CHAPITRE Î
Développement de la dent de six ans
« La première grosse molaire permanente, dit Goodsir, est la dent la plus remarquable chez l’homme, en ce qu’elle forme une transition entre la dentition de lait et la dentition permanente. Considérée anatomiquement et dans son développement dans le sillon dentaire primitif en tant que papille et follicule, elle est une dent de lait; considérée physiologiquement, c’est-à-dire au point de vue des fonctions de mastication dans l’âge adulte, elle est une dent permanente (1). »
Ainsi donc le développement de la première grosse molaire est analogue à celui des dents de lait; comme elles, la dent de six ans a son follicule attaché à un cordon épithélial prenant directement son origine à la lame épithéliale. Ce cordon pénètre au sein du tissu embryonnaire, dans une région où il ne rencontre aucun follicule antérieur, absolument comme le follicule des dents de lait. :
Au contraire, les 20 dents permanentes de remplacement naissent chacune d’un bourgeon qui part du point
(1) On the pulps and sacs of the human teeth. Edin. med. and surg. Journal. Janv. 1839.
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de jonction de chaque cordon primitif avec l’organe de l'émail de la dent temporaire correspondante (1). Ce bourgeon (véritable diverticulum du cordon primitif), en forme de cylindre plus ou moins renflé à son extrémité, se dirige verticalement vers la partie profonde des mâchoires, entre la paroi alvéolaire et le follicule primitif, sur la face interne de celui-ci, il s'enfonce profondément dans la gouttière dentaire pour s'isoler des follicules primitifs. Ajoutons que ce cordon, dit permanent, affecte un trajet spiroide très marqué ce qui permet toujours de le reconnaître.
La deuxième grosse molaire nait par un mécanisme analogue à celui des 20 dents permanentes de remplacement, mais c’est la première grosse molaire qui joue, par rapport à elle, le rôle des dents de lait, par rapport aux dents de remplacement.
C'est en effet par un diverticulum du cordon de la première grosse molaire que se produit le follicule de la seconde; seulement, le cordon épithélial ne prend pas la direction descendante ou verticale : il se porte horizontalement pour s’infléchir au-delà du follicule et se placer au bout de la rangée. Pour la froisième grosse molaire, par un processus identique, le cordon qui donnera naissance à l'organe de l'émail va émaner du cordon de la dent de douze ans.
En résumé, pour Legros et Magitot, le follicule de la première grosse molaire naît, comme celui des dents de lait, de la lame épithéliale; en outre, comme chacune des deux dernières molaires dérive directement de celle
(1) Ch. Legros et Magitot. Origine et formation du follicule dentaire chez les mammifères. Paris, 1873.
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qui la précède, la première molaire reste par son: cordon le point de départ des dernières générations de follicules.
C’est au troisième mois de la vie fœtale qu’apparaît le cordon épithélial de première grosse molaire; à la quinzième semaine, le follicule est formé. Au cinquième mois, la paroi folliculaire est fermée, le cordon est rompu.
Au sixième mois, apparait un chapeau de dentine de Ommf à Omm2 de hauteur.
Au huitième mois, tous les chapeaux des cuspides tendent à se réunir. À huit mois et demi, la dentine a Omm8 à {mm de hauteur. 'A la naissance, la hauteur de la dentine atteint 1 à 2 millimètres.
A ce moment, doutes les dents temporaires ont un chapeau de dentine dont la hauteur varie de 3m à 3mm5; les 20 dents permanentes de remplacement ont toutes leurs follicules fermés et leurs cordons rompus (1).
Après la naissance, la calcification de dla dent de six ans se poursuit progressivement toujours d’après le même principe, allant des parties périphériques vers les centrales et de la couronne vers les racines. De sorte que, si nous suivons le tableau de calcification de « l'American system of dentistry (2) », nous voyons qu’à l’âge de six ans la couronne entière est calcifiée, qu’à sept ans la division des racines commence à poindre pour continuer pendant la huitième et la neuvième année. A dix ans, les racines sont à peu près complètement formées. Telle est la calcification apparente, morphologique ; quant à la calcification intérieure, celle qui ira toujours diminuant l'étendue de la cavité pulpaire, rétrécissant la lumière des canaux radiculaires, elle se poursuit pendant presque
(4) Ch. Tomes. Anatomie dentaire, (2) 1886. T. I.
toute l'existence jusqu’à un âge plus ou moins avancé, variable suivant les individus, pouvant aboutir à la minéralisation totale de l’organe.
Quant au follicule de la dent de douze ans, il apparaît pendant la première année après la naissance, celui de la dent de sagesse pendant la troisième année.
Tel est le développement de la première grosse molaire. Durant cette longue période, elle est protégée d’abord, maintenue ensuite après l’éruption, par sa cavité alvéolaire. Tout d’abord, le germe de cette dent est logé avec les autres dans une lamelle osseuse qui a la forme d’une gouttière semi-circulaire. Les bords de cette gouttière s'élèvent à la même hauteur que le sommet des germes dentaires, mais ne s'inclinent pas au-dessus d'eux de manière à les recouvrir, comme cela arrive pour les germes dentaires des 20 dents permanentes de remplacement et pour les deux dernières grosses molaires.
Au moment de la naissance, les cavités alvéolaires sont formées, mais les cloisons sont moins complètes à la partie postérieure qu’à la partie antérieure de la bouche; c’est ainsi que la première grosse molaire se trouve être dans l’alvéole de la deuxième molaire temporaire. La crypte osseuse de la dent que nous étudions n'apparait nettement qu’à six mois, et encore la cloison qui la sépare à présent de la deuxième molaire temporaire est-elle incomplète, surtout à la mâchoire inférieure. À la mâchoire supérieure, l’alvéole n’a pas encore de paroi postérieure (1).
Il en est des dents de six ans comme de toutes les autres : l’alvéole grandit avec elle, se moule sur elle à
(1) Ch. Tomes. Anatomie dentaire, Trad. D' Cruet.
mesure qu'elle s’allonge..L'alvéole est subordonné à. la dent (1). T
Celle-ci fait son éruption de six à sept ans et demi, apparaissant en général d’abord à Ja mâchoire inférieure (2).
On connaît les quatre phénomènes qui accompagnent l’éruption dentaire
1° Résorption de la paroi alvéolaire osseuse antérieure;
2° Usure et perforation de la gencive ;
3° Reconstitution de l’alvéole;
4° Ascension de la dent.
Tomes, pour expliquer cette ascension, fait intervenir un facteur d’une très grande importance, c’est la production nouvelle de tissu osseux. Nous disions tout à l'heure que l’alvéole était subordonné à la dent, bien plus, le maxillaire augmentant en hauteur par addition du tissu osseux, les racines occupent un plus grand espace alvéolaire et peuvent se développer.
Comment pourrait-il en être autrement ? comment l’ascension de la dent pourrait-elle être expliquée par le fait seul du développement de ses racines, sans prendre en considération la théorie de Tomes? La première grosse molaire, nous l'avons vu, n’a ses racines complètement formées qu’à l’âge de dix ans environ; largement ouvertes à leurs extrémités, elles occupent toute la profondeur des alvéoles et atteignent respectivement le plancher du sinus et le canal dentaire inférieur. Ces racines ne peuvent évidemment dépasser ces limites, et pour permettre leur
(1) Joh. Tomes. Chirurgie dentaire, 1873. Trad. Darin.
(2) Cependant Tomes, dans la 3° édition (1887) de « Dental surgery », p. 74, dit que la première grosse molaire du maxillaire supérieur précède assez souvent de quelques semaines la dent correspondante du maxillaire inférieur.
accroissement en longueur, les alvéoles doivent nécessairement se creuser par élévation de leurs bords libres.
Pendant que le maxillaire s'accroît en hauteur pour permettre l'éruption et l’ascension, son épaisseur augmente autour du canal dentaire pour dessiner les deux lignes obliques interne et externe, enfin sa longueur dépend en grande partie du développement des grosses molaires et par conséquent jusqu’à un certain point de celle qui nous occupe, car pour paraître, elle devra pour ainsi dire « faire reculer l’apophyse coronoide (1) ».
(1).Debierre et Pravaz. Archives de physiologie, 1886.