité des pyramidions , elle » n'est pas douteuse. Ils ne sont autre chose que des pinacles » chargeant les contre-forts pour résister à la poussée des » voûtes.

» En effet, lorsque les grands murs latéraux de ces monu« » ments étaient construits et qu'il s'agissait de fermer à des » hauteurs immenses, soit par la forme ogivale, soit par le » plein ceintre, ces vastes cathédrales, l'architecte devait » absolument donner aux points d'appui sur lesquels allaient » porter les nervures ou travaux de jonction une force de » résistance en rapport avec la tendance à l'écartement. De » là les doubles parois de murs, les colonnades intérieures, » l'es gros pilastres , surtout ces contre-forts assis sur une » solide base et chargés à leur extrémité supérieure par des » constructions qui en assurent la stabilité. Leur non-achève- » ment a, en effet, causé dans les voûtes de la basilique d'Albi » des mouvements assez inquiétants ; autant de contre-forts » donc, autant de pinacles ; le nombre des tourelles se trouve )t ainsi indiqué par le nombre des contre-forts.

r> Tel fut l'avis d'hommes expérimentés et compétents au » sujet de la question qui vous est soumise. Dans cette occur- » rence. Messieurs les sénateurs, votre deuxième commission » ne voit aucune nécessité de revenir sur les mesures adop- » tées par le Gouvernement, et cela après mûre délibération ; » mesures d'ailleurs justifiées par l'examen attentif et appro- » fondi des différents styles qui ont été successivement suivis

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» par les architectes des époques antérieures. Elle hésite d'au- ■ tant moins à vous proposer une telle conclusion, que le projet » du pétitionnaire irait jusqu'à la destruction de sept tourelles » complètement achevées, de vingt-deux autres dont les » corps ont déjà atteint plus de quatre mètres de hauteur, et » cela, pour y substituer des constructions plus coûteuses et » qui ne donneraient pas satisfaction à la pensée de solidité » que l'architecte actuel a eue en vue en chargeant les contre- » forts pour empêcher l'écartement des voûtes.

■ Par tous ces motifs, Messieurs les sénateurs, votre » deuxième commission a l'honneur de vous proposer de pas- » ser à l'ordre du jour sur la pétition n« 298. »

Le Sénat passe à l'ordre du jour.

(Moniteur du 2 mai 1866. — Séance du mardi 1" mai 1866).

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