Anliqmles mexumues, \<A. VI, p
— lOi —
Nabajos, puisqu'ils appartiennent à la mémo souche. Que ces derniers (ainsi que la généralité des Dèné-Dindjié, i)ar la même raison), fassent partie de la grande famille Aztèque, colonisatrice du pays d'Anahuac, ou Lien qu'ils soient des Toltùques, comme d'autres le veulent 1,
1. Nous pensons que par ces Toltèques, on n'a pas voulu désigner les Toltèques à Têtes-Plates, mais bien ceux à Tètes-Longues, qui parlent uu idiome diamétralement opposé à celui des premiers, et qui ofl'rent dnns leur vocabulaire quelques traits de ressemblance avec les Ilaïdas ou Kollouckes et les Dônè-Dindjié.
Ils s'en distinguent en ce que leurs verbes ont des flexions formées par les suffixes pronominaux, à l'instar de l'Esquimau, tandis que dans le Wakiscli ou Tète-Plate les éléments personnels du verbe sont initiaux comme dans le Dénè-dindjié et la terminaison verbale invariable; de plus, le verbe y forme son futur et son passé au moyen d'auxiliaires.
En voici un exemple comparatif qui m'est fourni par un de mes confrères, missionnaire dans la Colombie britannique, le R. P. Fouquet, auquel iè dois également l'énumération des tribus qui va suivre :
Je mange ,
Tu manges
U mange
Nous mangeons V^ous mangez...
[Is mangent
•Je mangerai... .
Tu mangeras. . .
[1 mangera
Nous mangeron Vous mangerez.
Ils mangeront ..
l'ai mangé, etc .
.Je bois
Tu bois
U boit
Xous buvons . . ,
Vous buvez
Ils boivent
Je boirai
Tu boiras
U boira ,
Xous boirons. , Vous boirez . .
Ils boiront.. . . ,
WAKISII
(Têtes-Plates).
etsén-elten
nétcliu-elten. . .
nèh-elten
etstètl-elten
nétchaptl-elten nékètl-elten . . ,
elten tchéncba. .
— tchiucha. .
— tcha
uelteu tst('cha.. .
— tchépcha.
— tclia
n('tchén-elten. ..
itsen-kahkah ....
ictcliu-kahkali. .,
lèli-kahkali
■tstétl-kahkah....
ic'tchaiiti-kahkali u'kéll-kalikah . ..
kahkah-tcbencha. .
— tchiucha .
— técha
ukalikah-tstècha . .
— tchépcha
— lécha....
Inf'tchcn-kahkali.. .
YUKULTAS
(Têtes-Longues).
amapen.
lamtach-amap.
amapé.
amapénoh.
iaktorméch-amai),
aniaprôh.
aniamahu-ohtlatlén.
annimaptléla.
amaptlé.
aniaptlénoh.
aiuaptorench.
aniapllôh.
lakren.
amtach-nakr.
nakré.
akrésotènoh.
laktoriuiM'h-iiakr.
nenkréeliôh.
nakramahu-clitiatlén.
nakré th'turh.
nakri' tli'tsor.
kraiulhMinl,.
kralorrnrli.
nakretanillôh.
Au reste, J'avoue que si Jes Têtes-Plates, les Têtes.L<,ngues et les Kol louches sont parents avec la lamille dme-dmdjiè, ce ne doit être que de loin
ropiniou de l'autoclithouio prétendue des AmOricaiiis n'en est pas
Le Nabajo offre bien plus de ressemblance avec cette dernière. Voici quel-
1 1 î î i t ■i j % % tl
zjé-kotchpù. .
nizjin
tchaandiedh.
DNAÏNÉ (.\tnans) ( Alaska ).
"î Ti "â ^ 1 1 s. t
WAKISH
(Têtes-Plates) (Orégon).
swt'kkrap.
slani
niistéyu . .
lùlem ....
tamliô.. . .
kwamkum
éïllœ
srahas . . .
YUKULTAS
(Tètes-Longues
(Colombie
britannique).
pékwaném. . .
ttsé-ta
lelkwalatlé . .
kiuk
kwich
tlokwèmas . .
eykié
yâksem
TONGUAS
(Kollouches)
(Alaska).
■^ o <^ .ti -.^ *J
HAÏDAS
(Kollouches) llles Charlottes 1
étlingwa ....
ttsa-ta
tah-tah
nah
ku.-
tlatskaken. ..
lakun
kumlahaken .
Homme,.
Femme..
Gens
Maison...
Terre
Fort
Boa
Mauvais.,
ques termes comparatifs en ces dilTt-rentes langues, on verra que, tout
— lOG —
moins entièrement détruite. C'est là tout ce nous voulions prouver, parce que c'est la vérité, et qu'on la cherche encore en cette matière.
Mais l'autochthonie rejetéo et l'unité d'origine des Américains et des Asiatiques établie et reconnue, il nous reste à examiner en peu de mots une dernière théorie par laquelle on a essayé d'étayer cette autoch* thonie , à savoir le fait de la formation en Amérique même des langues si multiples qui sont parlées sur ce continent. Nous ne pouvons nous dispenser d'exposer cette théorie, car à notre avis, elle sert de corollaire à tout ce qui s'est dit sur la question américaine jusqu'ici.
appartenant à la môme catégorie, leurs divergences sont assez suffisantes pour constituer autant d'idiomes distincts, à l'exception des trois dernières.
Les Tovguas, ou les Haidas, ou peut être encore ces deux nations réunies constituent ce que l'on nomme la famille Kollouche, qui offre beaucoup de traits de ressemblance avec les Dindjié ou Loucheux de la presqu'île d'Alaska, quant au costume et aux mœurs. Ceux-ci les nomment Tchckpœ, les Canadiens Gens du fou, les Peaux de Lièvre Tchint'aotliné et les Chippewayans Eyunné. Ce sont ces mêmes Kollouches que les anciens navigateurs ont aussi appelés Tchinkittané, (habitants des bois).
^ Aux ToMiyMas se joignent les Slikin, les Engwa, les Silka, etc.; ils habitent l'Alaska. Aux Haïdas qui ont 10 villages sur l'île Cliarlotte et autant dans l'Alaska, se joignent les Ttsatséné, les Kahégwané, les SimpcMans, qui peuplent 20 villages.
Les TêteS" Longues vivent en villages fortifiés et palissades comme ceux des Polynésiens et des anciens Hurons. Ils comprennent les tribus suivantes : les YukuHas, 5 villages; les Nawnlés, .5 villages; les Kwakwals, 3 villages; les Pelkolas, 5 villages; les JVem/iirès, 6 villages; les Klawilsis, 1 \ïlla.ge; les Memlakrélas,'j villages; les Néchélos, 1 village; les Réréïs ou Rarouaïs, les Kititsas, el les Kiltamaks.
Las Tétes-Plates ou Wakisch, auxquels appartiennent les Chinouks, comprennent les Sawies, les Sanisc/i, 5 villages; lea Snohomisch, les Suhonomisch, les Skwamisch, 18 villages; les Dwamisch, les Lamy, les Elakmur, les Kawétchin, 10 villages; les Mnàimos, .3 villages; les Comox, 2 villages; les Nutka, les Meskoyems, 3 villages; les Klayokots ou Galagwiuts, les Kétsis, les Kwantlens, 2 villages; les Masktcis, les Suw as, 2 villages; les Mékamels, 2 villages; les Tchilkwak,5 villages; les Pélaltos, 4 villages; les Tsènès, 2 villages; les Tentés, 4 villages; les Nivarolalps, 3 villages; les Sémihamas, 2 villages; les Tchwaséns, les Sichals, 5 villages; les Tlolios, 4 villages; les Izikumisch ou Cœurs d'alêne. — Cette nomenclature est du II. P. Fouquet, missionnaire de ces sauvages.
Enfin les tribus de la Colombie britannique et de l'Orégon qui appartiennent à la famille Dénè-dlndjù}, sont les Babines, les Nahanés, les Thékkanès ou Sékanais, les Talkoolis ou Porteurs, les Alnans, les Sfuzzums, les Sliousliouares; on y joint les Okanagans, les Nikutamens. les Koutan'es, les Yakamans, les Spokans, les ScUuyelpis ou Chaudières, les Kalispels et les Pends d'oreille.
Le lecteur n'aura pas manqué de remarquer le rapport qui existe entre la désinence des noms de tribus Têtes-Plates terminés en isch ou ilch, et celle des tribus les plus occidentales de la nation Loucheuse, les Dindjiich, et Inlsi-dindjich d'Alaska. Les terminaisons en tch, inconnues des Chippewayans, se font observer tout le long de la grande cordillère des Montagnes-Rocheuses, surtout parmi les Loucheux, les Castors et les Sékkanais. Ces derniers disent oie«di<c/t je parle, éddjich tomber {[outlve), uduesditch \e dis, édjiocli éclabousser, olctiocli géant, etc.
^ On pourrait voir dans cette similitude de désinences, ainsi que dans l'égal usage que toutes ces nations font des consonnes doubles kl, tl, is, Ils, kk. si, «p, fA, tlch, etc., un indice très-probable de communauté d'origine.
La comparaison de la langue dénè-dindjié, telle qu'elle est parlée sur hversant occidental des montagnes Rocheuses, avec celle qui est en usage sur le versant oriental, nous fournirait une dernière preuve de l'origine occi-
Les langues américaines diffèrent, nous dit-on, totalement dans leur vocabulaire, mais elles participent plus ou moins, dans leur structure, à l'élément polysynthétique. Or, cette différence, dit Galatin, a une origine antérieure ou postérieure à l'occupation du sol américain par ces peuplades.
Dans la première supposition, nous sommes amenés à admettre que l'Amérique a été peuplée par une foule de petites tribus parlant chacune un idiome différent ; mais ceci réjuigne avec la similitude du type, la structure du langage, la ressemblance des mœurs et du genre de vie, la communauté des idées traditionnelles, etc. Ce savant conclut donc qu'il est grandement probable que la prodigieuse division des langues américaines a pris naissance en Amérique même, soit à cause des changements auxquels toutes les langues sont soumises naturellement, soit par suite de la désunion que les guerres intestines ont causée parmi les différentes tribus ou familles Peaux-Rouges.
Ce raisonnement du savant Français paraît péremptoire parce qu'il est logique; aussi est-il généralement admis de nos jours.
Toutefois, ceux qui épousent cette opinion ne paraissent pas .s'apercevoir que le dilemme de Galatin prouve beaucoup eu faveur de la théorie de l'immigration asiatique et même Israélite, ou bien qu'il est fautif sur un point qui est celui-ci : Est-il possible que les changements naturels auxquels toutes les langues sont naturellement soumises, que la séparation résultant des guerres civiles ou nationales, soient des eau-
dentale de nos Indiens, quand bien même leur témoignage, leurs traditions et leurs coutumes ne paraîtraient pas d'un poids suffisant, ce qu'il est dillicile d'admettre. Voici quelle est cette preuve : En français nous remarquons une gradation, constamment la même, entre les mots souches commençant en st et les mots actuels en el; ils ont pass' par une phase ou Ve a préciHIé Vs, pour faire est. Mais st a toujours été primitif. Amsi de Stella on a fait successivement <!s<e//e, esloile, j)uis enfin étoile; de stepkanus on a fait eslienne, puis étienne; de status, estât et état; de stralum, eslrier et étrier, etc., etc. Ceci paraît être une loi constante du langage. Nous sommes donc logiquement amenés à conclure que le composé a\lù précéder le simple dans les mots dérivés. Or nous voyons sur les bords du Pacifique et à l'ouest des montagnes Rocheuses un grand nombre de mots eu st, qui se prononcent est dans les montagnes et et sur les rives du Mackenzie. Ainsi on dit sta, assis, promontoire, chez les Porteurs de l'ouest, esta chez les Indiens de la rivière des Liards et cla chez les Peaux de Lièvre de Good-Hope; spiz, tante, chez les Porteurs, esté au fort de Liard et êpé à Good-Hope ; st'a, père, chez les Atnans d'Alaska, esl'a dans les montagnes Rocheuses et êl'a au bord du Mackenzie ; sba, antilochêvre, dans l'ouest, esba dans les montagnes, ê])a au Mackenzie; slan, beaucoup, dans l'ouest, puis esllan et enlCun, cnlin Van, etc. Donc, |)uisque VS, qui est ici une sorte d'article, jiossède l'anlt-rio rite sur es et sur ê dans notre hémisphère, nous sommes autorisés à l'admettre également en Amérique, et à considérer, par conséquent, la langue des Dènè du Pacili(iue comme plus ancienne et plus pure ([ue celui des Vèné de l'est. (JVo<e de l'auteur.)
ses assez puissantes pour opérer la formation et la multiplication d'jdiomes, qui ne présentent pas entre eux le plus léger rapport dans leurs vocabulaires? Nous ne le croyons pas, et le fait reste à prouver. Que ces causes puissent déterminer et engendrer la multiplicité des dialectes, nul doute. Nous en avons des preuves palpables dans les innombrables nuances de la langue dènè-dimljié, de la langue algonquine,de la langue siouse-iroquoise, de la langue des Têtes-Plates, etc. En Europe, nous en possédons un fort bel exemple dans la création des quatre dialectes frères issus du latin : le français, l'espagnol, Titalien et le provençal ou langue d"oc.
Que par suite du mélange qui se produit entre vaincus et vainqueurs, ces mêmes causes puissent encore créer des langues mixtes comme le sont entre elles le français, l'anglais et l'allemand, c'est ce qui est d'une évidence égale; car il est bien aisé de reconnaître dans chacune d'elles les éléments qu'elles ont empruntés à leurs voisines.
Mais rien de cela n'existe en Amérique. Les langues idiomes, quelque divisées qu'elles soient, y sont parfaitement tranchées quant à leur vocabulaire, et si un des principes de leur grammaire paraît commun à toutes, il ne les régit pas également avec la même intensité ; plusieurs d'entre elles l'accusent à peine, et d'autres ne le connaissent nullement.
De plus, chacun de ces idiomes présente en lui-même un tout foncièrement logique, admirable par la multitude des locutions et la justesse d'apropriation de ses mots ; preuve que les peuples abrutis, déchus et sauvages qui les pai'lent ne les ont point créés ; encore moins que ces langues aient pu être le produit forcé des guerres, de la violence et des divisions intestines, comme nous l'avons prouvé ailleurs.
Donc, en concluant que la division des langues américaines a pris naissance en Amérique, Galatin n'a voulu parler que des dialectes ; il a dû admettre implicitement que les idiomes y ont été importés d'ailleurs. Que si l'on entendait par langues américaines les idiomes euxmêmes, tels que l'esquimau, le dènè-dindjié, l'algonquin, l'iroquois, le quichua, le maya, etc., il faudrait, pour êti^e logique, rationnel et d'accord avec les prémisses posées par le savant déjà cité, admettre sans tergiversation de deux choses l'une : ou une création spontanée en Amérique, et alors nous retomberions dans l'autochthonie des Peaux-Rouges, opinion insoutenable et dont nous croyons avoir fait justice; ou bien une seconde diffusion du langage, par un second jugement exercé par Dieu sur un peuple anathématisé et voué en proie, comme le dit De Maistre, pour servir d'exemple de la justice divine. Mais je doute que certaines personnes se décident à admettre le dernier membre de cet autre dilemme. L'autochthonie pure et simple des Amé-
ricaius, et par conséquent un schisme avec la Genèse, leur paraîtrait préférable. A notre tour, nous ne sommes pas prêts à l'econnaître ce que nous ne considérons comme conforme ni à la vérité des faits ni à la vérité révélée 1.
Il nous faut donc, en dernière analyse, recourir à rimmigration asiatique, et replacer les contradicteurs de la Bible en face de la Babel de la Genèse, à moins qu'ils ne veuillent de la seconde Babel américaine que nous venons de présenter; car, de quelque côté que nous nous tournions, nous trouvons toujours un Dieu créateur et Providence, qui dispose à son gré des hommes et des peuples et les fait concourir ici d'une manière ostensible, là-bas d'une manière secrète, aux fins que sa sagesse se propose et contre lesquelles se cabi'ent en vain les théories et les opinions.
1. Au moment de mettre sous presse, j'ai l'honneur et la satisfaction de m'aboucher avec un prêtre des missions étranfrères, qui a passé douze ou quinze ans au Thibet et qui y retourne, M. Fabbé Fage, bien connu par les lecteurs des Annales de la Propagation de la Foi. Cet intrépide et savant missionnaire a manifesté le plus grand étonnement lorsque, en ni'entendant parler la langue Dcnè-Dmdjié, il y a reconnu un grand nombre de mots identiques au tbibétain, ou qui lui sont, à peu de choses près, semblables. Je ne citerai i:i que les mots terre, eau, maison, ours, ouest, père. En outre les articulations et le procédé grammatical de ces deux langues nous ont ollert de nombreuses similitudes. {Note de l'auteur.)