QUATRE STATUES
Ces quatre grandes statues se dressent sur le côté droit de la porte à droite du porche méridional.
La première à gauche est celle de saint Martin, évêque de Tours. Il bénit de la main droite, et la main gauche, recouverte de son gant brodé, tient une crosse, dont le bout va percer deux chiens qui sont sous ses pieds. C'est pour rappeler que le saint, comme le rapportent ses biographes, avait un pouvoir miraculeux sur les animaux, qui lui obéissaient lorsqu'il leur commandait quelque chose. Jacques de Voragine raconte : qu'un jour ayant vu des chiens poursuivre un lièvre, il leur ordonna d'abandonner cette pauvre bète; aussitôt les chiens s'arrêtèrent et restèrent comme liés à leur place.
La seconde statue est celle de saint Jérôme, habillé avec des vêlements sacerdotaux. Sous ses pieds est la Synagogue personnifiée, qui lui présente un rouleau que l'on voit s'élever vers le saint ; c'est le texte hébreu de la Bible, que la Synagogue ne comprend plus : c'est pour cela qu'elle a les yeux bandés. Saint Jérôme présente aux fidèles un livre ouvert : c'est sa traduction latine de l'Ecriture sainte ou la Vulgate, qu'il a répandue dans le monde occidental.
La troisième statue est saint Grégoire le Grand, Pape. Il porte sur la tête la tiare , telle qu'on la voit figurée au xiii'= siècle ; ce n'est pas encore la triple couronne, qui ne parut qu'au xiv" siècle. Ses vêtements et son pallium sont aussi de précieux renseignements sur les ornements que portait alors le Pape. Sur son épaule on voit une colombe dont la tête (brisée) se dirigeait vers son oreille. On lit, en effet, dans sa Vie que, lorsqu'il composait ses commentaires sur l'Ecriture sainte, son secrétaire, étonnédela lenteur avec laquelle il les dictait, eut la curiosité
de soulever un rideau qui le séparait du saint, et qu'il vit alors une colombe placée sur son épaule et semblant inspirer le saint docteur. Sous ses pieds est ce secrétaire, relevant la tète pour voir ce fait miraculeux.
La quatrième statue est saint Avit, abbé de Micy, en costume sacerdotal. Dans la main droite il tient un livre fermé, et dans la main gauche sa crosse d'abbé. Le petit groupe qui est au-dessous i-eprésente saint Avit donnant le froc à saint Lubin. Cette statue, d'un style plus large et plus près de la nature, est du xiv' siècle. On sent que l'art se modifie et produira bientôt ces gracieuses statues que l'on voit au XV' siècle. Les trois premières, au contraire, nous montrent les traditions des époques hiératiques où l'imitation de la nature ne préoccupait pas encore les sculpteurs. Leurs vêtements sont traités avec un soin extrême, et les détails des galons et des broderies rendus avec une patience et un talent qui méritent qu'on les examine avec soin. C'est le beau moment de l'art au xni* siècle; les têtes ont un caractère grave et sérieux qu'on ne saurait trop admirer. Ce sont des modèles d'une valeur inappréciable pour les artistes chargés de décorer les monuments religieux, et pour le public c'est un sujet inépuisable de réflexions et de méditations.