TYMPAN DE LA PORTE CENTRALE
On ne voit dans cette gravure que le tympan de la porte du milieu de la façade occidentale représentant ce qu’au moyen âge on appelait une MAJESTAS. C’est Jésus-Christ dans sa splendeur, bénissant le monde de la main droite et soutenant de la gauche le livre des Évangiles posé sur ses genoux. La tête est entourée d’un large nimbe crucifère; le Sauveur est assis sur un trône fort simple et sans dossier; les pieds sont posés sur un scabellum. Une auréole de forme elliptique entoure le personnage tout entier et figure la splendeur de la gloire divine. Les quatre signes des Evangélistes accompagnent cette grande figure et sont placés près de lui. Tout autour de ce bas-relief on remarquera ces ondulations que les artistes du moyen âge employaient pour représenter les images; ils nous montrent ici que la manifestation glorieuse qui nous apparaît est dans le ciel.
Ces sculptures étaient primitivement peintes et dorées. O11 en trouve encore aujourd’hui des traces évidentes, et l’on peut apercevoir près des nuages des bandes parallèles et ondulées ainsi disposées, allant de dedans en dehors : une bande bleue, une rouge, une jaune, une rouge. Elles sont nuancées et figurent l’arc-en-ciel, comme le dit l’Apocalypse : Iris erat in circuitu sedis, similis visioni smaragdinœ.
La partie inférieure de ce tympan forme une bande horizontale dans laquelle sont les douze Apôtres. Ils sont assis et rangés trois par trois sous de petites arcades richement ornées et s’appuyant sur cinq colonnettes. Leur tête est entourée du nimbe et leurs pieds sont nus. Aux deux bouts de cette zone de personnages, il y a deux autres statuettes de même dimension, représentant des hommes debout, non nimbés et les pieds chaussés; aucun signe ne les caractérise. L’ensemble de ces figures, rangées d’une manière hiératique, rappelle la disposition que nous trou-
hh MONOGRAPHIE DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES.
vous sur les sarcophages chrétiens des premiers siècles. 11 y a ha une tradition d’usages antiques que nous croyons importante à signaler.
Dans les voussures qui entourent ce grand bas-relief on voit des anges et les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse tenant un vase et un instrument de musique. Ils forment la cour céleste qui environne le trône de Dieu et célèbrent sa gloire.
La sculpture de cette partie, comme celle des autres tympans et des statues de ce portail, mérite d’attirer notre -attention d’une manière toute spéciale par son style hiératique et, au premier abord, étrange. Les têtes sont pleines d’expression et vivantes. Les draperies sont traitées avec un soin minutieux; les étoffes souples et légères forment des plis fins et serrés ayant la plus grande analogie avec la sculpture grecque des temps primitifs. Nous sommes fort porté à croire que les sculpteurs qui ont exécuté toute cette statuaire ont eu pour modèles des dessins et des types fournis par des artistes grecs ou byzantins; cependant cela ne suffit pas pour expliquer comment ces œuvres ont une ressemblance si grande avec le style éginétique qui se montre ici d une manière si frappante. La grande figure du Christ et la gloire elliptique qui entoure sa personne sont taillées dans un seul bloc de pierre, laquelle est plus dure et d’un grain plus fin que les autres parties de ce bas-rehef.
On retrouve en plusieurs endroits, en France, des statues de ce style singulier. Il y en a dans le Midi, à Saint-Gilles, et, dans le Nord, au Mans, à Bourges et à Angers. Il y en a quelques échantillons à l’abbaye de Saint-Denis; mais, pour la finesse de l’exécution, nous ne connaissons rien de comparable à ce que nous voyons à Notre-Dame de Paris (porte Sainte-Anne) et à la cathédrale de Chartres. Nous ajouterons que pour nous, comme nous espérons le démontrer dans un travail spécial, ce sont les mêmes sculpteurs qui ont exécuté ces statues, à Chartres et à Paris. Il y aurait à ce sujet des recherches curieuses à faire et, aujourd’hui où la photographie a fait de grands progrès, il serait à désirer qu elle fût largement employée à reproduire ces types, qu’aucun dessinateur ne saurait parvenir à copier d’une manière satisfaisante.
PLANCHE VI. — TYMPAN DE LA PORTE DE GAUCHE