‹ Monographie du dieu Leherenn d'ArdiégeChapitre 2 sur 12 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Jusqu'où s'étendait et à quelles classes de la société gallo-rômaiu^ s'adressait le culte du dieu Leherenn ? — Nous en sommes à peu près réduits , pour le savoir , à la forme des noms propres , heureusement significatifs chez les Romains. — Part inégale que prenaient à ce culte les affranchis , les esclaves domestiques et les serfs de la glèbe , qui paraissent avoir formé en majeure partie la clientèle du dieu. — Ils étaient vraisemblablement organisés en corporation ou en confrérie.... pag. 61-87

Toulouse, Imprimerie de Douladoure frères , rue Saint-Rome, 41.

—Culte et sai ciennes et réa pag'-

liques relatifs' malIieureuseiDe du village d'Jt ... m-^'i

LE DIElhLEHERENN

D'ARDIÉGE.

Le village d'Ardiége , qui compte à peine cent quarante-* iîinq feux aujourd'hui (1), est situé à Textrémité méridionale Ae la riche plaine de Valentine (ancien pays de Rivière), u pied d'une rampe de collines verdoyantes et alignées qui orme , de ce côté , le dernier gradin de l'amphithéâtre des Pyrénées. Au lieu de s'asseoir, comme le village voisin de abarthe , sur les premières croupes (Je cette chaîne mamelonïiée, ou de profiter, comme celui de Cier, de quelque déchirure ccidentelle qui en écarte de loin en loin les cimes , c'est ici , ili pied même des collines , dans le fond d'un vallon déboisé •qui contourne un de ces njonticules, que se cache le village, abrité , du côté de la plaine , par d'épais massifs de noyers et pag.46^tde châtaigniers qui le dérobent en partie à la vue. Son église, reconstruite , il y a quelques années , dans le style monumental du xiu* siècle, et encore inachevée, est assise à l'ex- °t^^Tf 5*^^^^^ d'une place allongée , à quelques p^s d un ruisseau heureuseDie l(le Loung'Ardiége) dont les eaux , peu limpides et peu abon-

^ ce culte h .^antes , pendant l'été au moins , ne sont animées que par la

qui paraisse ^

étaient vri ^

pag. 61-^ •

(1) Il en t;omptait cent soixante-dix en 1762 , à l'époque où parut le Die-

Examen des aire d'après t-il dispara .. pag.2i

it-il à une jtante et toi ►ortent à } du dieu elîa , dans aetièresde

lionnaire géographique de Tablée d*Expilly,

^ax ^4.3-<îr, yiJUL c^^^^ /^^.»V.

(2) voix nasillarde des canards et le caquet des laveuses du village , coupé , de loin en loin , par quelques coups de battoir énergiques (1). ^

Comme le pays, par une exception assez rare daRô-ics*" Pyrénées , ne possède ni sources thermales exploitées ou exploitables, ni monuments en ruine, ni saint en renom de miracles , les étrangers sp détournent rarement de leur route pour visiter une localité oubliée de tous les itinéraires. Dans la plaine elle-mérare , où Ton se déplace volontiers , nous avons rencontré bon nombre de gens qui ne connaissaient d'Ardiége que ce que Ton en voit de la route , et qui nous demandaient, à leur tour , ce que Ton irait faire dans un village qui n'a ni foires, ni marchés, ni môme de fête votive où se rende la jeunesse des clochers voisins , attirée par la danse ou par le plaisir. Et cependant, il est impossible de douter, en présence des monuments authentiques que possède encore ce village oublié, que $on existence ne remonte aux plus anciens temps de notre histoire , qu'il n'ait même eu son importance et son éclat à une époque où l'on citait à peine les ' petites villes de Montréjeau et de Saint-Gaudens , dont il relève administrativement aujourd'hui.

Comme la plupart des villages de l'ancienne peuplade des Garumni^ auxquels appartenait le territoire connu , au moyen âge , sous le nom de Pays de Rivière , le vicus d'Ardiége (2) était situé sur la voie romaine qui menait de Dax à Toulouse en longeant la chaîne de collines qui encadre , du côté du

(1) Le Loung'Ardiége se décharge au-dessous du vUlage, dans un ruisseau un peu plus considérable qui est connu dans le pays sous le nom de Hountarède (fount fredo , font frède , font firoide? )

{f) J*ai fait dans les archives de la Haute-Goronne et dans ceUes des Basses-Pyrénées dUnutiles recherches au sujet du nom antique d^Ardiége. Les plus anciens documents des archives de Pau , que M. Raymond a bien youlu explorer pour moi ( liasses du Néboozan et de Fancien pays de Rivière ) y ne remontent pas au delà du xvP siècle , et le village y est désigné sous le nom presque moderne d'Ardiegia ; en i542 , par exemple, dans une déclaration générale des biens d'Ardiége faite par les Consuls dudit lieu.

(9) viendront après nous un recueil de textes qu'ils pourront consulter avec quelque confiance»

LEHERENNÙ

DOMESTICVS

RïFI F

Leherenno domesticus , Rufi FUius , Votum SolvU hibenê

LEHEltEN DEO II; TERTWLLUS

Leherent Deo tei*tullus \oium Solvit Libens Vlerito,

Les autels sur lesquels étaient gravées ces deux inscriptions, les plus anciennement connues de toutes celles que nous pu^ blions , sont perdus ou détruits depuis bien des années. Mais tout est si simple et si clair ici , qu'on peut accepter sans défiance la lecture du père Sirmond , reproduite textuellement par Gruter (1). Nous ne conserverions de scrupules que pouf le premier mot de la seconde légende , où TN finale était probablement liée à un I. Ce que nous regardons comme plus certain encore , malgré la vague indication géographique dont Gruter s'est contenté (in Contmis Novempoptdoniœ) , c'est

(i) EUes figurent dans Tédition refondue de GrseTius , Amstel. ilOl , sous ^es n<» 6 et 7 de la p. hlxxiy, et ont été répétés depuis dans une foule de teciteils et d' ouvrages spéciaux , archéologiques , historiques ou descriptif^.

(10) que ces deux monuments étaient originaires d'Ârdiége , comme le sont, à notre connaissance au moins, tous les monuments relatifs au culte de Leherenn, M. du Mège , dont nous sommes heureux de pouvoir invoquer sur ce point le témoignage (1) , affirme , sur la foi de documents manuscrits , qu'ils étaient encastrés dans les murs d'une chapelle que possédaient à Ardiége les chevaliers du Temple (2) , et qu'ils ont péri d'une manière presque tragique , placés par des curieux sur un train de bois qui chavira en heurtant un écueil (3).

Les six autels suivants ont heureusement trouvé asile dans le Musée épigraphique de Toulouse. Mais ils n'y sont arrivés, à ce qu'il paraît , que successivement et à des intervalles assez éloignés quelquefois. En 1814 , à l'époque où il publiait ses Monuments religieux des Volces-Tectosages , des Convenae et des Garumni , M. du Mège ne connaissait encore que deux inscriptions nouvelles relatives au dieu Leherenn ; car c'est à ces deux textes et aux deux textes anciens de Sirmond et de Gruter que se borne le chapitre qu'il a consacré dans son livre à cette divinité topique. Il nous apprend luimême que la première de ces deux inscriptions avait été

(1) a Nous n'avons pas retrouvé d'autres monuments consacrés à Leherennus dans d'autres locaUtés. v .( M. du Mège , Notes sur plusieurs inscriptions galloromaines inédites. Mém. de rAcad. des Sciences , Inscript, et Bell.-lettr. de Toulouse , iv« série , tom. vi , 1856, pag. 385 ).

(2) Cette chapelle , dédiée , comme nous Pavons dit , à Saint-Pierre , était située à l'autre extrémité du village , à côté de ce qu'on appelle encore le Château d'Ardiége. Elle a été détruite à la On du siècle dernier.

(3) « Suivant plusieurs manuscrits , les autels qui contenaient ces inscriptions étaient encastrés dans la façade d'une chapelle bâtie à Ardiége par les chevaliers de la milice du Temple. Cet édifice ne subsiste plus. » ( M. du Uéf^e y Monuments religieux des Volces Tectosages, 1814 , pag. 350). — « On

assure que ces monuments trouvés dans le village d'Ardiége ayant été

enlevés par un curieux , furent placés sur un radeau qui se brisa contre un écueil. » (M. du Mège, Desc, du Musée des Antiq. de Toulouse, 1835, pag. 41). En 1814 , M. du Mège ne connaissait point encore l'histoire émouvante dîe ce naufrage , car il n'aurait certainement pas négligé de la raconter en reproduisant dans ses Monuments religieux les deux autels publiés par Sirmond.

(H ) donnée au Musée de Toulouse par un habitant du village , M.Dulac(l).

LEHEREHNO

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