CONCLUSIONS CONCERNANT LE CHIEN PRIS DE RAGE
1° Dans les premiers jours de sa manifestation, la rage du chien ne se caractérise pas par des accès de fureur. Au contraire, c’est une maladie tout d'abord d'apparence bénigne ; mais, dès ses débuts, la bave est virulente, c’est-à-dire qu’elle renferme le germe 2noculable, et le chien est alors plus dangereux par les caresses de sa langue, qu'il ne peut l'être par ses morsures, car il n’a encore aucune tendance à mordre.
2° Au début de la rage, le chien change d’humeur ; il devient triste, sombre et taciturne, recherche la solitude et se retire dans les coins les plus obscurs. Mais il ne peut rester longtemps en place. Il est inquiet et agité, va et vient, se cou-
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che et se relève, rôde, flaire, cherche, gratte avec ses pattes de devant. Ses mouvements et ses gestes semblent indiquer que, par moment, il voit des fantômes, car il mord dans l'air, s'élance et hurle comme s'il s’attaquait à des ennemis réels. Son regard est changé, il exprime quelque chose de sombre et de farouche (48).
3° Dans cet état, le chien n’est encore nullement agressif pour l'homme. Il se montre docile et soumis pour son maître, à la voix duquel il obéit, en donnant quelques signes de gaîté qui ramènent un instant sa physionomie à son expression habituelle.
4° Au lieu de tendances agressives, ce sont souvent des tendances contraires qui se manifestent dans la première période de la rage. Le sentiment affectueux envers ses maîtres et les familiers de la maison s’exagère chez le chien enragé, etil l'exprime par les mouvements répétés de sa langue avec laquelle 1l est avide de caresser les mains ou les visages qu'il peut atteindre. Ce sentiment le domine assez pour que, dans un grand nombre de cas, 1l respecte ses maîtres, même dans le paroxisme de la rage.
5° Le chien enragé n’a pas horreur de l’eau ; au contraire, 1l en est avide. Tant qu'il peut boire, il satisfait sa soif toujours ardente; et quand le
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spasme du gosier l'empêche de déglutir (avaler), il plonge le museau tout entier dans le vase et il mord, pour ainsi dire, le liquide qu'il ne peut plus avaler. Il fait aussi parfois, dans ce cas, avec ses pattes de devant, les gestes propres au chien dans la gorge duquel un os est arrêté.
6° Dans la première période de sa maladie, le chien enragé ne refuse pas la nourriture ; souvent même il la mange avec plus de voracité que d'habitude.
70 Quand le besoin de mordre commence à se manifester , l'animal ronge le bois des portes et des meubles, déchire des corps inertes, broie sous ses dents la paille, le foin, les crins, la laine, mange la terre, la fiente des animaux et la sienne même.
8° Dans l'intérieur des maisons, il s'attaque aux personnes étrangères sans y être excité ; au dehors, il mord les personnes qu'il rencontre sur son passage, dans les rues, sur les routes, car il fuit souvent Le toit domestique.
9° L’abondance de la bave n’est pas un signe constant de la rage chez le chien. Tantôt la gueule est humide , tantôt elle est sèche.
10° La maladie existe parfois sans que la voix change; c’est alors la rage mue ou muette (52).
Mais, ordinairement, la voix change de timbre ; M. Sanson l’a désignée sous le nom de hurlement rabique (49).
14° La sensibilité morale est surexcitée dans le chien enragé, tandis que la sensibilité physique est très émoussée. Quand on le frappe, qu'on le brûle ou qu'on le blesse, il ne fait entendre ni plainte ni Cri (50).
42° IL est des cas où le chien enragé se fait à lui-même des blessures profondes avec ses dents, el assouvit Sa rage sur son Propre COrps, sans chercher encore à nuire aux personnes qui lui sont familiéres (54).
43° Il est très vivement impressionné et irrité par la vue d’un animal de son espéce, qu'il tâche de déchirer avec ses dents.
44° Quand le chien enragé est épuisé par ses fureurs et ses luttes, il marche devant lui d'une allure vacillante, très reconnaissable à sa queue pendante, à sa tête inclinée vers le sol, à ses yeux égarés et à sa gueule béante d’où s'échappe une langue bleuâtre et souillée de poussière.