PLANCHE XLII-XLIV. — ARBRE DE JESSÉ
Celte colonne médiane qui est formée par l’indication des générations précédant le Christ et se terminant à lui est flanquée, avons-nous dit, de deux autres bandes verticales, où l’on voit se succéder des Prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament qui ont symbolisé le Messie.
Du côté gauche, allant de bas en haut, nous voyons :
Nahum, Samuel, Ezéchiel, Zacharias, Moyses, ïsaïas, Abacuc;
Du côté droit :
Osée, Amos, Michée, Joël, Balaam, Daniel, Sophonias.
Ces personnages se succèdent sans ordre ; le peintre ou celui qui a mis les vitraux en place n’a tenu compte ni de leur importance relative ni de l’ordre où sont rangées leurs œuvres dans la Bible. Tous tiennent en main une banderole figurant le texte de leurs prophéties, sur laquelle, ainsi que cela se faisait souvent, on s’est contenté d’écrire leurs noms ; ils ont tous le titre de prophète , quoiqu’ils ne soient pas du nombre des seize indiqués dans la Bible, mais ce n’est pas une erreur : Moïse, Samuel et Balaam ont prophétisé. Souvent leur geste semble montrer le fait de cette génération de Jésus-Christ que figurent ses ancêtres et qu’ils ont sous les yeux. La tète de plusieurs d’entre eux est ceinte d’une bandelette, vestige de la coiffure orientale, ou du turban, dont les anciens monuments nous fournissent de fréquents exemples.
Au-dessus de leurs têtes, et sortant du ciel, une main divine, ou bien une colombe, avec ou sans nimbe, indique l’inspiration qu’ils reçoivent d’en haut.
Les ornements qui forment la bordure et remplissent tous les intervalles du vitrail méritent de fixer l’attention; ils sont d’une forme et d’une composition riche et gracieuse, et sont exécutés avec une extrême finesse. Je ne puis m’empêcher de réclamer les louanges que mérite M. Emile Beau, dont la patience est parvenue à vaincre les difficultés que présentait ce travail d’une délicatesse et d’une ténuité sans pareilles.
J’ajouterai encore quelques mots au sujet de ces belles planches en chromolithographie. J’ai fait remarquer plus haut que Jessé avait les pieds nus : dans l’état actuel du vitrail, Jessé n’a conservé intact que le
pied gauche; celui du côté droit est brisé. Nous avons pensé qu’on pouvait dans le dessin refaire ce dernier et le mettre nu comme le premier; cependant nous ne pouvons affirmer que ce premier ne soit pas lui-même une restauration, cette fenêtre en ayant subi une considérable au xive siècle, comme cela est évident pour des fragments de vêtements, pour des inscriptions et pour plusieurs têtes que nous avons aussi modifiées et restaurées dans notre dessin. Dans le Psautier ou livre d’heures de saint Louis, de la bibliothèque de l’Arsenal, le Jessé, d’une semblable généalogie du Sauveur, a les deux pieds chaussés; mais dans le dessin d’un arbre de Jessé à Cologne, publié par le P. Martin, Jessé a les pieds nus comme celui de notre planche. Le vitrail de l’abbaye de Saint-Denis, qui est fort semblable au nôtre pour la composition et la disposition des figures, nous montre aussi un Jessé avec les pieds nus; mais les nombreuses restaurations que ce vitrail a subies lui ont enlevé toute autorité dans les questions d’iconographie, et lui ont fait perdre complètement le prix attaché à une œuvre originale et pure de toute altération. Le vulgaire, ne connaissant pas le mérite de l’authenticité d’une œuvre d’art ou de science, approuve ces raccommodages; mais le connaisseur sérieux n’y trouve plus son compte et déplore cette détestable manie qui lui fait prendre en haine et en dégoût même les choses anciennes, car il lui est impossible alors de pouvoir étudier les monuments avec confiance puisqu’il ne peut distinguer ce qui est ancien de ce qui est moderne. Il y aurait long à en dire sur ce sujet. Bornons-nous à cette sortie contre les restaurations et à demander grâce pour celles, peu importantes du reste, faites seulement sur le papier; elles n’altèrent pas l’original, et le public, étant prévenu, pourra pardonner, car il sera possible à un autre de faire mieux. On trouvera toujours les originaux dans l’état où les injures du temps les auront mis.