PLANCHE LXXII. — UNE CHAPELLE DANS LA CRYPTE
personnage à genoux, portant une couronne sur la tête, et paraissant diriger des regards suppliants vers les saints que nous voyons ici. Mais comme la partie du mur où il se trouve est fort enfumée et couverte de poussière incrustée, on ne distingue ce roi que pendant les " courts instants de la matinée où le soleil vient l’éclairer. Il n’est donc pas surprenant que le dessinateur ne l’ait pas aperçu et qu’il ne l’ait pas copié, non plus que les petites lampes qui pendent au-dessus de sa tète, près de la main droite (si singulière!) de notre prêtre et audessus de la banderole qu’il tient en main. Getle banderole portait une inscription assez confuse; il y a peu d’années, on en lisait très distinctement le dernier mot : R6X, en caractères du xuc siècle. Les mots précédents disparaissaient sous une couche de poussière et de salissure, mais on pouvait espérer de les faire reparaître au moyen de quelque procédé chimique. Nous hésitions à faire des tentatives, de peur de tout perdre. Mais un touriste moins scrupuleux, ayant aussi remarqué cette inscription, eut la malheureuse idée de gratter avec un canif dans l’espoir de découvrir quelque chose. Ce moyen n’eut d’autre résultat que de faire disparaître non seulement le mot R6X, mais encore le nom qui le précédait et qui peut-être nous eût révélé quelque fait historique ou personnel. Etait-ce Carolus, Ludovicus, Philippus, Henricus, etc.? Cela est d’autant plus regrettable que c’est chose peu commune dans les monuments de cette époque reculée de trouver une signature ou une indication précise d’un personnage. Nous voyons ici un roi prosterné à genoux devant les saintes images qu’il implore et dont la générosité avait dû se répandre sur la cathédrale en quelqu’une de ses parties.
Sous le rapport de l’exécution, cette peinture paraît fort grossière et négligée; mais il faut observer que les injures du temps l’ont bien défigurée. Ce n’était pas, il faut en convenir, une œuvre fort soignée, ni très délicate; mais si nous pouvions la restituer dans son état primitif, nous pourrions y reconnaître un dessin ferme, grandiose et d’une grande justesse de pose et de maintien. Ces saints, qui nous paraissent aujourd’hui si mal exécutés, devaient être fort semblables à
ceux qui décorent les vitres hautes de la cathédrale. Ils atteignaient parfaitement le but que se proposaient les peintres d’offrir aux yeux une décoration large et imposante, et des personnages dont les traits du visage fortement accentués agissaient principalement sur le public par des regards d’une expression pénétrante. Cela existe encore dans les vitraux, mais a complètement disparu ici.
Le soubassement de ces peintures est décoré d’un motif de draperie.
Le mur en retour imite une tenture qui serait faite avec une étoffe orientale, byzantine ou persane; on y voit, dans des cercles formés par des palmettes, des lions affrontés, d’un aspect sauvage et original, comme le sont les animaux dont on trouve la représentation sur les objets venant du Levant et dont le commerce ou les pèlerinages nous ont apporté de si nombreux spécimens.