GROUPE DE LA PORTE ROYALE
Cette gravure représente l’ébrasement de l’un des côtés de la porte à gauche de la grande façade et permet d’en examiner facilement le système décoratif.
Après ce que nous avons dit dans l’explication de la dernière planche, nous avons peu de choses à ajouter. Les trois statues que nous avons sous les yeux sont sans nimbe et nous font persister dans la pensée de voir ici des bienfaiteurs de la cathédrale, et non des saints ou des patriarches, comme les autres statues de cette façade.
A gauche, ce sont deux rois1; leur costume est presque identique: la tête porte la couronne royale, leurs mains droites tiennent un long sceptre, et dans la gauche est une tablette, indiquant quelque charte de donation.
La statue à droite est celle d’une princesse, ainsi que nous l’indique la richesse de son costume, dont on retrouve l’analogue dans les peintures sur verre et dans les manuscrits du xne siècle. La sculpture nous fait comprendre que ses vêtements sont d’une étoffe très fine et très souple. Les galons, les broderies et la passementerie sont ici rendus avec un soin minutieux. Les manches de la robe de dessus sont si longues et si amples qu’il a fallu les raccourcir en faisant un nœud à leur extrémité pour les empêcher de traîner à terre. La coiffure est aussi fort curieuse à examiner: ce sont de longues mèches de cheveux entrelacées avec des rubans; elles pendent sur les côtés du corps.
Cette princesse tient entre ses mains une banderole, sur laquelle
1 La première statue à gauche ayant eu puisqu’ au lieu d’une tête d’honmie coula tête brisée a été restaurée à une époque ronnée on a placé ici une tête provenant
ancienne, d’une manière assez maladroite, d’une statue de Vierge datant du xm° siècle.
existait probablement une inscription peinte, que le temps a effacée, emportant avec elle un renseignement qui nous serait aujourd’hui bien précieux.
L’expression des deux têtes anciennes est d’une nature élevée et d’une grande vérité; ce sont bien probablement des portraits.
La gravure ne peut arriver à rendre d’une manière satisfaisante les qualités d’exécution savante et originale des artistes primitifs. La photographie seule pourrait donner un résultat sans reproche. Espérons qu’un jour ses procédés perfectionnés permettront de répandre dans le public, et surtout parmi les antiquaires et les artistes, ces vestiges si précieux de l’art au xne siècle dans notre pays.
Sous les pieds de ces trois statues sont les personnifications des vices dont ces personnages ont triomphé : ce sont des monstres, des animaux bizarres et même des figures humaines. Sous la première statue on voit un personnage presque nu que plusieurs serpents enlaçaient; cette sculpture est fort mutilée. Sous la seconde statue est une femme, portant sur la tête un diadème orné de pierreries. Sa coiffure est formée de deux tresses de cheveux et son vêtement semble recherché. De la main droite elle tient la queue d’un dragon, qui passe sous ses pieds, et dont la tête se redresse et va mordre le bout d’une manche de cette princesse; de la main gauche, elle saisit l’une des tresses de sa chevelure. Enfin, sous la troisième statue est un singe faisant des efforts pour se débarrasser des hideux vampires dont il est environné. Sur sa poitrine est un crapaud, que saisissent deux dragons; l’une de ses jambes est prise par la gueule d’un quadrupède fantastique, que vient mordre un autre dragon aux formes hideuses. Ces statues sont surmontées par des dais, formant des monuments à jour d’une exécution aussi ingénieuse qu’originale.
PI us haut, les chapiteaux des colonnes contre lesquelles ces statues sont placées sont décorés, comme nous l’avons fait remarquer dans la planche précédente, par des scènes de l’Evangile. Dans la plupart de ceux que nous pouvons voir ici, on reconnaît plusieurs épisodes du massacre des Innocents. Le personnage d’Hérode, que l’on ne fait