VERTUS ET VICES
Sur la partie médiane de la gravure on voit en haut le profil des soubassements des piliers sur lesquels sont ces sculptures, et audessous une coupe d’un de ces piliers avec les colonneftes qui l’environnent.
Les bas-reliefs gravés sur cette planche sont ceux qui ornent la face antérieure des deux piliers du milieu du porche méridional. Ils font partie d’une Psyehomachie qui se suit sur deux autres faces de ces mêmes piliers.
A côté des bas-reliefs de Chartres on a eu la pensée de placer les sujets analogues qui se trouvent peints sur verre dans la grande Pose occidentale de Notre-Dame de Paris, où le combat entre les Vertus et les Vices est figuré d’une manière plus évidente, puisque chaque Vertu perce d’un coup de lance le Vice qui lui est opposé. A Paris, les Vertus sont des reines couronnées, et leur bouclier a plutôt la forme d’un disque que celle d’un écu, comme on le voit ici. Du reste, au moyen âge, on a souvent représenté des boucliers ronds; alors ce ne sont ordinairement pas ceux des chrétiens qui ont cette forme. Dans le vitrail de la vie de Charlemagne (voir pl. LXVIII), les Français ont des bouchers allongés en forme d’écu héraldique, et les Sarrasins des boucliers ronds.
Nous allons donc décrire successivement ces Vertus et ces Vices comme ils se suivent sur ces piliers, en commençant à gauche et par le haut :
La Chasteté, femme voilée, tenant d’une main une palme et de l’autre un écu sur lequel est un oiseau dans les flammes. Le panneau du vitrail de Paris offre le même symbole. Cette personnification de la Chasteté est opposée à
La Luxure. C’est un groupe composé d’un jeune élégant qui lie conversation avec une femme mise avec recherche.
Le panneau de Paris représente une femme richement vêtue et se regardant avec complaisance dans un miroir.
La Prudence a pour emblème un serpent, et le panneau du vitrail est semblable.
La Folie. C’est une femme aux vêtements en désordre, brandissant une massue et faisant mine de manger une pierre.
Le vitrail de Paris (restauration) est semblable.
L’Humilité. Sur son écu, un oiseau s’élève dans les airs, suivant les
paroles de l’Evangile : Quiconque s’abaisse sera élevé.
Le panneau de Notre-Dame, à Paris, est pareil.
L’Orgueil, vice opposé à la vertu d 'Humilité. C’est un cavalier tombant à terre avec son cheval.
Le vitrail (restauration) représente le même sujet.
Du côté droit, les six bas-reliefs représentent les sujets suivants :
La Patience, que symbolise un bœuf dans le panneau de Notre-Dame de Paris gravé à côté. Probablement c’était la même chose dans notre sculpture, mais l’écu est complètement fruste.
L’Impatience, opposée à la Patience, est une femme avec un costume de princesse, menaçant d’un glaive un vieillard (un moine probablement) qui lui fait quelques réprimandes et lui montre le livre de la Loi.
Le vitrail reproduit la même composition.
La Douceur a pour insigne un agneau, dans le vitrail et dans le basrelief. Le vice qui lui est opposé est :
La Colère, représentée à Chartres et à Paris par une femme de haut rang, à en juger par son costume, et renversant, d’un coup de pied dans le ventre, un serviteur qui lui apporte à boire.
Le Courage. Cette vertu est représentée vêtue comme un guerrier; elle a une cotte de mailles et un casque; sa main droite tient un glaive, et sur son écu est l’image d’un lion. Dans le manuscrit d’Herrade, toutes les Vertus étaient des femmes costumées comme des guerriers, ainsi que le personnage représenté ici.