NISI DOMINUS CUSTODIERIT CIVITATEM FRUSTRA VIGILAT QUI CUSTODIT EAM
Au-dessus de cette salle est le dernier étage, formé par une lanterne ou galerie à jour, dans laquelle est une charpente supportant le timbre de l'horloge. C'est une belle cloche, pesant environ 5,ooo kilogrammes, et dont la circonférence dépasse six mètres; à sa partie inférieure, on lit sur deux lignes l'inscription suivante, composée de trois distiques écrits en beaux caractères gotliiques :
Jàda. ab fxgnatibos Colis hmeijtte hUxts
(ève)}0ï ait ianïe cnlmma celfa tioitins 2limu0 tvàl C\}vitti millcfimus abbc prtori
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Perpetttaqne fttntti îrifcnlinere fùe
Au-dessus est le nom du fondeur : Petrus Savyel mefecit. On voit aussi , entre les vers, des ornements, tels que des monogrammes de .Tésus et de Marie, les armes de France, des dauphins, et la tunique de Notre- Dame, telle qu'elle fut adoptée au xv'= siècle pour les armes du Chapitre.
Cette inscription ne nous donne pas seulement la date de la cloche; elle fait allusion à un fait historique, l'entrevue du Camp du drap d'or entre François I" et Henri VIII; elle nous apprend le nom du fondeur et se pare d'ornements royaux et ecclésiastiques.
C'est au-dessus de cette lanterne à jour que commence la flèche aiguë qui s'élance dans les airs avec élégance et légèreté. Ses faces sont recouvertes d'imbrications à nervures comme des feuilles, et les angles sont renforcés par des cordons, d'oii sortent de distance eu distance des expansions végétales, en forme de crochets recourbés, cpii ôtent à cette pyramide l'uniformité de la ligne droite.
La pointe extrême de ce clocher ayant été ébranlée et fort endommagée par un violent ouragan le 12 octobre 1690, on fut obligé de la refaire à neuf, ainsi que nous l'appi'end Sablon , l'un des historiens de la cathédrale. En 1691, cette pointe du clocher fut rétablie, en pierre de Vernon, sous la conduite de Claude Auger, artiste lyonnais, qui l'éieva de 4i pieds plus liaut qu'elle n'était, et, pour affermir davantage son ouvrage, il reprit et reposa les assises à plus de 20 pieds audessous de la fracture. Le même artiste fit exécuter un support eu cuivre pour la croix qui est au sommet du clocher. Autour de ce support, des serpents s'entrelacent et forment une garniture à jour. Sur le renflement de ce support il y a , d'un côté , une Vierge assise sur des nuages, portant l'Enfant Jésus sur ses genoux : le relief est assez peu saillant; du côté opposé on lit l'insci'iption suivante:
OL!M LIGNEA TECTA PLVMBO DE CCELO TACTA DEFLAGRAVIT ANNO M D VJ VIGILAN-
TIA VASTINl DES FVGERAIS SVCCENTORIS ARTE JOANNIS DE BELSIA M D XVII AD SEXPEDAS LXII OPERE LAPIDEO EDVCTA SIETIT
AD ANNVM M D C LXXXX Q\'0 VENTORN'Al VI CVR\'ATA AC PCENE DISJECTA SED 1NSEQ.VENT1 ANNO M DC LXXXXl PARI MENSE
DIE PROPE PARI OVATAOR PEDIBVS AI.TIOR OPERE ' MVNITIORI REFECTA JVSSV CAPITVLI D. HENRICO GOAVLT DECANO C\ RA ROBERT! DE
SALORNAY CANONICI ARTE CLAVDI AVGÉ LNGDVNENSIS CONFERENTE IN SVMPTS'S MILLE LIERAS PHILIP. GOVPIL CLERICO FABRICjE SACR\M
NVBIBVS CVLMEN INFERT Q\OD FAXIT DEYS ESSE DIVTVRNVM
IGNACE GABOIS FONDEVR
Cette inscription est formée de cinq lignes superposées. Les caractères sont en relief, excepté la signature du fondeur, qui est gravée en creux.
Après avoir ici examiné étage par étage les dispositions et la construction de ces deux clochers, et après avoir passé plu.sieurs années à leur pied, je demande la permission de résumer en peu de mots l'impression qu'ils produisent sur notre esprit.
Premièrement : ces deux clochers, d'époques fort différentes, sont chacun dans leur genre une démonstration manifeste de la supériorité de l'art français au moyen âge sur celui des autres pays. Strasbourg, Vienne, Anvers, ont des flèches beaucoup plus élevées que celle de
Chartres, on ne peut le nier; en Angleterre et en Suisse, on voit des clochers tout à jour et d'une légèreté de sculpture extraordinaire. Cela n'est pas contestable; mais sous le rapport du bon goût et du bon sens nous ne connaissons rien qui l'emporte sur les œuvres françaises, dont la cathédrale de Chartres nous donne des exem[jles si précieux.
Secondement : le clocher du xu'= siècle, œuvre simple, robuste et inébranlable, rajjpelle à notre pensée la puissance épiscopale et ecclésiastique aux époques oii cette puissance était si grande et si respectée, aux époques où les sciences, les lettres et les arts étaient cultivés avec ardeur et désintéressement dans les écoles et dans les monastères. Le monde traversait en ce moment ce qu'on pourrait appeler la phase de l'autorité et de la théocratie. Les hommes de ces temps héroïques étaient soulevés et emportés par un enthousiasme qui leur a fait produire des merveilles en tout genre. C'est le siècle des grands poèmes, des grands monuments et des Croisades!
Le clocher du xv" siècle, construction élégante et légère, mais fragile, nous transporte à ce moment brillant où toutes les connaissances humaines, s'émancipant et secouant le joug de toute autorité, ont produit des œuvres élégantes et légères aussi, comme les monuments comtemporains, dont le charme et la grâce captivent et enchantent ceux qui les voient; mais elles ne présentent plus les mêmes conditions de stabilité et de durée. Le monde s'est transformé; il se vante de renaître. Les traditions antiques sont abandonnées; elles tombent dans le dédain et l'oubli. En pratique, en réalité elles ont cessé d'exister, quoiqu'on théorie elles conservent une apparence de vie ; mais ce n'est qu'une vie factice, et seulement un sujet d'occupation et de discussion pour les savants et les érudits.
Pour nous, hommes du xix'' siècle, faut-il se réjouir de cette évolution dans les habitudes humaines, ou faut-il en gémir? C'est une question à laquelle je ne me permettrai pas de répondre. Je laisse à nos maîtres la tache de prononcer un jugement. Mais tous, nous sommes obligés de méditer sur ces questions intéressantes.
Il nous reste à examiner sur cette planche, avant de la quitter, les
deux parties que l'on aperçoit de chaque côté des clochers : ce sont les extrémités des transepts qui se projettent en dehors du corps de la cathédrale.
A chacun de ces deux côtés, nous voyons une des tours non terminées qui flanquent les portails latéraux. Le parti de décoration adopté par l'architecte n'est pas identique, comme l'examen le fait reconnaître.
Plus au dehors sont les profds des deux porches latéraux, pour lesquels aussi la variété de composition existe pareillement. Le porche du Midi est orné de statues et de clochetons sur sa partie supérieure : cela n'a jamais existé du côté du Nord; il est vrai que ce dernier n'est pas terminé.
Au sujet de ces deux porches, nous ferons deux remarques :
1° Par une exception fort rare (je n'en connais pas d'autre exemple dans l'architecture du moyen âge) on trouve en ces deux constructions, si remarquables à tous égards, l'emploi de la plate-bande remplaçant l'arc en plein cintre ou l'arc en ogive;
2° Le contrefort qui s'élève jusqu'au haut de l'édifice est en porteà-faux et s'interrompt au niveau du toit des deux porches. Par ce système d'allégement, la lourde masse de ces contreforts se trouvant supprimée en approchant du sol, les sculptures avoisinant les portes prennent une ex])ansion et une importance que rien ne vient arrêter.
Du côté du Sud, on aperçoit au pied du clocher vieux la statue d'un ange, surmontée d'un dais et soutenant un cadran solaire: nous en avons fait mention plus haut.
Du côté du Nord, est un petit édicule refait au xvi'^ siècle, contenant, comme nous l'avons dit, le mouvement de l'horloge. Tout à fait à gauche on aperçoit le bâtiment de la sacristie , dont on voit une des deux fenêtres.
N'oublions pas de mentionner, tant à droite qu'à gauche, deux de ces petites portes signalées dans notre description de la crypte, lesquelles sont percées au bas dans le massif des contreforts.
Enfin, par une dernière observation, nous signalerons la crête qui couronne le haut du toit dans cette planche et dans d'autres de ce même ouvrage; c'est une chose projetée et non exécutée.
PLANCHE V. —TYMPAN DE LA PORTE CENTRALE. /i3