‹ Monographie des poissons fossiles du vieux grès rouge ou système dévonien (old red sandstone) des Îles britanniques et de RussieChapitre 45 sur 104 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU GENRE HOLOPTY CHICS AG*s«. (RH1ZODVS Owra.) Old Red, Tab. F, 6g. 2.

Les premiers débris de ce genre qui soient parvenus à ma connaissance , sont quelques écailles de la bouille. Aujourd'hui , grâce aux recherches des savans anglais , c'est un des genres les mieux connus du vieux grès rouge , et les magnifiques exemplaires dont je donne ci-joint les dessins , surtout celui de Tab. 22 , me sont garans que l’ichthyologic de l’OId Red est destinée à faire encore de nombreuses conquêtes.

Les lioloplychius sont des poissons fusiformes , mais larges , trapus , qui selon toutes les apparences étaient assez aplatis , ce qui explique pourquoi on les trouve toujours couchés sur le dos. La partie ventrale surtout est très-large , la queue très-courte , conique , finissant en pointe obtuse.

La tête , dont je ne connais encore que la face inférieure et quelques os isolés , est large , aplatie, semi-circulaire. Tous les os de la tête sont incrustés d’une couche d’émail assez épaisse, sculptée à-peu-près comme les os céphaliques ou les écailles des Esturgeons. On trouve sur la surface externe de ces os , une quantité d’aspérités , formant une granulation grossière et irrégulière , qui rappelle à quelques égards les sculptures dont les écailles sont ornées. las mâchoires inférieures sont énormes , courbées en demi cercle autour du pourtour de la tète , incrustées partout d’émail granulé et armées de dents formidables, dont nous décrirons plus bas l'arrangement. Ce qu'il y a de remarquable , c’est que les rayons branchiostèguos sont remplacés, comme dans la plupart des anciens Sauroidcs , et parmi les vivans comme chez le Polyptérc , par deux larges plaques émaillées , se touchant sur la ligne médiane et remplissant tout l'espace de la gorge compris entre les deux branches de la mâchoire inférieure. Ces deux plaques mobiles peuvent quelquefois , surtout quand elles sont disloquées de manière à se couvrir par leurs bords , donner le change sur leur véritable signification , et faire croire que ce sont les frontaux qu'on a sous les yeux.

Je ne connais jusqu'ici des nageoires que les ventrales et la base de la caudale , qui sout visibles sur le magnifique exemplaire de 17/. nobilmimus , qui se trouve dans la collection du British Muséum , cl que j’ai représenté Tab. 22. Les ventrales sont très-reculées, fort distantes l'une de l'autre et reportées sur les côtés du ventre , au-devant de l'ouverture anale. Elles sont petites , composées de plusieurs rayons mous; leur conservation n'est pas assez complète, pour permettre de donner de plus amples détails sur leur forme et leur structure. La caudale

a des rayons vigoureux, qui font supposer un développement considérable de ect appareil locomoteur. Les pectorales paraissent avoir été petites et placées en haut sur les côtés du corps ; la ceinture thoracique, assez faible, suppose un développement peu considérable de ces nageoires.

J’avais d’abord établi ce genre en 1 836 , d'après des écailles et des os isolés de la collection de M. Hibbert , provenant de la houille de Burdie-House. M. Owen , en examinant plus tard la structure singulière de dents provenant de la même localité, y reconnut un type à part, qu’il nomma Rhizodus. Ce savant anatomiste ayant eu l’obligeance de m’envoyer des coupes des dents et des moules des mâchoires qu'il avait examinées , j’ai pu me convaincre par la comparaison de la granulation et des ornemens de l’émail, et par l’examen de quelques fragmens inunis d’écaillcs , que le genre Rhizodus est identique avec mon Holoptychius, et que l’espèce examinée par M. Owen est le II. Hibbarti. Cette identité ne pouvait être connue du savant anglais , puisqu’au moment de sa découverte , le genre Holoptychius n’était caractérisé que par ses écailles. M. Owen , en traitant depuis dans son Odonlographic, pag. 75 , du genre Rhizodus, ajoute, qu’il dilTère des Holoptychius, en ce que ses dents sont en plus grand nombre , plus fortes . mais plus grêles et coniques. Pour ma part , je ne puis voir dans ces particularités que des différences spécifiques , qui , à mes yeux , ne sauraient justifier une coupe générique.

Voici comment M. Owen décrit la dentition de son genre Rhizodus , qui est synonyme de mon genre Holoptychius (').

« II y a , dans chaque mâchoire inférieure , trois (ou plusieurs) dents coniques et allongées, et des dents beaucoup plus petites et moins acérées dans les intervalles. Dans les grandes dents, la section transverse est ovale, le bord postérieur est tranchant , et aboutit à une pointe aiguë ; elles sont donc uniquement destinées à entamer et â lacérer. Leur base est striée irrégulièrement dans le sens de la longueur ; elle s’enfonce très-profondément dans l'os auquel elle est soudée par ankylosé. La manière dont ces dents sont implantées dans la mâchoire , indique la violence et la force avec laquelle elles pouvaient être enfoncées dans la chair d'un poisson vivant. La couronne est creuse comme chez les autres Sauriens , mais la cavité médullaire est relativement plus étroite ; scs parois sont composées d’une denlinc très-dense , traversée par de nombreux tubes calcifères assez minces , qui se dirigent à angle droit de la cavité vers la surface , décrivant de légères ondulations ; leurs interstices égalent quatre fois leur diamètre ; quelquefois ils se dichotomisent ou bien détachent des petites branches qui se perdent dans les interstices. La couche émaillée qui entoure la dentine reçoit de nombreux minuscules calcifères parallèles , qui parlent d’une couche de cellules calcifères étendue sur la limite de la dentine et de l’émail. La cavité médullaire , qui a une forme ovale et comprimée, diminue graduellement vers la base de la dent , où elle se termine en de nombreux canaux tortueux, qui s’anastomosent en pénétrant dans la mâchoire et s’ouvrent à la (in dans les canaux mé-

(’) OitonloRraptiie , paR. 7ô.

dullaircs de l’os lui-mème , sur lequel la déni repose. Toutes ces branches de la cavité médullaire sont autant de centres d’irradiation pour les tubes calcifères , qui y sont plus espacés et plus courts. La substance osseuse de la mâchoire s’enlace avec les racines de la denline , qui entoure les canaux médullaires de la base, s

J’ai pu examiner quelques coupes tant longitudinales que transversales de Rhizodus , protenant de la bouille, et dont je dois la communication à M. Owen , et je me suis convaincu, que ces dents sont intermédiaires par leur structure entre celles du Lépidostée et celles du Dcndrode. La dcntinc est plisséc , comme chez ces deux genres , mais si les plis sont plus compliqués que chez le Lépidostée , de manière à former des parties presque séparées , ils le sont moins que chez les Dendrodes.

L'arrangement des dents est à-peu-près le même que chez les genres ci-dessus. Les grandes dents incisives sont très-espaeées et posées sur le bord intérieur de la mâchoire ; les interstices sont occupés par des dents beaucoup plus petites; enfin une rangée de crénelures émaillées forme le bord de la mâchoire.

U structure des écailles Tab. 23 , fig. 1 0, permet de distinguer facilement les Holoptycbius de tous leurs congénères. Luc substance osseuse, dense, épaisse, formant des couches parallèles cl superposées , est tournée contre la face interne de la peau. Des stries concentriques d'accroissement, répétant les contours de l'écaille, se voient sur toute la surface. Elles sont croisées par des raies fines , qui rayonnent depuis le centre vers le bord , et qui sont formées par de petites cannelures très-fines et à peine en relief , dans lesquels^ se fixaient probablement les libres de la peau. Une grande quantité de petits canaux , conduisant sans doute des vaisseaux sanguins , montent par ces raies dans l’épaisseur de l’écaille. Sur des coupes transversales, on distingue assez bien la substance basale épaisse, en forme de liteaux . Ses corpuscules osseux peu nombreux , sont disséminés çà et là , mais ses ramifications sont méconnaissables. Les canaux montent presque en ligne droite à travers cette substance , sans détacher beaucoup de branches latérales. Arrivés près de la surface de l'écaille , les canaux se ramifient sur un plan horizontal et forment des réseaux à mailles très-étroites. Au-dessus de ces réseaux , qui indiquent la limite entre les substances osseuse et émaillée , cl qui sont entourés de couches osseuses contournées , à corpuscules fort distincts , se trouve enfin la couche émaillée qui , à elle seule , forme les ornemens extérieurs de l’écaille. De petits canaux droits , qui se séparent du réseau intermédiaire , montent à travers cette couche et débouchent à la face externe , à laquelle ils donnent un aspect finement pointillé. La couche émaillée n’est elle-même qu’une substance osseuse plus épaisse . dans laquelle les couches sont effacées et les corpuscules osseux trèsgrands ; d'après mes observations , elle est presque entièrement dépourvue de ramifications.

La forme dès écailles en général est ovale, et l’on distingue ordinairement une partie extérieure lisse , dépourvue d’ornemens , qui était recouverte par le bord postérieur des écailles antérieures , tandis (pie la plus grande partie de la surface est richement ornée de rides et d'é-

minences longitudinales , rayonnantes , ou plus ou moins diffuses , dont l'arrangement sert à distinguer les différentes espèces.

Comme on lie connaît jusqu'ici que des écailles et des ossemens isolés ou bien des exemplaires couchés sur le dns, et montrant la face ventrale, il est impossible de dire comment les séries d'écaillcs se comportaient sur le dos et les flancs. Sur le ventre, il y a des séries obliques, se rencontrant sur la ligne médiane, pour y former des angles dont le sommet est tourne en arrière. L'imbrication n’est pas considérable; il n'y a qu'une petite portion du bord antérieur de l’écaille , qui soit recouverte par les écailles précédentes.

Les caractères saillans des Iloloptycbius seraient donc les suivons: corps fusiforme, trapu, recouvert d’écailles arrondies, imbriquées, oruées de sculptures saillantes; tète plate, couverte d'incrustations émaillées; dents coniques, acérées; quelques grandes incisives enkylosées avec la mâchoire , dont les interstices sont remplis par de petites dents secondaires.

Je connais maintenant quatorze espèces de ce genre , dont six proviennent du vieux grés rouge. Toutes les autres appartiennent à la houille, avec laquelle le genre s’est éteint.

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