‹ Monographie des prêlesChapitre 10 sur 10 · LA GERMINATION DES PRÈLES · texte numérisé non relu

LA GERMINATION DES PRÈLES

Enfin j’ai réussi dans l’année i8a3 à obtenir la germination complète des Prêles. Tout s’est passé d’abord de la même manière que dans les années précédentes; la graine semée au commencement de Mai , s’est d’abord tuméfiée , elle s’est ensuite divisée en deux, trois ou plusieurs lobes qui se sont successivement développés et ont émis à leur base des radicules destinées à les fixer au sol. Ils ont enfin formé des gazons d’un vert gai et du diamètre d’une ligne environ, ressemblant tout à fait à une petite Jongermanne, à expansion foliacée.

Ils sont restés dans cet état pendant deux mois , prenant des accroissements insensibles , et ne changeant pas d’apparence. Enfin il s’est élevé du centre du gazon un point vert, qui, en grandissant, a laissé voir à sa base, une collerette à quatre divisions, puis une seconde, puis successivement une troisième d’où sortoit la jeune tige.

Les grains verts renfermés dans les loges dont l’assemblage forme l’épi de la Prêle , sont en conséquence de véritables semences acotylédonées , dépourvues non-seulement de cotylédons proprement dits, mais encore d’albt?men et de toute espèce d’enveloppe , et réduites au seul embryon. Mais cet organe ne ressemble point à ceux que nous çonnoissons , il n’est pas formé d’une radicule et d’une plumule, il se développe et se divise d’une manière plus ou moins irrégulière , et après avoir pris pendant les mois d’été, l’accroissement dont il est susceptible , il donne enfin naissance à la plante qu’il doit reproduire. C’est dans le mois de Septembre, que j’ai vu plusieurs graines de Prêle se développer de la manière que je viens de décrire.

Ce mode de germination présente deux espèces de racines ; les unes qui appartiennent au grain vert dans sa première évolution, sont nombreuses , foibles et dépérissent promptement, les autres qui dépendent de la tige même , sont fortes , épaisses et pivotantes ; ou plutôt se réduisent à une seule, qui s’enfonce perpendiculairement dans le sol.

La' racine propre de la Prêle , examinée au microscope , ne m’a pas paru articulée : elle est simple , continue et semblable aux racines des autres plantes. Comment devient-elle ensuite articulée ? c’est ce que j’ignore , mais dans son premier âge , elle n’a en apparence aucune articulation.

On pourroit imaginer que les divers lobes dont j’ai parlé, qui prennent quelquefois la forme cylindrique, et sont visiblement articulés, ne sont eux-mêmes que des tiges avortées

qui, dans d’autres circonstances, se seroient développées en vraies tiges; mais on verra, en examinant la chose de plus près, qu’il n’y a point de ressemblance réelle entre ces lobes et la tige proprement dite ; celle-ci est solide, munie d’involucres qui s’emboitent les uns dans les autres ; celles-là sont demi-transparentes , simplement cloisonnées et formées d’une substance molle et peu consistante. Elles ressemblent beaucoup à ces productions qui se développent dans la germinatiou des mousses , et dont on doit , je pense, la première découverte à Hedwig, qui les considère comme remplissant les fonctions de cotylédons. Voy. Théor. de la Gêner, p. i 53 . t. 16.

Agardh, dans son mémoire sur la germination des Prêles , inséré dans les Mémoires du

Muséum vol. 5 . 4 . me cahier, a bien décrit ces premiers développements que j’avois déjà observés en i8i5, et présentés en 1818 à notre Société de Physique et d’Histoire naturelle ; mais il s’est trompé en les prenant pour des Conferves ou des productions confervoïdes , accolées les unes aux autres ; car les Conferves, au moins celles que j’ai autrefois décrites, sont , à peu près toutes , entièrement dépourvues de racines ; elles donnent des graines qui les reproduisent, et elles ne se changent jamais en d’autres plantes. Hedwig auroit pu dire avec la même raison que ses mousses étoient primitivement des Conferves.

Mais ce qu’il y a de vrai dans l’opinion de l’illustre botaniste que je combats , c’est que les premiers développements des Prêles n’ont aucune ressemblance avec ceux qui les suivent, et qu’il y a une grande différence entre les cotylédons des plantes parfaites et ceux des plantes de la Cryptogamie de Linné.

Les jeunes Prêles que j’ai élevées appartenôient à la Prêle fluviatile et à celle des Marais ; elles se ressembloient beaucoup et je n’ai pas su y apercevoir des différences essentielles.

Je m’étois donc trompé en avançant dans mon discours préliminaire, que les Prêles pouvoient être considérées comme des plantes dont les semences étoient actuellement infécondes. Cette conjecture étoit fondée sur ce que je n’avois encore trouvé aucun individu de ce genre, dont la racine ou le rhizome ne fût très-profond et très-ancien ; mais il est clair que, si j’ai réussi à faire germer des graines, ou si vous voulez des germes de Prêles, la nature mille fois plus puissante que moi , et qui transporte tous les printemps dans les localités les plus variées, des myriades de ces graines, peut bien obtenir à son tour les mêmes résultats.

Toutefois je n’avois jamais aperçu de jeunes Prêles , germant et se développant naturellement, lorsque l’année dernière (182 5 ) , M. r Requien, cet excellent Botaniste d’Avignon, m’a fait parvenir des tapis de jeunes Prêles, qu’il avoit trouvées la même année au mois de Juin, croissant et se développant sans effort dans un lieu inondé l’hyver et le printemps. Elles avoient germé plus tôt que les miennes, qui n’ avoient paru qu’au commencement de Septembre ; mais elles leur ressemblent entièrement par leur tige tétragone , leurs involucres et leur port. Elles pourroient bien appartenir à la Prêle des Limons.

Monsieur Requien ajoute que leur premier développement étoit foliacé et par plaques vertes, ressemblant à des hépatiques, et que huit jours après les avoir aperçues dans cet état , il vit naitre les petites Prêles , telles qu’il me les a adressées.

^ °y ez ies t e Ig mémoire que j ai inséré sur cet objet dans les Mémoires du Muséum pour 1823. Yol. 10. p. 4 2 9 d suivantes. Vous y trouverez -figurée la germination complète des Prêles.

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