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DES

Espèces européennes de la famille des ATT1DES

Su N' DE WA LL. — Sillliicrilllæ LATREILLE.)

Par M. Eugène SIMON.

(Séance du 11 Décembre 1867.)

Les naturalistes savent que, depuis l'Histoire des Aptères de Walckenaër et le Die Arachniden de Charles Koch, aucun ouvrage général n’a paru sur les Aranéides d’Europe (1).

Aussi, tandis que les autres ordres d’insectes s’enrichissent chaque jour de nouvelles espèces, les Araignées s’accumulent dans les collections sans aucun profit pour la science. Quelques voyages d’exploration ont été faits, quelques diagnoses isolées ont vu le jour; mais tout cela n’a eu pour résultat que l’extrême obscurité des synonymies et par contre le plus grand embarras dans les déterminations.

Un Specics serait donc, dans l’étal actuel, un livre utile pour ceux qui étudient, et indispensable pour ceux qui commencent; mais un semblable ouvrage est évidemment trop long pour être mené à bonne fin par un seul. •

Le meilleur moyen d’y arriver est de s’entendre sur les limites des grandes familles et d’en publier de bonnes monographies, de manière à

(1) Je parle des espèces de tout le continent, car nous avons des faunes d’Anglelerre et de Suède (Wcstring, Blackwall).

E. Simon.

ce que le travail de l’un faisant suite à celui de l’autre, il en sorte un édifice complet et définitif.

M. le docteur Louis Koch nous a déjà donné l'exemple : sa belle monographie des Drassides est un premier chapitre; il suffit de continuer.

M’étant particulièrement occupé des Araignées sauteuses ou Attides, j’ai pensé qu’en joignant les descriptions éparses dans mes notes à celles des espèces qui m’ont été communiquées dans ces derniers temps (1), je pourrais peut-être ajouter quelques pages à l’œuvre commune.

C’est le travail que je soumets aujourd’hui au jugement de la Société entomologique.

ATTIDES.

Caractères de la famille.

Les Attides se distinguent des autres Aranéides par un certain nombre de particularités :

Elles ont un céphalothorax ou corselet carré, c’est-à-dire tronqué en avant et en arrière ; leurs yeux sont au nombre de huit ; ils sont trèsinégaux et très-écartés ; les quatre plus gros forment une ligne horizontale et serrée sur le devant de la face; les quatre autres, plus petits, sont placés sur le dos, deux de chaque côté, au-dessus l’un de l’autre. Si, par la pensée, on trace une ligne idéale, qui traverse tous ces yeux, on obtient la figure d’un quadrilatère plus ou moins régulier : c’est ce qu’on appelle le carré oculaire.

Les pattes sont généralement courtes et indiquent des habitudes chasseuses; chez la femelle elles sont presque égales; chez le mâle, l’une des quatre paires tend à dépasser les autres en longueur et en épaisseur (jamais la seconde). Le dernier article de la patte-mâchoire du mâle, le plus souvent élargi, enveloppe à demi le digital ou crochet de copulation (2).

(1) C’est ici le lien de remercier MM. O. -P. Cambridge, L. Koch et Taczanowski de leur obligeant concours.

(2) Nota. Pour que nos descriptions soient bien comprises nous devons au lecteur

Monographie des Attides d’Europe.

Dans le jeune âge, c’est-à-dire avant la première mue, la patte-mâchoire du mâle ne diffère de celle de la femelle que par la grande longueur de son dernier article : il est formé de la soudure de la jambe et du tarse, qui sont en parfaite continuité ; plus tard ces deux articles se séparent, un étranglement se produit, la jambe diminue en même temps que le tarse s’élargit : c’est alors que le digital paraît.

Le tégument des Attides est rarement glabre, du moins celui de l’abdomen ; les poils qui le garnissent sont de trois sortes : les uns, que nous désignerons sous le nom de crins, sont longs, raides et noirs, et ils sont disséminés sur toutes les parties du corps, mais plus particulièrement sur le front et sur les pattes; les antres sont courts et serrés; ce sont eux qui forment les élégants dessins dont la face dorsale est ornée; ils sont tantôt simples, tantôt barbelés comme 'de petites plumes ( Callielherus ), tantôt élargis et imbriqués comme des écailles de Papillon ( nrgenleo ); quelques espèces d 'Aitus ( frontalis ) font seules exception, c’est-à-dire que le derme de leur abdomen est nu et diversement coloré. Enfin, ceux de la troisième sorte sont longs comme les premiers, quoique fins, soyeux et de couleur claire; ils sont placés autour des organes des sens, probablement pour les protéger : en avant ils abritent les chélycères et entourent les yeux; en arrière ils cachent souvent les filières. Celles-ci

l’explication de quelques termes que nous avons choisis de préférence il d’autres, à cause de leur simplicité :

Ainsi, chez les Araignées, la tête, réunie au thorax, ne forme qu’une masse connue sous le nom de céphalothorax ; nous l’avons toujours appelée corselet; souvent la partie céphalique est séparée de la partie thoracique par un étranglement : dans ce cas nous l’appellerons tête.

Les pattes ont deux portions : l’une soudée au corps et immobile, composée d’un seul article court et large : c’est la hanche ; l’autre, libre et mobile, formée de six articles répartis eu trois groupes de deux articles chacun, la cuisse, la jambe et le tarse, dont l’extrémité est armée de fines griffes.

La patte-mâchoire se distingue par l.’clargissemeni de la hanche et par l’absence du dernier article du tarse.

Chez la femelle il n’y a pas de difficulté ; chez le tnàlc le tarse porte un organe d’une nature spéciale, que Walckenaér appelait digital, et auquel nous avons gardé ce nom. Ce digital est un pelit godet destiné à recevoir le sperme et percé d’une trèspetite ouverture. Il renferme lui-même un crochet ou stylet qui ne fait saillie au dehors qu’au moment de la eopulalion. Selon nous, cet organe doit être regardé comme le dernier article du tarse profondément modifié, et son stylet comme le crochet également détourné de son usage ordinaire.

E. Simon.

sont placées à l’extrémité de l’abdomen; elles sont courtes et au nombre de quatre, disposées en deux paires : les deux inférieures, plus robustes, sont accolées l’une à l’autre ; les deux supérieures, plus grêles, sont aussi plus divergentes ; entre elles le tégument présente souvent un petit tubercule. Presque toujours les quatre filières sont d’égale longueur ; quelquefois cependant les deux supérieures dépassent les autres.

Classification.

Toutes les parties du corps ne sont pas également aptes à fournir des caractères de classification : les organes d’une grande importance, tels que les yeux, dont la disposition suffit pour distinguer les familles, ne peuvent que rarement servir pour la distinction des genres, car la meilleure preuve de l’importance d’un caractère de cet ordre est la stabilité.

Pour les appendices de la locomotion, les variations sont au contraire trop brusques; les espèces les plus voisines diffèrent souvent plus par l’épaisseur et la longueur de leurs pattes que celles de genres éloignés.

(testent les organes sexuels, destinés à perpétuer l’espèce et à transmettre la pureté du type aux générations à venir : ce sont eux qui, prouvant son identité, doivent aussi exprimer ses rapports.

Aussi les modifications du membre copulateur et de son digital seront la base principale de notre classification (1).

(1) La treille et Walckenaër classaient toutes les Araignées sauteuses en un seul genre; leurs systèmes ne différaient que par le nom de ce genre : Attus pour l’un, Salticus pour l’autre.

Walckenaër a divisé sou genre en deux familles : les sauteuses et les voltigeuses ; la première est elle-même séparée en deux groupes : les abbreviatæ et les elongalœ.

C’est à M. Koch que l’on doit le premier essai de subdivision générique; quelquesunes des coupes établies par cet auteur sont très-naturelles ( Heliophanus , Callietherus); d’autres, au contraire, sont tout à fait inutiles (Euophrys, Philius, Icelus).

Monographie des Attides d’Europe.

Distribution géographique.

Il résulte de mes observations que toute la partie de l’Europe comprise depuis le pôle nord jusque vers le Z|3°, c’est-à-dire jusqu’à la limite formée par les Pyrénées, les Alpes et les Karpathes, est peuplée par une seule faune arachnologique ; quelques descriptions de M. Grube permettent même de croire que cette faune s'étend en Asie dans toute la Sibérie.

Au-dessous de la limite que je viens d’indiquer, une nouvelle faune se montre; mais contrairement à ce qui a lieu dans le Nord, ses espèces paraissent singulièrement localisées.

Ce n’est pas sur le bord de la mer qu’il faut étudier les Araignées : là on trouve des espèces de rivages qui petit à petit se sont étendus sur tout le littoral méditerranéen, depuis l’Andalousie jusqu’à l’Égypte, sans qu’il soit possible de reconnaître le point de départ; mais si l’on pousse l’exploration dans le centre des trois péninsules européennes (Espagne, Italie, Turquie), on reconnaît que chacune nourrit des espèces particulières; pour l’Italie et l’Espagne du moins nous pouvons l’affirmer.

Il ne faut pas croire cependant qu’une chaîne de montagnes est une limite absolue et infranchissable: les espèces espagnoles se trouvent, bien qu’en petit nombre, dans le midi de la France ; les italiennes habitent une grande partie de l’Autriche, et, chose curieuse, le peu d’espèces turques que nous connaissons étendent leur habitat jusqu’en Pologne et même en Lithuanie. Peut-être devons-nous attribuer ce dernier fait à ce que le rempart montagneux qui sépare la Turquie du continent est moins élevé et plus souvent interrompu que les Pyrénées et les Alpes.

Monographie tics Atticlcs d’Ewo-pc.

1 er Genre : MARPISSUS Ch. Koch (1).

Allus ( elongatm ) Walckcnaêr; Salticus Lalreille.

Chélyc'eres courtes et verticales dans les deux sexes. Patte-mâchoire du mâle a tarse tr'es-dilalè et tlcprimè en forme de palette, h caisse grêle.

Le corselet est plat et allongé ; la partie céphalique, également plane, est séparée du thorax par une faible dépression transverse.

La ligne antérieure du carré oculaire est droite, le sommet des yeux étant de niveau ; la base des latéraux est un peu au-dessous du centre des médians ; l’espace qui sépare ces derniers des ehélycères est à peine égal à la moitié de leur diamètre. Le carré est un tiers moins long que large; ses côtés sont droits, et les yeux de ses angles postérieurs sont moitié plus petits que les antérieurs.

Les membres sont courts et robustes; les antérieurs, toujours plus épais chez le mâle, le sont quelquefois dans les deux sexes.

La cuisse de la patte-mâchoire est gràle et à peine aussi longue que l’article génital; les deux articles de la jambe sont égaux, et le second est armé d’une courte pointe, de forme variable. Le tarse est excessivement dilaté; il est plat, presque circulaire et terminé pur une pointe obtuse un peu recourbée. Le digital, placé au centre et également plat, est débordé de tous côtés.

Dans l’étal de repos les membres, rapprochés sous le bout, couvrent les ehélycères d’une sorte de bouclier.

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