‹ Monographie de la nouvelle SorbonneChapitre 1 sur 7 · Monographie de la nouvelle Sorbonne · texte numérisé non relu

Monographie de la nouvelle Sorbonne

Au cours de nos entretiens sur le projet de reflauration Sa d’ ’agrandifie, ment de la Sorbonne, Jules Ferry me disait un jour : « Mais enfin, cette vieille Sorbonne, dont vous parleg^ avec tant d’égards, tout en demandant qu’on la jette bas au plus vite, quelle eft donc la date exaéle de sa fondation ? » Les documents que j 'ai eu la bonne fortune de retrouver aux Archives nationales <zV les explorations que j’ai pu faire sur l’ emplacement de l’édifice de Robert Sorbon me permettent aujourd’hui de dire avec précision : izy 3. Mais, en 1880, je n’avais qu’a répondre : il y a une douzaine de dates pofiibles, il n’y en a pas une de certaine. Et Jules Ferry, qu amusaient ces doéles incertitudes, reprit en souriant : «N’allons pas au moins manquer l'aéie de naifiance de la nouvelle Sorbonne; il faudra y veiller. »

Le vendredi, 2 y juillet 1881, la convention pafiée entre la Ville de Paris <& l’Etat recevait du Sénat la sanction suprême. Jules Ferry, absent de Paris, n avait pu afiifier a la séance. Le président, Léon Say, l’avisa par télégramme, sur de-

champ Jules Ferry me renvoya le me fi âge avec cette sus cription : « Offert a M. Gréard pour ses archives personnelles, en souvenir de son œuvre». (juGl attachât a cette

communication une intention de bienveillance particulière, il y aurait ingratitude a ’ imagine que la pensée d état civil bien en réglé dut, d ce moment, lui revenir a l’eâprit.

Et ne fl- ce pas ici le lieu de rappeler tout d’abord d inscrire, comme au pied du monument, la date des grandes étapes de l’entreprise, ne fut-ce que pour épargner aux hiBoriens futurs des investigations toujours difficiles a faire loin des événements ?

le méconnaître. Mais j

âfiurer a la nouvelle Sorbonne un

Des 1820, alors que 1’ enseignement supérieur existait a peine, 1‘ insuffisance des bâtiments de la Sorbonne était reconnue. Mais, pendant pim de soixante ans, nous avons exposé dans le détail ces longs préliminaires" , — on devait rechercher, sans hâte, l’ emplacement ou il conviendrait de la réédifier. Les meilleurs projets avortaient sous l’indifférence de l’opinion ou devant les objeélions tirées de la dépense.

Reprise en 1880 par le gouvernement de la République, la question ne pouvait plus tarder â etre résolue.

Le 30 juin 1881, le traité qui décidait la restauration sur place fixait a vingt- deux millions la dépense â répartir par moitié entre la Ville de Paris <V l’Ltat, avait été approuvé par le Conseil municipal. Le 6 juillet, le projet de loi était introduit â la Chambre des députés. Le 21, M. Rouvier déposait son rapport au nom de la Commifiion du budget, (Ô3, le 2 6, le rapport était inscrit â l’ordre du jour. « Vous verre 7^, avait dit Gambetta, président de la Chambre, comment nous allons enlever ça»; qV, sans discufiion, la loi pafiait a l’ unanimité des voix. Le 28, le projet, transmis an Sénat, entrait â la Commifiion des finances, <V la proposition, déposée le 2g était votée le meme jour. » Le dofiier a fait afieg^ longtemps antichambre devant les Conseils <& les Parlements de tous les régimes pour que nous ne le fa fiions pas attendre », disait â son tour Léon Say. Le lendemain, apres quelques scrutins d’ordre, le Parlement entrait en vacances.

Réexécution suivit avec le meme élan. Le concours pour la conBruétion , ouvert,

(l) Éducation & instruâion, t. IV

en 1882, le rr mai, fermé le 30 novembre, était jugé le 13 décembre. Il j allait commencer par prendre pofiefiion des terrains qu’occupaient certaines installations provisoires. La nouvelle Sorbonne devait couvrir, outre l 'emplacement de l ancien édifice : au sud, les bâtiments de la rue Gerson Cl la rue eüe-méme; au nord, une surface qui, depuis vingt-cinq ans, attendait son utilisation, fiu oii l’on avait, tant mal que bien, organisé des laboratoires. Le service de ces laboratoires afiuré, Cv toutes les formalités des devis cahiers de charges accomplies, on procéda â l’ adjudication des travaux. Llle eut lieu le 23 août 1884. Le / septembre, les fouilles commencèrent.

Les travaux étaient partagés en trois séries. La première embrafait l Académie proprement dite, le grand amphithéâtre avec ses abords, fiu une partie de la Vacuité des lettres jusqu’au bâtiment du grand méridien solaire"; la seconde, la partie de la Vacuité des sciences, qui, partant de l’église, allait jusqu ’â la rue Cujas; la troisième, la bibliothèque, le complément de la Vacuité des sciences, qui s’étendait sur la rue Saint- Jacques, le complément de la Vacuité des lettres, qui longeait la rue de la Sorbonne, l’Ecole des hautes études, l’Ecole des chartes qui devait occuper la place primitivement attribuée a la Vacuité de théologie.

En 188 j, les sous-sols de la première série étaient terminés. Le / août, apres la solennité du Concours général, SI. René Goblet, minière de l’inffruélion publique, posait la pierre de fondation. Et quatre ans apres, jour pour jour, le / août i88y, le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne était inauguré par le Président de la République, Sadi Carnot, entouré des représentants des grands corps de l’Etat & de la Ville de Paris, en présence d’une députation des Universités françaises d’une délégation des Universités du monde entier, profefeurs revêtus de leurs insignes, étudiants bannières déployées.

Dès r année précédente, le 28 décembre 1888, on avait attaqué la deuxieme série & elle était achevée en 18 y 3. Enfin, en 18 y 3, on abordait la troisième, la plus compliquée, sinon la plus étendue, au mois de juillet iyoi, une inscription, placée dans la cour d ’ honneur, indiquait la complète terminaison des travaux. Ils avaient duré moins de dix-sept ans.

Voir la Monographie, planches xxvi <ÙV xxvu.

Outre les dépendances de l’ Académie les bureaux des Vacuités, l ensemble

des conflruélions, celles qui intéref aient direélement l’enseignement, comprenait : 22 amphithéâtres, parmi lesquels le grand amphithéâtre de trois mille places; j bibliothèques, 2 musées d’art, 1 6 salles d’examens, 22 salles de conférences ou d’étude, cabinets de projeteurs -directeurs, 240 laboratoires , laboratoires de profefeurs ou d’él'eves, munis de leur mobilier, fourneaux, hottes, tableaux, appareils de toute sorte. Et tandis que se poursuivait cette laborieuse campagne, les leçons CëX les conférences, les travaux (fix les exercices pratiques, les examens suivaient leur cours, sans que la régularité de la vie scientifique des projeteurs fix de la vie scolaire des élèves eut été suspendue un seul jour.

On se plaint souvent du résultat des concours infiitués pour l ’ édification des monuments publics. Celui de la Sorbonne a été heureux. Il a mis en lumière d’intérefants projets, dont dix sur vingt-huit ont mérite d’être primés. Il nous a donné M. Nénot.

Bien que fort jeune, M. Nénot n ’en était pas d ses débuts. Grand prix de Kome <cX pensionnaire de la Villa Médkis en 18 jj, il avait été, en 1880, adjoint a la mi fiion qui, sous la dire thon de M. Homo Ile, membre de l’Ecole d’ Athènes, procédait aux fouilles de Délos. Les abords <àx les parties les plus importantes de l’enceinte sacrée du T éménos d’Apollon étaient mis d jour. Mais, pour relever les plans, «• le concours d ’ 'un architetle avait été reconnu néce faire, écrit M. Homolle dans son rapport, <cX, parmi nos collaborateurs les plus utiles, il faut faire a M. Nénot une place d part « .

Rentré d Rome <fix tandis qu’il travaillait d la reltauration du T éménos qu’il avait choisie comme sujet d’envoi de quatrième année, M. Nénot apprit qu’un concours était ouvert par le Gouvernement italien pour l’éreélion d’un monument d Viélor -Emmanuel, fondateur de l’unité nationale [janvier 1881 ). Malgré les représentations de ses maîtres, qui craignaient de le voir diftraire quelque chose du temps du d son important travail, il se lai fa tenter. Le programme, qui fixait la

dépense a neuf millions, laifiait aux concurrents toute latitude pour le choix de l emplacement Ca pour la conception du monument. M. Nénot avait pris comme emplacement la piazza di Termini. Au centre de lapiagjjt s 'élevait une colonne; au sommet de la colonne, la Batue en bronge doré de V iBor-Emmanuel ; au pied, huit figures afiises, représentant les principales vailles d’Italie; autour, un large exedre tourné vers les anciens Thermes de Dioclétien <Ta coupé, au milieu, par un arc de triomphe qui servait d 'entrée à la voie Nationale ; dans les travées du portique, - retracés par la peinture, la sculpture l’épigraphie, — les faBes de l’hiBoire romaine, a gauche; d droite, les faBes de l’hiBoire du moyen âge Ca de l’hiBoire moderne jusques Ca y compris les guerres de l’indépendance. Des fontaines, des baluBrades avec Batues complétaient la décoration de la place, composée sur le modèle des forums d’ AuguBe Ca de Trajan. Trois cent quarante artiBes de tous les pays avaient envoyé des projets, leurs noms demeurant secrets. Au premier tour de scrutin, celui de M. Nénot obtint seige voix sur dix-sept votants, lé exécution avait été réservée. Elle fut mise au concours entre les artiBes italiens. T’ emplacement du monument, officiellement fixé cette fois, était le Capitole. Te programme devait s ’inlpirer des dispositions générales du projet français.

C’était pour la reconBruélion de la Sorbonne une garantie précieuse que cette double expérience appliquée concurremment a la reBauration d’un monument antique Ca à la conception d’un monument moderne. M. Nénot nous apportait toutes les promefies d 'un talent nourri aux sources hautes Ca d’une souple fie rare.

Vous rappeleg^-vous, mon cher Monsieur Nénot, la première séance de la commifiion a laquelle furent soumis vos avant-projets ? C ’ était dans la piece voisine de la pauvre petite salle du Conseil académique, la piece aux cartons verts ou étaient enta fiés les dofiiers des Concours généraux depuis 1804. Faute d’une meilleure disposition, les feuilles des plans avaient été accrochées aux montants des casiers, flA elles étaient bien mal éclairées. Ta délibération ouverte, un des membres de la Commifiion, flA non le moins considérable, fit quelques remarques qui, pour être présentées sur un ton un peu haut, ne manquaient pas de fondement. Et vous d’y répondre aufiitot avec une ardeur de conviBion Ta une vivacité de langage qui ne

monument ou les intérêts les plus élevés de la science étaient en jeu, oit tant de

laifiêrent pas de nous faire réfléchir. Qu" adviendrait-il si, dans un

compétences incontestables pouvaient avoir leur mot a dire, leur dire thon d donner, les observations devaient se heurter d une fin de non-recevoir, d un parti -pris qui, au nom de la technique, s’imposerait? U après-midi, la discufiion ayant été continuée, non seulement vous acceptie Z> mais vous provoquiez les critiques; vous vous efforciez d’entrer dans la pensée de ceux qui les faisaient, avec le désir manifeste de leur donner, apres un nouvel examen, toutes les satisfaisions compatibles avec vos vues personnelles.

Dans une note datée du 6 décembre i8ÿj, —— nous allions entreprendre la troisième série, — je trouve un autre souvenir, une déclaration qui, par sa sincérité fi'ere, ne vous fait pas moins d’honneur. T avais exprimé le regret qu iln en fut pas de la façade d’un édifice comme de l’ 'introduction d’un livre : ne devrait-elle pas être le dernier morceau a faire, pour bien exprimer la pensée du monument ? V ous afiociantd ce sentiment, vous ajoutiez'- “ Oui, il eft certain que je la vois aujourd’hui, notre façade, autrement que je ne la voyais en i88y, quand la Sorbonne sera finie, je la verrai sans doute autrement encore. Lorsque j ’aï mis la main d l’œuvre, je débarquais d'Italie, tout entier d mon admiration des maîtres. Il faut avoir rudement travaille pour arriver d faire quelque chose qu on ait conçu en propre. Heureusement, les différentes parties de la Sorbonne moderne porteront leur âge (& le mien. C eft en l’étudiant dans la succefiion de ses développements qu’on reconnaîtra si j’ étais vraiment digne de la conftruire. »

Ce n eft pas nous qui, apres dix-neuf ans de collaboration intime, vous refuserons ce témoignage.

Les générations nouvelles ne peuvent se figurer ce qu ’ étaient, il y a moins de cinquante ans, la vieille Sorbonne ses alentours. Michelet en a fait un sombre tableau. «- Je craignais d’y pafier», dit-il. Mais aucune description n’en rend un compte plus exaét d la fois plus saisifiant que la pétition, mise en mouvement, en 1849, par deux simples citoyens, un propriétaire, — c’ eft le titre qu’il se donne, — <àf un architecte sans caraéfere officiel.

On était au lendemain de l’explosion de choléra qui sévit d Paris dans les

premiers mois de 1 849 . Le XT arrondifement, aujourd ’hui V'' ÉX VT, - - avait, a lui seul, en un jour, compte trois cent soixante -dou^e décès, chiffre qu'au plus fort de l épidémie n 'atteignirent pas les onge autres arrondifements réunis. Au nom du conseil de salubrité <ÉX de la population ouvrière cruellement éprouvée par le fléau, les maires <ÉX les trois cent mille habitants de la rive gauche demandaient au corps législatif ÉX a la commifion municipale qu 'une voie, une grande ÉX large voie, fut ouverte, de l’École de médecine au Jardin des Plantes, semblable a la rue Pambuteau, dont venait d 'être dotée la rive droite : voie d 'accès pour les petites industries qui couvraient le flanc de la montagne Sainte -Genevieve, organe d’afainifement pour les bouges que la misère y avait entafés.

Mais c’était aufi au nom du Miniftre de l'inftrutlion publique ÉX des Doyens des cinq Vacuités, au nom de la jeune fe Studieuse du quartier latin que les pétitionnaires élevaient la voix; ÉX ils empruntaient a l’ Université leurs arguments les plus prenants. « Toutes les capitales de 1‘ Europe rivalisent pour appeler la science ÉX la fixer chtg elles. Partout les quartiers des études deviennent les plus beaux ÉX les mieux habités. Nos grands établifements de Paris, l École de médecine, la Sorbonne, le College de France, ne sont en communication que par des ruelles hideuses, pratiquées a travers des garnis, des réduits de chiffonniers, au milieu de cloaques infeéts ÉX qui isolent ce qu 'elles devraient réunir. »

Telle eft aujourd’hui la direéhon de l’enseignement supérieur, — ici nous résumons le document, — que les étudiants ont besoin de suivre en même temps les cours de plusieurs Facultés : ceux de la Faculté de droit, les cours de physique <ÉX de chimie de la Faculté des sciences, les cours de toxicologie ÉX de médecine de la Faculté de médecine pour les questions d’indufirie manufacturière ÉX de médecine légale qu 'ils peuvent avoir a traiter comme experts devant les tribunaux; ceux de la Faculté de médecine ÉX de l’École de pharmacie, les cours de la Faculté des sciences; ceux de la Faculté des lettres, les cours de la Faculté de droit. Or, au lieu de leur faciliter les démarches d ’une école d l 'école voisine, il semble qu ’on ait defein de leur en interdire la fréquentation. «Pour les jeunes maîtres des Colleges, dont les minutes sont comptées, les pertes de temps que leur imposent chaque jour allées ÉX venues par des chemins impraticables représentent, dans l’ensemble

ces

de l’année, des milliers d’heures de travail. •• C’eft le Doyen de la Faculté des

sciences, Jean -Baptise Dumas, qui, dans une lettre au préfet de la Seine datée du 12 décembre 1848, avait fourni ces renseignements ces calculs.

Et la pétition continuait : «Dans une période de vingt ans, sur une dépense totale de j 8, 8 94,431 francs, consacrés par le Conseil municipal a la voie publique, la rive gauche n’a reçu pour sa part que j, j 3 6, y 08 francs, soit moins d un dixième. Sur la somme des emprunts contrats depuis vingt ans, laquelle j éleve d 119 millions, la rive gauche a remboursé plus d ’un quart, Ca elle attend encore sa part des travaux promis. . . Paris a toujours été divisé en trois parties principales : la Cité au centre, la Ville au nord, V Université au midi. Les deux premières parties ont été progrefrivement améliorées. Il relie d protéger le quartier de l Université, siégé de la force intelleéluelle Ca morale, si Von ne vent avoir avant peu dans Paris deux villes : la cité des riches Ca la ville des pauvres.. . Des centaines de millions, employés d la conttruttion de palais fiA de nouveaux quartiers sur la rive droite ont pu faire un peu de bien . Quelques millions seulement, attribués d la rive gauche, éviteraient un grand mal : la perte du monde savant, la gloire la plus belle Ca la plus pure de la France. «

A l’appui de ces considérations émues, un projet de percement était annexé, portant la signature des deux promoteurs de l’idée : L. Praud, propriétaire, fiy Portret, architeéle. Un souvenir efi dû d ce projet. N ’eft-il pas le premier qui ait cherché d afrurer d la Sorbonne l’efface, l’air, la lumière, la circulation, la vie; — le premier dont les auteurs, établi fiant; avec précision Ca non sans grandeur, la nécefrité de rapprocher, de faire pénétrer les uns dans les autres les divers enseignements, aient défini le cavalière fondamental, exprimé la pensée rénovatrice des Universités modernes? En 1846, J. -B. Dumas sentait bien que, tant qu’on n’aurait pas obtenu l’isolement des bâtiments de la Sorbonne, rien de sérieux pour l’organisation des études ne pouvait être entrepris, le plan préparé sous ses yeux

par M. de Gisors n’était qu’un plan d’avenir. Cette fois, aidée par les circon fiances, la queftion se trouvait posée en toute son ampleur Ca dans les termes mêmes ou elle devait se résoudre.

C’était mieux qu’un projet. La voie d ouvrir avait, dès ce moment, pris le nom de rue des Ecoles, soit qn 'elle Veut reçu de J. B. Dumas, soit que, comme il paraît plus vraisemblable, cette dénomination eut été mise en avant par les auteurs

de la pétition. Les frais des études préparatoires, qui s’étalent élevés a dix-huit cents francs, avaient été couverts par une souscription . Le montant de la dépense d exécution était évalué a quatre millions. Tous les grands établi fiements scientifiques, le Muséum, l'École polytechnique, l’École des ponts ÉX cha/fiées, l’École des mines, les Colleges, Sainte-Barbe, s’étalent afiociés a « cette œuvre de régénération matérielle, intellelduelle fix morale ». Portret qui, pour la soutenir, allait jusqu’ a demander que, «rendant d eux-mémes les Xe, XV <ÉX XIV arrondfiements, on en fit une municipalité a part », ne craignait pas de se la fier qualifier « d’ennemi de l ordre <àx de faétieux ». En iSj2, prefientant l’avenement de l’Empire, il avait placé son plan sous le patronage du Président de la République.

«Au milieu des sordides ÉX lugubres voisinages qui faisaient de la vieille Sorbonne, suivant le mot de Henri Heine, comme un tombeau, la cour d ’ honneur avait conservé une sorte de preftige. «Au commencement du XIXe siècle, sous la Restauration, l’éclat des grands cours de Guigot, de Ville main ÉX de Cousin lui avait rendu la vie; ÉX Cousin, dans une de ses familières effusions d ’ orgueil , disait non sans raison d ses auditeurs : «Il n’y a plus aujourd’hui de Sorbonne du moyen âge, plus de Sorbonne de Richelieu : la Sorbonne, c’eft nous. » Cependant, pour si heureux qu’il fut, le trait rayait bien sommairement plus de cinq siècles d’hiftoire. On peut aimer son temps pafiionnément ÉX travailler avec ardeur a la préparation de l 'avenir, sans méconnaître le pafié. Il ne déplaira pas, je pense, de retrouver, parmi les planches de la Monographie , en regard de la Sorbonne moderne, la Sorbonne de Richelieu ÉX celle de Robert Sorbon reconstituée d ’ apres les documents contemporains ou relevée sur les plans dont nous avons retrouvé la trace'.

Il faut féliciter surtout M. Nénot d’avoir maintenu â la cour d'honneur, comme

') Voir la planche vu. Voir egalement la bert Sorbon, d’après les documents des Archives planche ou sont rapprochées les cinq inscriptions nationales. Quant à celle de Richelieu, elle etl la qui rappellent les contlrutfions succejlives. Les trois reprodutlion de la plaque commémorative qu ’il dernières sont relatives à la restauration moderne. nom a été donné de retrouver. - Cf. Nos Nom avons recomposé la première ; celle de Ro- Adieux à 1a vieille Sorbonne.

nous l’avions demandé, le caraéfere qui donnait a l’œuvre de Lemercier sa belle physionomie. Rien n’avait été ménagé par Richelieu pour que la Sorbonne fut un monument sans rival; ses panégy rifles nous l’apprennent. Mais le temps avait fait son œuvre : au dedans, les poutres qui supportaient les divers étages ne tenaient plus que par ce miracle d 'équilibre que les hommes de l art appellent la force d’habitude; au dehors, les murs s’effritaient, ronges par le soleil & par la pluie. Néanmoins elle avait encore grand afpefl, cette cour vieillie, avec son orientation si exaéle que le soleil y venait toucher, pendant la journée, les trois méridiens, ses hautes toitures a pignons, sa belle ordonnance dont les pavillons en saillie interrompaient, sans le briser, le développement harmonieux , le perron qui formait a l’église une sorte de parvis. C’eff ce grand afpefl que M. Nénot a su conserver, en le modernisant, ha cour de Lemercier avait, maigre tout, quelque chose du cloître. Derrière ces façades de haute tenue, on sentait qu’avaient dù se retrancher jadis d’étroites cellules, d’humbles salles de méditation, l’exiftence, d demi close, d une sorte de couvent. Meme simplicité, meme pureté de ligne, meme sérénité dans l’œuvre de M. Nénot. Mais de larges fenêtres appellent & font entrer partout, dans les salles de conférences & d’étude, l’air & la lumière. Au fond, sous le pavillon du grand méridien, une galerie ouverte met en communication le quartier des lettres & celui des sciences. Le parvis de l’église reculé, sans que la perfpeflive en souffre, a rendu d la circulation l’efface & l’aisance. Partout l’image du travail & de la vie. On ne pouvait mieux rendre hommage aux souvenirs du pafé en V accommodant aux besoins du présent ni marquer avec plus de refpefl <& d 'indépendance d la fois le lien héréditaire des deux monuments .

Pour compléter ce rapprochement & rendre entîere juftice au paflé, au moment oîi nous le saluons pour la dernière fois, ajouterai -je que la vieille Sorbonne se piquait de n’etre pas étrangère d l’art ? Meflieurs de Sorbonne entendaient ne se point confiner étroitement dans leurs études théologiques. D 'après le témoigyiage d ’Héméré, le savant hiflorien de la maison, les membres de la Société, au titre de dofleur en théologie qui leur était propre, joignaient, quelques-uns au moins, ceux de dofleur en médecine & de dofleur en droit. Lnseignements de second ordre, — disciplina minores, — ces enseignements comptaient pour les meilleurs d’entre eux dans l’ensemble de leur éducation générale. Meflieurs de Sorbonne se flattaient auffi de goûter

La chapelle de Lobert Sorhon avait été, des le XIIIe siècle, ornée de r vitraux offep ts en hommage par les patrons fifX les amis de la Société. Héméré se plaît a les écrite, comme il s honore de rappeler que la chapelle de Lobert avait servi de modèle aux églises bâties par les mifiionnaires de l’Inde. Dans son discours inaugural de 162b, Filesac rappelait que les pierres GfX les marbres, qui devaient servir a la confit uélion de Eemercier, provenaient des carrières les plus renommées d’Italie fix de Eybie; il exaltait «-/ alliance qu’on avait defiein de faire, dans les colonnes, du dorique, de l ionique <àx du corinthien » . Biche lieu, fifX apres lui Mefiieurs de Sorbonne, devaient faire contribuer les maîtres de la peinture Gx de la sculpture a la décoration du monument : Philippe de Champaigne fix De brun, Coysevox fix Varin.

L art ne pouvait manquer d’ avoir sa place dans la nouvelle Sorbonne. On trouvera plus loin les noms de tous ceux qui nous ont prêté le concours de leur talent. Nous aimons a les remercier ici. Quel charme de recevoir la confidence de leur pensée, d’en provoquer fix d en aider parfois l’éclosion, de les suivre d travers leurs recherches, leurs le éh 1res, leurs es qui fies incefiamment remaniées ! Dans ces arts qui semblent procéder avant tout de l’ inspiration, <fix qui ne sauraient s ’en pafier, quel souci de la composition, quel soin du détail, quel labeur ! «Je voudrais encore une fois causer avec vous de mon sujet, m’écrivait Puvis de Chavannes, le 30 décembre 1886. Depuis notre dernière entrevue, j ai bien pensé, pourpensé. «Aujourd’hui mon ensemble e ft prêt; je serais heureux de vous le montrer.» Et il me donnait rendezvous dans son atelier de Neuilly. C ’eft la que, sur un coin de sa petite table de travail, devant l’ ébauche déjà saisifiante, nous avons pxé ensemble les premiers linéaments de la description qui traduisait sa pensée. « Dans la clairière d ’un bois sacré, afise sur un bloc de marbre, la Sorbonne; a ses cotés, deux Génies porteurs de palmes; d ses pieds, une source jaiüifiante. A droite, les Lettres : l’Eloquence debout, la Poésie représentée par les Muses éparses en diverses attitudes sur le gcffon, l ’Hiftoire fix l’ Archéologie fouillant les entrailles du pafié, la Philosophie discutant le myffere de la vie fix de la mort. A gauche, les Sciences : la Géologie, la Physiologie, la Botanique, la Chimie symbolisées par leurs attributs, la Physique entr ouvrant ses voiles devant un efiaim de jeunes gens qui lui offrent, comme prémice de leurs travaux, une flamme d ’éleélricité; a l 'ombre d ’un bosquet, la Géométrie

méditant sur un problème. " De ce « crayon », que j ’ai conservé, Puvis de Chavannes a tiré plus tard une légende développée, propre d servir d’interprétation d son œuvre. Aujourd’hui, dans l’admiration universelle, la belle presque popularisée n a plus besoin de ce commentaire. Mais il mérite de refter & il reliera, d coté de la presque elle-même, comme une poétique synthèse de l’Université moderne.

C ’eft le mérite de M. Nénot d 'avoir su accorder les traditions du grand art avec les combinaisons de l’art pratique le plus ingénieux. Les visiteurs étrangers, j ’en ai plies d ‘ une fois recueilli le témoignage, sont absolument surpris, apres avoir monté l’escalier monumental, circulé sur le palier somptueux qui le couronne, traversé le grand amphithéâtre & la cour d honneur, - surpris ravis de trouver des salles de cours, de conférence de travail si simplement accommodées a leur destination.

La nouvelle Sorbonne a eu, entre autres bonnes fortunes, celle que le projet de reconftruétion ait abouti jufte au moment ou la réforme de l enseignement supérieur, préparée par Armand du IMesnil, entreprise de haute lutte par A-lbert Dumont, allait recevoir de M. Louis Liard une puisante & décisive impulsion. Je me suis souvent demande ce qui serait arrive, si la retiiauration avait ete opérée dans l étroite enceinte d ’apres les plans de iSq.6, de ib'qq, meme de 18 JJ, quand l enseignement supérieur reposait encore presque entièrement sur ses anciennes bases. Lut-on détruit, en 1S80, ce qui aurait été rejait presque de la veille, les pouvoirs publics enflent-ils oélroyé les refources nécejlaires a une autre transformation ?

Si nous avons échappé a ce péril, un autre faillit se produire. Lé enseignement supérieur, au moment meme ou allait j 'opérer son évolution, ne laiflait pas, dans l’ordre des lettres, de traverser une crise. Former les élèves aux méthodes de la recherche scientifique , les exercer a l étude critique des textes ds3 des documents originaux, tel était l’objet nettement déterminé des nouvelles méthodes. Et pour cela, l’aélion du profe fleur plus dire été, plus personnelle, qu’y av ait-il d faire, sinon soustraire son enseignement d tout ce qui pouvait l’ éloigner de la simplicité <& le dispenser

en P'Eque *orte de la précision, c’efî-à-dire rapprocher le maître des étudiants, en diminuer le nombre autour de sa chaire, substituer la conférence a la leçon ?

En matière d éducation, l organisation matérielle eft le premier élément de toute réforme, non seulement parce qu ’ elle en eft le signe, mais pane qu ’ elle en devient la réglé : elle parle aux yeux elle s’impose. Il y a bien de la psychologie dans la plus modefte installation scolaire intelligemment conçue.

E enseignement primaire, longtemps apres la condamnation de l’école mutuelle, ~ nous b avons dit ailleurs, — avait conservé l 'usage des vaftes charpentes, ou l instituteur r enfermait comme en une forterefie, En des tables mafiives ou Von entamait les enfants en rangs épais, sans compter. Du haut de cette installation défensive, le maître, lorsqu ’il entreprenait la leçon, était naturellement porté a enfler la voix : il parlait ex cathedra. Quant a l’él'eve, rivé a son banc, il afiiSlait à la cia fie ainsi qu’a une eSpece de représentation lointaine qui laifiait ses facultés sommeiller dans l’indifférence En l’inertie. Lorsqu’on 'voulut modifier les méthodes, on remplaça la chaire monumentale par la petite table élevée sur une baffe eStrade, qui mettait le maître presque de plain pied avec les enfants En l’invitait, l’ obligeait en quelque sorte, d aller au-devant d’eux, — le banc mafiif par le banc a deux ou trois places, ou l’éleve, isolé dans l’air En la lumière, prenait conscience de luimême, de son aéhvité propre, de sa responsabilité .

Dans l ‘ enseignement supérieur aufii, il était nécefiaire de marquer la nouveauté profonde par des aménagements qui en traduiraient la pensée en même temps qu ’ ils la rendraient praticable . Mais, comme il arrive, le premier élan risqua de dépafier le but. Sous l’influence exagérée de l’Ecole allemande, on fut sur le point de céder d la tentation de réduire notre enseignement supérieur au type unique de la conférence. Pour en finir avec l ’ appareil oratoire qui avait entraîné sa décadence, il fallait, disait-on, fermer résolument la porte aux oisifs, aux curieux, aux femmes, en un mot, au public. Plus d ’ amphithéâtres , plus de grands cours; des salles, de simples salles d’entretiens réservées aux élèves exclusivement. Cette disposition n’ avait-elle pas en un plein sucées dans les baraquements temporaires de la rue Gerson ? Nul n ‘ ignorait cependant que, même dans les Universités d ’outre-Rhin, les grands cours étaient en usage En, lorsque le talent s’y rencontrait, en faveur. Pour avoir besoin au surplus d’être réglées En mieux dirigées, nos qualités géniales av aient -elles rien

perdu de leur prix? S’il était néce flaire de ramener le haut enseignement "a son rôle propre, qui efl de travailler an progrès de la science, n ’ était-ce pas en restreindre la portée que de lui enlever les moyens d’exercer sur l 'esprit public l’aélion qui avait fait autrefois sa force son éclat? Le développement des idées générales était-il incompatible avec l ’exaétitude des connaifiances, la rigueur de la méthode, la pénétration de la critique ? De ce que le maître enfin s ’adre fiait d un auditoire nombreux Cf divers, qui soutenait, échauffait, élevait sa pensée, en résultait-il forcément que sa parole fût moins sure Cf moins féconde ?

Heureusement, meme avec l ’architeéte le plus diligent, les choses ont leurs lenteurs salutaires. Dans tous les pays, en France surtout peut-être, il conviendrait de laifier toujours un intervalle entre la conception d’une réforme Cf son exécution : notre impatience du mieux nous entraîne. C’eft l’elp rit de l’ enseignement supérieur qu’il importait de réformer, dans quelque enceinte Cf sous quelque forme qu ’il se donnât. Et c ’eft cet efprit nouveau qui a sagement présidé aux aménagements intérieurs de la Faculté des lettres, en meme temps qu’il se répandait dans tous les enseignements. H coté des amphithéâtres de trois cents, cinq cents, huit cents places, ou une foule recueillie Lient comme autrefois écouter des leçons dans lesquelles le talent de l’élocution ne fait que rehaufier la solidité du savoir, des salles de conférence Cf d’étude ont été organisées pour la jeunefie laborieuse, dans le 'voisinage immédiat du cabinet Cf sous l’œil, pour ainsi dire, du profefieur direéîeur, en vue du travail fonde sur l’examen scientifique des textes Cf le contrôle des documents' .

H la Faculté des sciences, l’évolution avait devancé le temps. J.-B. Dumas efl, je crois, le premier qui ait introduit en Sorbonne l’idée des ateliers. C’eft seulement en i86y que fut confinât, dans une arriéré -cour de service, le haut fourneau qui provoqua une sorte de scandale : pour acclimater la nouveauté, il ne fallut rien moins que l’énergie souriante d’Henri Sainte -Claire -Deville soutenu par Viélor Duruy, qui ne se refusait aucune audace. Mais, des 1849, J. B. Dumas avait

<l> Voir L. Liard, Pages éparses, Albert Dumont.

étudié un projet complet de rénovation de la Sorbonne scientifique. A l’eft de la cour d honneur, au long des maisons de la rue Saint-Jacques, devait s’élever un batiment de hauteur moyenne, enfermant une cour quadr. angulaire . Au re^-dechaufiée, les ateliers de mécanique, les laboratoires de physique, de chimie <zA de sciences naturelles; au premier étage, les cabinets oJa les galeries de colleélions; au second, les appartements du Doyen, qui voulait être la, sur place, pour veiller en personne au fonélionnement de cette petite cité de travail; les amphithéâtres re fiaient ou ils étaient, dans la grande cour, a la portée du public. On sait que le projet n aboutit pas. Celui de iS // ayant été ajourné a son tour, J. B. Dumas, en 1860, ma de l autorité qu’il avait a l Hôtel de Ville, comme Président du Conseil municipal, pour afiurer à la Vacuité la jouifiance de quelques-uns des locaux qui bordaient la rue Saint- Jacques. Vingt ans apres, de location en location, nom avions pris pofiefiion de toutes les maisons riveraines.

Ceux qui ont connu cette hospitalité provisoire ont peine a croire aujourd’hui que la science ait habite ces masures, dont quelques-unes dataient d ’ avant Jkichelieu; que, dans ces chambres, qui ne trou vaient plus de locataires, elle ait réufii a installer ses appareils de travail, en tirant parti des caves, des greniers oE des soupentes, en mettant a profit la différence de niveau des planchers, les tournants des escaliers fiv les réduits des paliers, les accidents d’ombre (fis de lumière. Mais faut-il rappeler qu’a ce moment, c’eSt- a- dire qu'il y a moins de vingt- cinq ans, la Vacuité des sciences pofiédait en tout trois amphithéâtres, dont deux presque inutilisables a cause des bruits de la rue qui empêchaient le profefieur de se paire entendre! De laboratoires, point. Les maîtres allaient travailler ou ils pouvaient : a la Vacuité de médecine, â l’Ecole normale, à l’Ecole polytechnique, au Muséum, la ou on voulait bien leur faire l’ aumône d’un peu de place & de soleil. Quant aux élèves, ils ne comptaient pas.

Aufii nos savants triomphaient-ils , si primitives que fufient les inftallations de la rue Saint- Jacques. En jour qu’avec un des premiers occupants, le profefieur de physique, Paul Desains, je visitais les chambres a demi mansardées qui lui avaient été dévolues, comme il me montrait les fenêtres mal closes, les portes disjointes, les carreaux rouges du sol suant l’humidité, les marches des escaliers vermoulus oit il était obligé d’interrompre presque a chaque pas ses explications

— - rt*( 2 0

par un 'vigilant ; prene^f garde : «Et cependant, dit-il en s ’ arrêtant dans une encoignure sombre, comme mus sommes bien ici ! ■» Les mansardes les hangars de la cour Saint-Jacques ont été pour la F acuité des sciences ce que furent pour la Faculté des lettres les baraquements de la rue Gerson : le berceau de la renaifiance. C eft la qu’a été inventé par M. Jamin le brûleur éleélrique de la bougie Jablonkoft, la que fut découverte par M. Eippmann la photographie des couleurs.

Des vingt un mille métrés sur lesquels s ‘ étend la nouvelle Sorbonne, la Faculté des sciences en occupe neuf mille deux cents. Du dehors, les bâtiments abaifés donnent l’imprefiion d’une suite d’ateliers. A.u dedans, c’ eft une usine d’où l’élégance n ’ eft pas exclue, mais où tout eft difposé, aménagé, combiné en vue de l usage scientifique. La Monographie en présente quelques Spécimens. Elle eft impuifiante a en faire comprendre le car altère original (âf l’hiftoire.

On peut vraiment invoquer ici le principe sur lequel repose aujourd hui la physiologie : c’eft la finition qui a créé l’organe. Non seulement chaque profefieur a fourni son programme, authentiqué par sa signature; mais, au fur â mesure, il en a suivi, discuté, amélioré, perfettionné l’exécution. E’architelte ses conseillers sont devenus tour a tour physiciens, chimiftes, botaniftes, minéralogiftes, physiologistes, géographes, aftronomes. Jamais il ne m’a été donné de pénétrer aufii profondément dans les secrets de la science. Ee laboratoire des recherches physiques sa galerie de soixante-cinq métrés, fraltionnable, au moyen de cloisons mobiles, en cinq petits laboratoires diftmlts, ses chambres de photographie, ses ateliers de forge, ses caves d appareils magnétiques ; — le service de la botanique <àf ses serres, froide, chaude & tempérée, sa grande salle de manipulations microscopiques, ouverte au nord, devant un vitrage de glaces ininterrompues , sur une largeur de quinze métrés ;

- le service de la physiologie son amphithéâtre â tribune, sa salle rotonde de démon ftration, son étuve fr son four crématoire sont, entre bien d’autres, des merveilles d ’ appropriation â l’enseignement moderne. Par une habileté de procédés que les réclamations infatigables des profefieurs tenaient incefiamment en éveil que les difficultés trouvaient toujours prête, l ’architetde, exploitant les orientations , variant les hauteurs d ’ élévation des bâtiments, utilisant les profondeurs des soussols les plates-formes des toits, a créé, pour ainsi dire, de l’efface, presque doublé les refiources de l’emplacement.

La conftrufiion du laboratoire des recherches physiques touchait presque a sa fin, quand on lui demanda une tour pour faire des expériences sur la vitefie du son de la lumîere, une tour aufii haute que pofiible. Ji u-defius du sol des caves, il monta la tour a quarante-cinq métrés ; au-defious, fouillant le sol dans l’axe, il creusa un puits de vingt-cinq mètres qu ’il aurait poufié encore plus loin, s 'il n ’ avait rencontré la nappe d eau. Et le long tube de soixante-dix mètres fut ouvert, ayant a chacune de ses extrémités une chambre de travail munie de téléphones, d’appareils éleélriques, de tous les engins perfeélionnés d’observation. «Je ne sais pas ,» s’écriait apres sa visite un profefieur d’une Université américaine habitué a ne pas compter avec la place, «je ne sais pas ce qu’on aurait fait, dans d’autres conditions de terrain; ce dont je suis sur, c’eft qu’étant donné ce périmètre, on ne pouvait mieux faire.»

fl

Cependant l’œuvre d’ agrandifiement était d peine commencée que nous nous sentions d l’étroit. Dans la voie des recherches <zfi des applications où e fl entré l’enseignement supérieur, on peut presque dire qu’il n’a pas de limites. La physique, la chimie, la mécanique, la physiologie sont en perpétuel devenir. Il n ’eft point d ’infiallation définitive qui leur convienne. Un jour que je disais a Paul Bert : « Il faudra que nos savants s 'habituent d travailler, comme en campagne, sous la tente, transportant an fur a mesure leurs appareils fiU’ leurs laboratoires dans des elpaces agrandis. - C ’eft la solution qui s ’ impose , me répondit-il, <Ô* mus devrions tous, des ce moment, nous familiariser avec la nécefiité, non pas de nous séparer, mais de nous éloigner de la Sorbonne. » Il regrettait que jadis la F acuité des sciences eut résilié a la proposition d’occuper une partie des terrains libres de 1‘ ancienne pépinière du Luxembourg, qui lui étaient offerts.

<Quq de fois, dans nos rêves d ’ avenir ; il nous eft arrivé de la voir, la vieille Sorbonne, apres avoir absorbé les voisinages dont nous avons pu lui afiurer éventuellement la refiource, se résoudre a prendre l ’efior : - éliminer de son sein tous les

services parasites, services de concours d’examens, qui, avec une nouvelle organisation des études secondaires, doivent trouver leur place ailleurs; — diftinguer des

enseignements théoriques, qui n ’ ont besoin que de salles de cours d’amphithéâtres, les enseignements

premiers, chercher pour les autres les emplacements indispensables ; — prendre possefiion, aux fortifications désajfeélées de l’enceinte du Sud, des terrains d’Etat que l’État n’utilise plus, que déjà toutes les administrations publiques se disputent; — y établir, non pas un enseignement isolé rejeté loin des autres, comme par mauvaise fortune, un InSlitut, ainsi qu’on disait autrefois, Infütut de chimie comprenant tous les enseignements toutes les applications de la chimie, InSlitut de physiologie, InSlitut de mécanique, & l’y installer, au delà (fis3 en deçà de l’enceinte, dans des conStruétions sans luxe, mais au large, avec la prévision du lendemain! S’il se peut, — encore rien n’eSt- il moins certain, — que le nombre des étudiants diminue â la suite d’une nouvelle organisation du service militaire, les besoins de la science ne cefieront pas de s ’ accroître. Et tout ne semble-t-il pas appeler dans cette direétion l 'expansion inévitable ? Ea proximité des emplacements qui, eux aufii, suivant le mot de la pétition de 184.9, font partie de la région de l 'Université; le nombre la rapidité des moyens de communication, qui, des aujourd’hui, les mettent aux portes de la Sorbonne; l’indépendance relative des enseignements de laboratoire, qui, sans ce fier de participer a l’aélion commune de la E acuité, ont leur exiflence propre; l’avantage d’offrir aux étudiants, dans des quartiers encore inexploités, les refiources de vie â bon marché qu 'ils cherchent. . .

Et la Sorbonne nous apparaifiait, notre chere Sorbonne, conservant sur cette organisation , mise en rapport avec les besoins de la science, son autorité métropolitaine, demeurant le siep-e des Vacuités de Paris.

, le grand générateur, l'âme de l’Université

appliques, dont le laboratoire eft la vie; — retenir che ^ elle les

Plus d ’ une fois aufii ces visions de l ’ avenir mus ramenaient aux réflexions sur le pafie.

En 189 g au moment ou j 'achevaient les travaux de la Vacuité des sciences, alors que le pic des démohfieurs avait attaqué les bâtiments de la Vacuité des lettres, je voulus, dans une visite suprême, parcourir seul, un soir, le bâtiment de Ri che lieu.

Parmi les souvenirs des discutions subtiles ZA vaines, des jugements funeftes, que ces murs évoquaient dans mon eSprit, je retrouvais ce qu 'ils avaient vu pafier de grand, Richelieu lui-méme, Bofiuet, Condé, R etg, Arnaud, Turgot, ce qu ’ ils rappelaient de la vie intellectuelle zfi morale d’autrefois. Cependant la destruction se précipitait. Ra salle des fêtes du Concours général, celle qui avait jadis servi de champ clos aux disputes théologiques, reftait encore debout. Mais, à travers les portes éventrées ZA béantes, la désolation j avait déjà pénétré : c’était la solitude de l’abandon <Sa le silence de la mort. Quelques semaines encore, z!a le mot si humain du poète allait une fois de plus se vérifier : ipsx periere ruinx ; les débris eux- memes ne seraient plus ! Cruelle ironie des choses! Pour faire enlever ces refies de la vieille Sorbonne, il avait fallu, faute d ’ adjudicataire , traiter a l 'amiable, au prix de vingt

la portion la plus considérable du monument qui avait conté, en son temps, des millions de livres, la création que Richelieu considérait comme une des œuvres capitales de son régné, dont il égalait la gloire a celle de la prise de la Rochelle Sa de la soumifiion des protestants!

Combien de temps, d son tour, durera cet édifice si magnifiquement approprié aux intérêts du haut enseignement moderne ? A cette lancolie m’envahifiait. Mais il s’j mêlait un sentiment de confiance. A quelque moment que doive s 'accomplir la deftinée de la Sorbonne nouvelle, on ne refusera pas a notre siècle ce témoignage qu ’en la réédifiant, il a bien mérite de la science fiA de la patrie.

question, une pensée de me-

mille cinq francs! Vingt mille francs, voila ce que représentait

Page 1