PARIS
DU GEGK.O MABOUIA
Le Mabouia des murailles. Geôko Mabouia. M. de J.
Acacmnoulou des Caraïbes. Ray. Bretoiï , p. i ^4.
Mabouia des Antilles françaises.
Wood Slave des Antilles anglaises.
Spotted Lizard et Poisonous Lizard de la Barbade.
Hughes , p. 64- Slippery back et JVood Slave de Sainte-Croix. West. MaboUja. Dutertre, t. II, p. 3i5. Rochefort, p. 147.
Salamandre Américaine. Salamandra americana. —
Fermin , t. II , p. 2 1 5.
Petite Salamandre brune de la Jamaïque. — Sloane ,
t. II , p. 334.
Grande Salamandre d'Amérique. Salamandra Americana major. — Klein , p. 221.
Ucertasputator.~Si^a.vma.^n, Mém. de l'Acad. do Stock., 1784.
Anolis sputateur. Anolis sputator. Daudin t Gecko à queue épineuse. Gecko spinicaùda. 1 ' Id t- , p. u5.
Gecko porphyre. Gecko porpkyreiis. — Id. , t. p. 1 5o. Gecko sputa leur. Gecko sputator. — Cuvier, t. II , p. 47. Gecko &pula leur. Gecko sputator. — Bosc. , ^'ouv. Dicl. d'Hist. nat. , t. XII, p. 5 14.
Le Saurien , dont la synonymie est si étendue , et dont l'hisloire tient une place remarquable parmi les erreurs populaires des Antilles , est un animsl dont la longueur totale n'excède pas cinq à six pouces. Il est même assez rare qu'il parvienne à ce dernier terme , à cause de la guerre acharnée dont il est l'objet.
Dutertre laisse supposer que de son temps , le Mabouia arrivait à une taille beawoup plus grande , puisqu'il dit dans son Histoire des Antilles (t. H, p. 5i5) , xjue be reptile n'a jamais un pied de long ; maïs on doit remarquer que ce missionnaire , et même les habitans de l'Archipel et la plupart des naturalistes , confondent le Mabouia des murailles avec ceîui des Bananiers , qui est la moitié plus grand ; et que de ces deux espèces de tieckos , ils en forment une seule dont la longueur est alors en effet d'environ dix pouces.
La forme générale du Mabouia diffère de celle des Anolis ; le corps de ces derniers est arrondi , cylindrique , fusiforme , le dos est plus ou moins relevé en carène , et il n'y a d'aplatissement , dans la partie supérieure de la tête , que depuis la naissance du museau. Le Gecko Mabouia est, au contraire , applati, en dessus et en dessous , dans toute l'étendue de son corps , y compris la première moitié de sa queue. Sa tête est grosse , large , écrasée ; sa jonction avec le corps
càt marquée , coninie dans les Opliidiens du genre Trigonocéphalc , par des angles arrondis , mais trèssensibles; tandis que dans les Anolis , le cou n'est qu'indiqué, quoiqu'il y ait une grande facilité de mouvemens dans les vertèbres cervicales.
La queue est un peu moins longue que le corps ; elle est faite en fuseau , et légèrement aplalie , en dessous , dans sa partie antérieure , où l'on observe un ou deux renllemens , qui forment , dans leur séparation , dcâ plis assez profonds. Un anus transversal s'ouvre dans celui de ces plis , qui est le plus proche du corps. Il n'existe qu'un seul de ces renllemens dans le plus grand nombre des individus ; cependant il y en a qui en ont jusqu'à trois , et c'est ce que Daudin a désigné sous le nom d'anneaux , dans le Mabouia qu'il a nommé Gecko à queue épineuse (p. 117).
. Les jambes sont courtes , trapues, mais moins robustes que dans le genre Anolis ; elles ne soulèvent le corps que peu ou point dans l'action du marcher, qui n'est , à proprement parler , qu'une sorte de reptation. Celles de derrière , quoique plus fortes que les autres, n'ont ni le développement, ni l'organisation qu'on observe dans les Sauriens , qui ont le pouvoir de la saltation. Les cinq doigts qui les terminent ne diffèrent pas essentiellement de ceux des jambes antérieures; ils sont larges, courts, aplatis, demi palmés; garnis en dessous de loà 12 écailles transversales, imbriquées, disposées sur deux rangs, et terminées par une impai e pt un ongle crochu, qui ne ressemble, en aucune manière , à l'aiguillon d'une guêpe, ainsi que Dulerlre l'a dit, et
■que l'ont répété Fermin et plusieurs autres voyageurs.
Les yeux sont gros , saillans , munis de paupières blanchâtres qui se cachent entre l'œil et l'orbite ; la pupille est linéaire , verticale , denticulée ; elle se contracte par l'effet de la lumière , comme celle des chats et des trigonocéphales ; les sinus auditifs sont larges , apparens ; la bouche est Irès-grande, armée de dents imperceptibles; la langue est plane , non extensible , échancrée à son extrémité, où l'on observe deux corpuscules noirâtres.
Tout le corps est couvert d'écaillés arrondies et tellement petites , qu'il semble pointillé ; celles des pattes et du museau sont plus grandes; il y en a 16 à 18 sur chacune des cuisses , où l'on obsei^e au centre un pore qui , dans l'état de vie , semble donner issue à un léger suintement. Le dos et les pattes sont diaprés sur leur couverture , d'écaillés qui forment des points arrondis tuberculeux : le dessous de la queue est garni de 28 à 00 plaques transversales , imbriquées , blanchâtres , analogues à celles des Ophidiens , et dont on ne voit aucun vestige dans les Anolis. Des écailles qui forment de petites pointes épineuses dirigées en arrière , hérissent le dessus de la queue , et sur-tout ses parties latérales , où elles sont plus rapprochées.
Le Mabouia a les couleurs des animaux malfaisans : le brun-noirâtre maculé de brun-jaune ; les taches de cette dernière nuance sont régulières sur la queue , mais je n'ai point vu d'individus qui offrissent, dans leur disposition, l'aspect d'anneaux proprement dits.
Si tous ces caractères n'établissaient pas incontesla
blcmcut que le Mabouia appnrlîenl à la famille des Geckos , il suffirait , pour en acquérir la certitude , de: connaître ses mœurs et ses habitudes. Comme le ïerrentola d'Italie (i) , il se cache dans les trous des murailles , dans les fentes des cloisons et dans les vieilles charpentes des habitations , où le séjour des hommes attire les Ravets (2) , et d'autres insectes dont il fait sa proie. 11 dépose ses oeufs dans la poussière de quelque endroit obscur , et l'on en trouve parfois dans les armoires, ou derrière les meubles des appartemens. 11 ne chasse ni dans la campagne , ni pendant le jour, comme toutes les espèces du genre Anolis de Cuvier ; c'est seulement vers le soir qu'il sort de son repaire , pour roder sur les murs et les plafonds , et ou le voit alors marcher avec assez de vitesse sur les surfaces unies , inclinées ou renversées , se servant , pour favoriser sa locomotion , du jeu des écailles qui garnissent ses pieds , et sans doute aussi de celui des plaques de sa queue , et des ongles très-crochus qui terminent tous ses doigts. On peut observer ici combien les différences d'organisation , les plus légères en apparence , apportent de changemens dans les facultés des animaux et dans leur^ genre de vie. Le Gecko des bananiers (3) , qui ressemble au Mabouia , à tant d'égards , qu'ils ne sont point distingués l'un de l'autre , dans les pays où ils habitent tous deux , est comme privé du pouvoir de marcher sur des plans renversés , parce que sa queue n'est point
(ij Gecko fascicularis de Daailiii.
(2) Blalta americana.
( !} Gtcko houis tic Duudiii.
munie depïaqùes , et que tous ses doigts ne sont point armés d'ongles, d'où il résulte que tandis qu'il est forcé de se tenir dans des lieux solitaires et agrestes , et de chercher plus pénibleinent sa nourriture , une èspcce qui lui est congénère, vit en parasité au milieu des hommes , et parvient h leur échapper , au moyen de la perlée lion singulière de sa reptation.
Quoique le Mabouia soit du petit nombre des animaux qui conservent leur faculté locômotive sur deà plans renvei'sés , et qui , par les détails dè leui- organisation, parviennent h lutter avec succès contre la gravitation, il ne faudrait pas croire toutefois qii'il réussit infailliblement à se soustraire aux efff'ts de cette loi. Il lui arrive au contraire assez fréquemment de tothber , lorsqu'il parcourt un plafond dont la surface est unie. On conçoit sans peiiie qu'il n'en peut être autrement ; mais l'opinion commune attache , sans aucun fondement , la perfection et rinfaillibilité aux actions des animaux nuisibles ou odieux. Heureusement, il n'en est point ainsi , et la vérité est que ces qualités ne leur appartiennent pas pliis qu'à l'homme. Ce que les voyageurs rapportent du tigre , qui manque quelquefois sa proie , en voulant se jeter sur elle, par un élan , dont la longueur ou la direction annoncent lin faux jugement , dans l'appréciation des obstacles qu'il doit franchir , je puis l'affirmer , non-seulement du Mabouia qui se précipite du haut des plafonds en cherjchant à atteindre des insectes , mais encore du Serpent Fer de lance (i) , que j'ai vu ,
(i) Trigonocrvhahis lanceolatus , M. clcJ.:
plus d'une fois , se tromper sur la distance à laquelle il croyait atteindre , et même sur la ligne de direction dans laquelle il devait évidemment s'élancer.
Néanmoins la faculté que possède le Mabouia , de s'attacher à toute espèce de surface, a tellement frappé les habitans des Antilles , qu'ils en ont fait une couipaj riiison proverbiale et populaire , et qu'ils disent d'une chose ou d'une personne que l'on ne peut séparer d'une autre , qaelle colle comme un Mabouia.
C'est en effet une croyance commune dans l'Archipel , que lorsque ce reptile se jette sur quelqu'un , on ne peut lui faire lâcher prise ; cette idée , qui ajoute beaucoup à la terreur qu'il produit, semble naître de l'équivoque du mot coller, qui n'exprimait point ori» ginairement , comme on le croit aujourd'hui aux Antilles , que l'animal se cramponne sur la peau , mais qui faisait allusion à l'humeur visqueuse et gluante , par laquelle ses écailles sont lubréfiées. Cette explication est rendue vraisemblable par la considération des moyens nécessaires au Mabouia , pour l'action qu'on lui prête et à laquelle ne sont propres ni les écailles transversales de ses doigts , ni les ongles qui les terminent , et dont la force n'est point comparable à celle qu'on trouve dans des animaux beaucoup moins grands, et tels, par exemple, que ceux appartenans à la classe des insectes^ orthoptères.
L'horreur qu'inspire aux habitans des Antilles cette espèce de Gecko n'a point d'autres causes que son aspect, et la comparaison qu'on en fait avec celui des Sauriens du genre AuoHs. Il n'y a pas entre eux moins
de dilTcrenceS' qu'entre la grenouille et lé crapaud. Le Mabouia a les formes grossières du dernier de ces Batraciens ; il en a la démarche pesante , et sa peau est , comme la sienne , couverte de tubercules et d'un enduit visqueux. L'Anolis est au contraire agile , d'une taille élancée et d'un mélange de couleurs agréables , tandis que celles dont est revêtu le Gecko , rappellent , soit par leurs nuances, soit par leur disposition, tous les animaux nuisibles ou odieux qu'on trouve dans l'Archipel : le Mal- fini (i) qui dépeuple les basses- cours , le Cohé (2) qui annonce la tempête et fait présager la mort, le Serpent Fer -de -lance (5) qui infecte tous les buissons, et jusqu'à ces Guêpes rousses (4) dont les tourbillons redoutables font fuir devant eux les animaux et les hommes.
Pour juslifior la haine qu'on porte au Mabouia, mille histoires conlvouvées sont répétées , depuis deux siècles, par les habitaiis de l'Archipel , et adoptées sans examen ■par les voyagcui's. Dutertre prétendait en lO^i , que ce reptile se jetait hardiment sur ceux qui l'agaçaient; on croit généralement que sa morsure est venimeuse, et l'on dit qu il survient des ulcères aux parties du corps qui ont été en contact avec l'humeur visqueuse dont il est couvert. Il est possible en effet , que dans quelques circonstances particulières , cette sorte de liqueur fasse
(1; Falco jiiilillaruin , Liiin.
(a) Cnfiriiinilgus aiiicricanus , Liiin.
(3) Tiigonoccphalus lanceolatus , M. de J.
(43 Polistes aiinuhuu , Fab.
naître un prurit par son âcreté , ou même qu'elle produise des effets plus graves, lorsqu'elle est inoculée au moyen de quelque blessure; mais je me suis assuré qu'on peut toucher impunément ce Gecko dans l'état de vie , sans autre inconvénient qu'une sensation de dégoût qui est causée par la viscosité de sa peau, sa temjpérature très-basse , et bien plus encore par la prévention dont il est difficile de se défendre.
Je n'ai point obtenu de résultats plus conformes à l'opinion vulgaire, lorsque, pour en vérifier le fondement, j'ai cherché à exciter le Mabouia à se défendre ou à attaquer; je n'ai pu réussir ni à l'un ni à l'autre , tandis que les mêmes épreuves développaient les dispositions les plus hostiles , dans les Sauriens du genre Anolis.
C'est donc uniquement par un préjugé semblable à celui dont la Salamandre était jadis l'objet , que cette espèce de Gecko est accusée d'être venimeuse et malfaisante. Les originaires d'Afrique , qui forment aujourd'hui la partie la plus nombreuse de la population des Antilles , n'ont fait à cet égard , comme à plusieurs autres , qu'adopter aveuglément la tradition des Caraïbes. Il est remarquable que ces indigènes de l'Archipel américain avaient les mêmes histoires sur ce Gecko ,, que celles racontées par les Egyptiens sur l'espèce qu'on trouve dans leur pays. Ainsi que tous les objets effrayans, dont l'image se lie chez la plupart des peuples à l'idée d'un pouvoir infernal, ce reptile avait reçu de ces sauvages, le nom de Mabouia:, qui était celui du mauvais génie, de l'Arimanc des Caraïbes; c'est l'appellation vulgàire qu'il porte encore aux Antilles françaises, oii l'on a con-
C lo)
scrvé pareillement le nom du bon génie , de POi omase des indigènes , qu'on retrouve dans une expression caressante employée par l'amour maternel (i) ; comme s'il appartenait seulement à la plus pure et la plus conslanle des affections du cœur , de retracer encore le souvenir de la divinité tulélaire de ces rivages , lors même que la race qui l'adorait, a depuis long-temps cessé d'exister.
L'origine du mot Mabouia aurait dû empêcher le naturaliste Daudin de croire que cette appellation était commune en Amérique , aux Anolis, aux Geckos et aux Scinques , qui , dit-il ( pag. 78 et 246) , portent tous ce même nom , et passent pour être venimeux. Celte assertion est une erreur fâcheuse , parce qu'elle l'a conduit à confondre plusieurs espèces de ces trois genres de Sauriens , dans un ouvrage dont l'intérêt est d'autant plus grand , qu'il est le seul species systématique d'Erpétologie. Il n'est ni vrai , ni possible que dans l'Archipel on confonde l'Anolis avec le Mabouia ; ces reptiles ont entre eux plus de différences qu'il n'y en a entre la Grenouille et le Crapaud ; les formes, les couleurs, les mœurs , l'habitation , tout entre eux est dissemblable ; et si les caractères spécifiques peuvent échapper à l'observation du vulgaire et lui laisser imposer la même dénomination à deux espèces différentes , telles que le Gecko lisse et le Gecko Mabouia (2) , ou les Anolis qui sont confondus même par les naturalistes , il
(1) Jcfie, ce mol est employé daus le lang.iqe créole, comme synonyme de mon citer enfant.
(2) Gecko lœuis , Dauil. Cecko mabouia , M. de J.
ne peut toulefois en être ainsi de deux genres qui sont aussi distincts sous tous les rapports , et qiié le nègre le plus stupide n'a jamais pris l'Un pour l'autre.
11 n'est pas jusqu'aux fables dont le Mabouia est lè sujet , qui ne s'opposent à celte méprise , parce qu'elles font de ce Saurien un animal remarquable , et dont rieil n'est indifférent. Au nombre de ces fables , il eh est uîié par laquelle on paraît avoir abusé de la crédulité du naturaliste suédois Acrélius , daiis le voyage qtl'il fit à l'île Saint-Eustache en 1755. C'est sur son rapport que Sparmann attribua au Màbouia lé poiivoit- dé làhcer sur ses agresseurs un crachat noir et vebiineux , dont unê gouttelette suffit pour faire enfler la partie du corps sut laquelle elle vient à tomber. Ce fait fut consigné dans la description de ce reptile , qui fut donnée par Sparmann dans les Mémoires de l' Académie de Stockholfâ pour l'année 1784; et ce fut eh conséquence , qu'il imposa à ce Saurien le nom de Sputateur (1) , que Daudirt lui a conservé.
Si la description de Sparmanh n'était pas exactement celle du Mâbouia , il suffirait pour constater son identité , du seul nom anglais de JV ood sîave (2) , que porte à Saint Eustache le Saurien d'Acrélius , et qui est celûi qu'on donne exclusivement au Gecko niabohia èl aW. Gecko lisse dans les Antilles anglaises. 11 est difficile do concevoir comment Daudin a pu voir un Anolis dan«
(1) Lacerta sputalor.
(2) C'cst-à-diic , esclave de lois.
cette espèce, que MM. Lalreille et Brongniart avaient déjà reconnue pour un Gecko , et que MM. Cuvicr et Bosc ont rapportée récemment à ce genre, auquel elle appartient d'une manière certaine et évidente. On retrouve encore la même espèce dans le Gecko porphyre et le Gecko à queue épineuse de Daudin ; et en confrontant les caractères qu'il leur donne , avec ceux qui existent réellement dans leMabouia , il est aisé de se con- Taincre qu'il a fait trois espèces de celle deceSaurien , et qu'il a donné son véritablenom spécifique àune quatrième , qu'il a décrite sous le nom de Scinque mabouia (i) , quoiqu'il l'eût déjà désignée sous celui de Scinque sclineiderien , et sous celui de gros Scinque, Gallej- Wasp de la Jamaïque (2).
Ce dernier reptile, qui est le Lézard de terre des îles delà Martinique et de la Guadeloupe , n'y a jamais reçu le nom de Mabouia que Daudin lui a imposé arbitrairement , et il est connu de tous les voyageurs , que cette appellation caraïbe est employée uniquement pour les Geckos. Il n'y a donc point de motif pour la donner au Lacerta aurata de Linné , en la retirant au Gecko qui la porte dans les pays dont il est indigène ; il y a lieu au contraire à maintenir ce dernier en sa possession , parce que l'épithète àe, sputatmr , dont on se sert aujourd'hui pour le désigner spécifiquement, ne rappelle autre chose qu'une circonstance mensongère que Sparmann
(1) Scincus mabouia, Duuàin. Histoire des Reptiles, tome. IV , page 246, Scincus Schneiderii , Daudin.
(2) Scincus galleywasp, Daucl Lacerta aurata ilc Liuiu
accueillit avec une confiance trop crédule. Sans examiner si l'organisation de la bouche du Mabouia, et surtout celle de sa langue étroite, grêle , échancrée et non extensible , n'exclut pas toute possibilité delà projection d'un fluide salivaire , je ferai remarquer que depuis un demi -siècle que ce fait a été annoncé par Acrélius, aucun lémoignage nouveau ne l'a constaté; qu'on n'en trouve aucune trace dans les anciens voyageurs , qui ont rapporté si scrupuleusement toutes les choses extraordinaires vraies ou supposées , qu'offre l'histoire des reptiles de l'Archipel , et enfin , qu'une pareille faculté dans un animal qui vit au milieu de ses ennemis , trouverait chaque jour l'occasion d'être exercée et connue. Cependant rien de semblable n'arrive ni h la Guadeloiipe ni à la Martinique , où je n'en ai jamais entendu parler, et où j'ai vu plusieurs milliers de Mabouias libres ou captifs , être attaqués , poursuivis ou excités par des animaux ou par des hommes , sans que dans aucune circonstance , ils aient eu recours au moyen qui leur eût mérité l'épithète de Sputateur.
En asphyxiant , pour certaines expériences , des ophidiens du genre Trigonocéphale , j'ai remarqué plusieurs fois qu'avant la mort , leur bouche se souillait extérieurement d'une bave écumeuse , ce qui n'est pas même arrivé aux Geckos Mabouias placés dans la même situation.
Rien ne justifie donc le nom spécifique donne h ce Saurien , sinon l'une de ces fables , par lesquelles on cherche à intimider les voyageurs pour se rire de leur crainte et de leur créduUlé. Acrélius aurail pu, avec
tout autant de fondement, donner au Mabouia le nom iy imprécateur , parce que si l'on vient h lui mutiler la queue , les mouvemens qu'elle continue de faire aprrs avoir été séparée du corps , passent dans l'opinion vulgaire pour des signes exprimant la malédiction dont ce reptile charge celui qui l'a blessé. Cette épithète qui , comme celle de sputateur, aurait eu pour origine un conte populaire , aurait du moins rappelé quelle est la ténacité de la vie dans le système musculaire de ce ^enre d'animaux ; mais les naturalistes penseront sans doute qu'il convient de conserver à cette espèce , l'appellation de Mabouia, que les indigènes des Antilles lui ont donnée, et qu'elle porte maintenant dans toutes les colonies françaises , ainsi que dans toutes les relations des anciens voyageurs.
Il résulte des faits énoncés dans ce Mémoire :
1. ° Que le Mabouia des Anlilles , ou plus spécialement le Mabouia des murailles , est un Gecko platydactyle , et qu'il n'appartient point , comme l'a cru Daudin , au genre des Anolis ;