I. Bains entiers ordinaires
Les bains entiers ordinaires se subdivisent en plusieurs espèces suivant le degré de la chaleur des eaux qui est le plus puissant de leurs agents physiques. Sous ce rapport Marcard établit quatre divisions: Bains chauds au-dessus de 28° R.; bains tièdes de 28° à 23° R.; bains tempérés de 23° à 15° R.; et bains froids de 15° à 0° R. 11 n’y a que les effets physiologiques des bains chauds et des bains tièdes qui soient pour nos eaux minérales d'une importance pratique, car on ne vient pas chez nous pour prendre des bains froids ou tempérés et il n’y a qu’un petit nombre d’établissements qui puissent en fournir au-dessous de 23° R. Le caractère
particulier de nos thermes m’a fait adopter une division un peu differente de celle de Marcard, et j’appellerai bains chauds ceux dont la température dépasse 27° R. et bains tièdes ceux de 23 à 27° R.
a. Bains tièdes, d’nne température de 23° à 27° R.
Quand une personne bien portante prend le matin, à jeun ou du moins sans que l’estomac soit chargé, un bain d’eau thermale d’une demi-heure à une heure, on observe communément les symptômes suivants : Au moment de l'immersion, le baigneur sent un léger frisson et un peu d’oppression qui ne tardent pas à se dissiper. L’eau paraît plus chaude que l’eau douce à la même température, La peau se couvre de petites bulles gazeuses, et devient d’abord savonneuse, puis rude au toucher. La vessie se vide. Quelques instans après, le baigneur éprouve du bien-être et, comme dit Marcard, les eaux lui causent une impression caressante. La turgescence et la rougeur de la peau commencent à passer, le pouls s’abaisse de quatre à dix pulsations, ainsi que je l’ai constaté par de nombreuses observations, et la respiration devient en conséquence plus lente. La chaleur et le volume du corps deminuent, la peau se ride, le teint pâlit, et les urines reparaissent. Le baigneur éprouve un rafraîchissement général du corps et de légers frissonnements. Si dans ce moment il quitte le bain, il ressent une agréable lassitude et cherche le repos avec plaisir. Pendant la journée la peau
reste tendre et l’activité en est abaissée.
En continuant les bains pendant quelques jours, on éprouve fréquemment une lassitude plus grande, de la fatigue, de la tristesse et parfois des tiraillements douloureux dans îles membres; mais ces symptômes se perdent au bout quelque temps si l’on prolonge la cure, et ne taisent pas à être remplacés par un sentiment général de bien etre, p ie la gaîté d’esprit et une innervation plus énergique des
organes. Parfois les eaux stimulent l’appétit sexuel. Le volume du corps diminue graduellement; les selles sont presque toujours plus molle qu’à l’ordinaire, l'activité cutanée est abaissée et la sécrétion des urines légèrement augmentée.
Voici les modifications que j’ai constatées pour les urines sous le rapport de la quantité et de la qualité :
Un sujet, doué d’une transpiration normale, et préparé comme nous l’avons dit plus haut, a rendu le troisième jour 48 à 54 onces d’urine, contenant: sel de cuisine 160,19 gr. à 176,78 gr. ; acide urique 11,19 gr. à 12,99 gr.; urée 110,40 gr. à 138,21 gr. Le quatrième jour j’ai administré un bain d’eau douce d’une demi-heure à 27° R. ; la sécrétion cutanée se trouva abaissée, et les urines de 24 heures ont pesé 39 onces et contenaient : sel de cuisine 174,11 gr. ; acide urique 14,81 gr. ; urée 141,32 gr. Le cinquième, j’ai fait prendre un bain d’eau thermale d’une demi-heure à 26° R, : les urines pesèrent 56 onces, contenant: sel de cuisine 169,44 gr.; acide urique 13,01 gr. ; urée 181,90 gr. Un second essai a donné : sans bain, 45 à 52 onces ; après un bain d'eau douce, 54 onces; après un bain d’eau thermale, 58 onces d’urines. Cette dernière contenait: sel de cuisine 234,12 gr. ; acide urique, 16,02 gr. ; urée 121,31 gr. En multipliant ces expériences, on est arrivé à des résultats variables, mais on a constaté constamment une augmentation de quelques onces dans le poids des urines, et une différence plus notable dans la proportion du sel de cuisine.
Ce n’est que rarement qu’il se forme sur la peau une éruption semblable à celle de la fièvre miliaire.
Ces bains peuvent se continuer longtemps sans qu’il survienne de nouveaux symptômes; à la fin, cependant, on observe chez quelques baigneurs une fatigue de plus en plus grande, de l’abattement, des frissons assez fréquents, un teint pâle, une prédisposition marquée à des diarrhées, l’amoindrissement de l’appétit, et de la mélancolie.
b. Bain chauds, d'une température au-dessus de 27° il.
En pi enant, clans les conditions que nous venons d’indiquer, un bain cl une température supérieure à 27° R, le baigneur, au moment de 1 immersion , est d’ordinaire surpris par la chaleur de 1 eau qui lui semble plus vive que celle d’une eau ordinaire chauffée au même degré. Comme dans l’espèce précédente, il se forme des bulles gazeuses sur la peau, et celle-ci paraît d’abord savonneuse puis rude au toucher; mais le pouls gagne en force et en fréquence clans la proportion de l’élévation de température du bain, et la respiration suit la même progression. Ensuite la peau devient rouge, chaude, turgescente, et se couvre de transpiration; les veines se gonflent, l'organisme entier est excité. Immédiatement après l’entrée clans le bain la vessie se vide et plus tard il ne survient plus que de rares excrétions urinaires. J’ai soumis ces dernières à l’analyse pour en connaître la qualité et la quantité: Le sujet placé dans les circonstances indiquées plus haut a rendu dans les trois derniers jours 42 à 45 onces d’urine; le quatrième jour j’ai administré un bain d’eau douce d’une heure à 29° R.; le sujet a transpiré pendant et après le bain, et les urines de 24 heures ont pesé 39 1/2 onces, contenant: sel de cuisine 191,31 gr. ; acide urique 16,35 gr. ; urée 167,11 gr. Le cinquième jour j’ai fait continuer le régime, et le sixième j’ai fait prendre un bain d’eau thermale d’une heure à 29° R. qui a provoqué une transpiration abondante pendant et après l’immersion. L’urine rendue dans les 24 heures a pesé 37 onces, contenant: sel de cuisine 201,01 gr.; acide urique 11,41 gr.; urée 263,79 gr. Des essais ultérieurs on fait constater une diminution de 4 à 10 onces comparativement à la quantité produite avec le simple régime, et une diminution de 1 à 5 onces comparativement à la quantité obtenue après un bain d eau douce.
Si l’on élève d’avantage la température du bain et si
l’on en prolonge la durée, on provoque des congestions dans les parties supérieures, des battements de coeur, de la rougeur
au visage , des maux de tête, des vertiges, et même, en cas de prédisposition, des apoplexies. Après le tain, le pouls reste encore pendant quelque temps plus fréquent, plus fort, et la peau conserve de la moiteur et de la turgescence.
L’analyse de la sueur me donna les résultats suivants :
Un sujet bien portant, ayant une transpiration normale, fut soumis au régime pendant trois jours. Le quatrième jour on lui fit prendre un bain d’eau douce d'une heure à 28° R., puis on l’essuya avec soin, on lui mit des petites éponges sous les aisselles, et on le coucha en le couvrant chaudement, pour activer la transpiration. De dix en dix minutes, les éponges furent pressées, et je recueillis la sueur. Celle-ci contenait, par demi-once 2,136 gr. de sel de cuisine. Quelques jours après, le sujet fut placé dans un bain d’eau thermale d’égale durée à 27° R. ; puis on l’essuya et on l’immergea pendant quelques minutes dans un bain d’eau douce; on l’essuya de nouveau, et je recueillis la sueur par le procédé ci-dessus. J’ai trouvé qu’elle contenait par demi-once 2,01 gr. de sel de cuisine. Je fis un troisième essai en administrant un bain d’une demi-heure à 28° R., et j’ai trouvé par demionce de sueur 2,17 gr. de sel. Ces expériences font voir que les bains d’eau thermale ne modifient pas la proportion du sel de cuisine contenue dans la sueur.
L’excitation nerveuse s’apaise par degrés, et l’on éprouve de l’abattement, de la fatigue et un grand besoin de repos. Pendant la journée on reste disposé à la transpiration et à des lassitudes ; la sécrétion urinaire est généralement faible et les selles paresseuses.
Si l’on répète journellement les bains de cette espèce, la sécrétion cutanée se trouve activée, et le baigneur devient sujet à des faibles congestions sanguines, à des excitations nerveuses et souvent à des tiraillements douloureux dans les membres, assez semblables à des douleurs rhumatismales. 11 n'est pas rare de voir apparaître diverses éruptions de la peau, principalement sous forme d’éruption miliaire. La sé-
crétion urinaire est d’autant plus faible que l’activité cutanée est plus considérable. Dans l’après-dinée il se déclare chez beaucoup de personnes une soif assez vive, l’appétit sexuel est excité, et les menstrues sont plus abondantes et arrivent quelquefois plus tôt qu’à l'ordinaire.
En continuant de prendre les bains très chauds, journellement et pendant un temps considérable, on provoque un état morbide, que nous appelons saturation des bains, (Ueberbaden) qui dans certains cas se déclare de bonne heure, même à la suite d’un petit nombre de bains, mais générale¬
ment après plusieurs semaines seulement. Parfois la maladie éclate d’une manière subite; ordinairement elle s’annonce par des symptômes précurseurs tels que l’excitation du système nerveux et vasculaire, des congestions vers la lête et le coeur, des battements de coeur, des vertiges, lin sommeil agité, des sueurs surabondantes, de la fatigue. Quand elle arrive à son développement, ces symptômes se compliquent de mouvements de fièvre avec un pouls très fréquent, et il s’en suit une chaleur sèche de la peau ou de fortes transpirations, de l’insomnie, une soif ardente, des urines troubles, des diarrhées ou des constipations, avec impureté de la langue, du manque d’appétit et de l’altération d’humeur.
Elle se déclare plus promptement, si l’on prend en même temps les eaux en boisson, et présente alors une séiie de symptômes qui se compose de ceux que nous venons d indiquei et des symptômes mentionnés plus haut lorsqu il était question de la saturation produite par 1 usage interne des eaux. Le développement en est également favorisé par un temps tris doux, un vêtement chaud et des boissons spiiitueuses.
En discontinuant les bains et en observant d’ailleurs un régime convenable, les symptômes du mal ne tardent pas se dissiper; mais par contre, si bon néglige les précautions prescrites par l’usage, la maladie peut dégénérer en fievre
gastrique ou en typhus, et devenii mortelle.
Les symptômes des bains tièdes et des bains chauds que
nous venons d’énumérer sont d’autant mieux caractérisés que le degré de température des eaux est plus élevé ou plus abaissé, et finissent par se confondre, quand on arrive à la limite des deux espèces, c’est à dire, à des bains de 27° à 28° R. Dans ce cas il dépend principalement du tempérament individuel des baigneurs que le bain produise sur eux une action calmante, rafraîchissante et résorbante plutôt qu’une action échauffante, excitante et sudorifique, ou réciproquement.