AVANT-PROPOS
Les Insectes que nous entreprenons de décrire, faisaient partie du grand genre Libellula de Linné. Il n’en signala que deux espèces : ses Libellula virgo et chinensis.
Fabricius les plaça dans son genre Agrion et en fit connaitre quatre dont trois exotiques.
Leach constitua pour ces espèces son genre Calepteryx (lisez Calopteryx) , qui fut ensuite adopté par Stephens, Curtis, Toussaint de Charpentier , Burmeister, Rambur et par moi-même dans la Monographie des Libellules d'Europe (1840). Je les considérais alors comme formant une division particulière dans [a tribu (aujourd’hui famille ) des Agrions.
Le professeur Burmeister (en 1858) ayant ajouté les indications éparses dans Drury, Kirby et Palissot de Beauvois aux trois espèces européennes décrites par Vander Linden et Toussaint de Charpentier, et ayant donné en outre la diagnose de neuf espèces nouvelles, porta le nombre de ses Calopteryx à 17 espèces. Ce qui est plus important dans son travail , c’est qu’il divisa le genre en plusieurs sections, qui forment aujourd'hui les grands genres £Libellago , Hetærina , Echo et Calopteryx.
(si)
En 1840, dans la Monographie des Libellulidées d'Europe (note page 200) je constituais les genres Euphæa et Libellago.
La même année, M. de Charpentier formait celui des Epallage.
En 1842, parut l’histoire naturelle des Insectes Névroptères par M. Rambur. Il divisa mes Libellago en deux genres : Rhinocypha et Micromerus et décrivit en détail 27 espèces de Caloptérygines dont dix étaient nouvelles. C'était un grand progrès.
Dans la Revue des Odonates (1850) j'ai formé du genre Calopteryx la sous-famille ou tribu des Caloptérygines , appartenant à la famille des Agrionidées. Mais je n'ai eu à m'occuper que des trois Caloptéryx d'Europe et de l’'Epallage de Turquie.
Je ne connais aucun autre travail sur la classification que ceux que je viens de citer. Cela explique comment M. Hagen et moi . avons eu tant de noms nouveaux'à créer , puisque le nombre de nos espèces s’élève à cent et celui des sous-genres (ou petits genres) à vingt-cinq (1).
C’est ici le lieu de dire ce que j'entends par Genres et Sous-Genres. Je me suis toujours opposé à la création de genres trop nombreux, aussi sera-t-on peut-être surpris de me voir proposer tant de nouvelles subdivisions. J'avoue que je me suis trouvé amené peu à peu à me départir de mon ancienne manière de voir, par l'effet de l'étude qui, plus elle est approfondie, plus elle porte à l'analyse et à la subdivision. Toutefois M. Hagen, qui a poussé ses recherches au moins aussi loin que moi, n’est pas disposé à adopter comme genres Jes nouvelles subdivisions. Il n’y voit que des groupes d’un rang moins élevé. Comme nous sommes en réalité d'accord sur la valeur relative des groupes et sur leur subordination respective , enfin que nous ne différons que sur les mots, j'ai employé un terme moyen analogue à celui mis en pratique par Toussaint de Charpentier dans ses Libellulinæ Europeæ, où , tout en conservant les trois genres Libellula Æschna et Agrion , il les subdivise en un grand nombre de sous-genres auxquels il donne un nom.
(1) Pour les ouvrages qui concernent les Caloptérygines européennes, au nom -
bre de quatre espèces seulement, voir page XI de la Revue des Qlonates,
({ vu )
J'explique done, que pour M. Hagen il n'y a de genres véritables que les douze que nous donnons comme tels dans l'ouvrage. Pour moi, au contraire, ces douze divisions sont d’un rang supérieur et les vingt-cinq sous-genres qui leur sont subordonnés doivent être considérés comme genres, du moins dans l’acception que ce mot reçoit généralement aujourd'hui et jusqu’à ce qu'une réforme soit faite dans les sytèmes zoologiques ; c’est pourquoi dans la nomenclature j'ai désigné les espèces d’après les noms des sousgenres et non d’après ceux des genres.
L'organisation générale , les larves, l'anatomie, la discussion des termes employés dans les descriptions , sont des matières que nous ne traiterons pas aujourd’hui : Elles trouveront mieux leur place et seront plus convenablement exposées , lorsque nous aurons décrit les autres sous-familles des Odonates dans des Monographies subséquentes (1).
Dans mes travaux précédents j'ai donné les mesures en pouces et lignes du pied de France. Aujourd'hui je me sers des millimètres du mètre, maintenant de plus en plus adopté dans une grande partie de l’Europe et je me hâte d'ajouter que j'ai adopté ce changement à la demande expresse des entomologistes allemands.
Nous avons pris, sauf de rares exceptions, le parti de donner des descriptions complètes de chaque espèce , mais nous avons fait suivre la description de comparaisons avec les espèces voisines qui pourraient être confondues avec elle, De cette façon nous réunissons les avantages des deux modes usités. Nous avons déjà dit plus haut, que pour ce qui concerne les diagnoses nous renvoyions à mon Synopsis des Caloptérygines.
Je crois inutile de répéter ce que j'ai dit dans l’avant-propos de la Revue des Odonates (page XX ) sur les communications reçues,
(1) L’explication des planches étant très-détaillée en ce qui concerne la réticulation des ailes, le lecteur ne sera pas embarrassé pour comprendre les termes employés dans la description de ces organes, sur lesquels j’ai principalement basé la classification.
( vur ) la correspondance ct les collections consultées, Qu'il me suffise de rappeler que j'ai pu comparer les types déerits par M. Rambur dans les collections Latreille, Pejean, Audinet-Serville, Guérin-Méneville et Rambur, qui sont réunies à la mienne.
Nous terminerons ces observations préliminaires en payant un juste tribut d’éloges et de reconnaissance aux entomologistes qui nous ont soutenus et encouragés par leurs communications ou par les facilités qu’ils nous ont fournies dans les Musées. Ce sont principalement :
En Angleterre, MM. Adam, White et Smith , du Musée britannique, M.J. E. Gray, directeur du département zoologique de ce superbe établissement facilite avec une grande obligeance les recherches que viennent y entreprendre les naturalistes étrangers. — M. le capitaine W. W. Saunders , à Londres et M. J. C. Dale à Glanville-Wootton (Dorset) ; les Musées de ces deux entomologistes sont fort riches en Odonates exotiques. Ce sont les plus belles collections particulières que j'aie visitées.
À Paris, MM. Millnes Edwards et Blanchard m'ont ouvert l'accès des collections du Jardin des Plantes.
À Leyde : sous la direction intelligente du vénérable M. Temminck , le Musée des Pays-Bas est riche dans toutes les parties de la Zoologie. M. Herklots , conservateur de la partie entomologique et jeune naturaliste de grande espérance, m'a permis d’examiner les Odenates qui sont surtout curieux par les espèces du Japon et de la Malaisie qu’on y voit rassemblées.
À Francfort, j'ai eu à me louer de l’obligeance du digne sénateur M, Von Heyden, qui a réuni des Insectes de tous les ordres.
Il est presque superflu d'ajouter , que j'ai pu étudier à loisir les Odonates que renferme le Musée de Bruxelles.
M. Hagen me cite, de son côté , comme l'ayant le plus assisté pour notre travail :
À Altona, M. Sommer.
A Berlin, M. Klug, et son aide naturaliste M. Hopfer ; enfin M. le Dr Schaum ;
À Breslau , M. le D' Schneider.
A Copenhague, M. le D' Schioedte. Le Gouvernement danois a bien voulu autoriser l'envoi des types à M. Hagen. — M. Westermann.
A Halle AM. le professeur Burmeister,
A Stettin , M. Dohrn, qui a rendu tant de services aux entomologistes étrangers en Allemagne.
A Stockholm , M. Bohemann , conservateur de l’'Entomologie au Muséum.
A Vienne, M. Kaollar.
À Zurich , M. le D° Heer. — M. Escher Zollikofer.— M. Veilenmann.
La Monographie des Caloptérygines, que nous publions aujourd’hui , et qui comprend les cent espèces que nous connaissons dans la sous-famille de ce nom, n’est, dans notre pensée, que le commencement d’une Histoire des Insectes Odonates, que nous espérons mener à bonne fin en peu d'années.
Notre projet est, de publier successivement , sous-forme de Monographies, les cinq ou six sous-familles qui constituent les Odonates, et dont nous connaissons déjà environ mille espèces.
Nous avons adopté la forme de Monographies séparées pour chaque sous-famille, afin que chaque partie formät encore un tout complet, dans le cas où des circonstances, indépendantes de notre volonté, nous empêcheraient de terminer le travail général.
Les diagnoses des genres et des espèces, que j'avais rédigées en Tableaux synoptiques, afin de m’assurer qu’elles étaient bien comparables , n’ont pas été reproduites ici, parce que je les ai présentées à l’Académie royale des sciences de Belgique, à la séance du 29 juillet 1853, sous le titre de Synopsis des Caloptérygines , publié la même année dans les annexes du Bulletin de cette Académie (1).
(1) En ce moment, mai 1854 , je viens de terminer un travail analogue pour la sous-famille des œomphines. Il sera publié dans le courant du mois de juin.
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Un tirage à part de ce Synopsis a eu lieu sous le même format que la Monographie que nous donnons aujourd'hui, afin qu'il pût
être broché avec elle par les entomologistes qui voudront étudier les Caloptérygines, et auxquels nous le croyons indispensable , pour combler la lacune résultant de l’absence de diagnoses dans la Monographie.
M. le Docteur Herm. Aug. Hagen de Kænigsberg, heureusement ponr moi et pour la science , est resté mon collaborateur , comme il l'avait été pour la Revue des Odonates ou Libellules d’Europe , publiée en mars 1850 par la Société royale des sciences de Liége. Sa part de collaboration consiste surtout dans les parties suivantes :
1° La description des caractères généraux des grands genres, notamment en ce qui concerne les parties de la bouche, les antennes , les organes sexuels ;
2° Les communications et renseignements importants obtenus par sa correspondance avec les Musées et les principaux entomologistes de l'Allemagne, du Danemarck et de la Suède ;
3° La communication des exemplaires de sa riche collection et l'examen des espèces de la mienne, de sorte que chacun de nous a pu examiner ce qui manquait à nos collections respectives. Nous avons si peu reculé devant le travail, que pour le plus grand nombre des espèces, comme pour les genres, nous avons fait, chacun de notre côté, des descriptions séparées que j'ai ensuite refondues après avoir ajouté les caractères qui m'avaient échappé et qui avaient été trouvés par M. Hagen ;
4° Les dessins des appendices anals des mâles et ceux des parties de la bouche et des antennes (1).
De mon côté, j'ai, comme je viens de le dire, établi la diagnose des genres et des espèces sous le nom de Synopsis des Caloptérygines, j'ai rédigé l’ensemble de la Monographie, visité les prin-
cipaux Musées de la Belgique, de la France, de l'Angleterre, de la
(1) Je regrette que la gravure ait donné à plusieurs de ces figures un aspect dur
que les dessins originaux de M, Hagen n’avaient pas.
(x) Hollande, des bords du Rhin , et dessiné les figures qui présentent la réticulation des ailes.
Grâce au concours que M. Hagen et moi avons rencontré par-
tout, nous pouvons avancer , sans trop de présomption Je pense, que notre travail commun est à peu prés complet , en ce qui con-
cerne l’état actuel de la science , puisque nous avons eu sous les yeux et examiné toutes les espèces décrites jusqu'ici excepté deux d’entre elles , en y ajoutant, celles en bien plus grand nombre qui étaient inédites.—Mais nous sommes bien éloignés de prétendre que notre livre soit complet, en ce qui concerne la Nature, étant bien convaincus au contraire , que bon nombre d’espèces restent à découvrir, surtout dans les contrées intertropicales de l'Amérique, de l'Asie et de l'Afrique.
Qu'il nous soit donc permis, comme prix de nos efforts, de répéter ce que je disais dans l’avertissement de la Revue des Odopates : « Nous ne pensons pas que pour une autre branche de l’En- » tomologie les circonstances aient permis à des auteurs d'arriver » à un résultat aussi satisfaisant. » Mais ajoutons, pour expliquer cette position favorable , qu’elle provient , en partie , de ce que fort peu d’entomologistes se sont occupés jusqu'ici des Odonates exotiques. |
Liège, 25 mai 1854.
Epm. DE SELYS-LONGCHAMPS.