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Monographie du genre Pilobolus, Tode

Parmi ces petits êtres gentils et éphémères, aux diverses couleurs, aux formes souvent si bizarres et si gracieuses à la fois qui caractérisent les dernières phalanges de Fimmense classe des champignons , le petit genre Pilobolus occupe, sans contredit, une des premières places, et semble réclamer par sa naïve beauté un intérêt de prédilection spéciale.

L’élégance de ses formes, son organisation merveilleuse, sa fraîcheur inimitable, sa robe de perles cristallines, et surtout le phénomène mystérieux de la projection de ses spores, tout cela ne pouvait manquer d’attirer les regards et de charmer l’attention des mycologues de toutes les époques. Peu de champignons, en effet, furent décrits si souvent, aucun peut-être ne fut peint ou dessiné un si grand nombre de fois que certaine espèce du genre Pilobolus.

Aussi trouve-t-on , pour faire son histoire , une cinquantaine d’ouvrages à consulter, et pas moins de vingt-cinq ou vingt-six figures, souvent trèsdissemblables, à comparer entre elles.

Après cela, ce genre devrait, semble-t-il, être parfaitement connu et les moindres mystères de son organisation expliqués depuis longtemps. Il n’en est cependant pas ainsi. L’observation, même la plus patiente, ne mène pas toujours à la certitude et moins souvent encore à la vérité, comme ne l’éprou-

lîSTRODUGTION.

vent que trop souvent ceux qui se sont donné la noble mais laborieuse mission d’approfondir les œuvres de Dieu.

Une étrange confusion, nous devons l’avouer, règne encore aujourd’hui parmi les espèces de ce genre, et bien peu de phénomènes, si remarquables pourtant, de la vie de ces gentilles mucorinées ont reçu une explication satisfaisante. Nous n’accusons point pour cela la légèreté des anciennes observations : la faute en est plutôt aux nombreuses difficultés que rencontre l’observateur qui veut étudier ces fragiles productions , dont l’existence momentanée et fugitive s’évanouit au moindre toucher. Et quand on considère combien d’éminents botanistes se sont trompés en écrivant sur ce genre, on serait presque tenté d’adresser aux Pilobolus le reproche des anciens poètes aux sirènes de Lucanie, d’avoir égaré tous leurs admirateurs.

En 1860, j’eus le bonheur de rencontrer et de pouvoir cultiver en même temps les espèces principales de ce genre. Pour les voir de plus près , et surprendre leurs secrets, je les ai cultivées pendant quatre mois dans ma chambre de travail, je les observais là tous les jours; j’ai vu ainsi les générations succéder aux générations, je les ai vues naître cent fois et mourir de même. L’étude de leur vie m’est devenue facile; et je me plais aujourd’hui à présenter à l’appréciation savante de l’Académie les résultats de ces heures de paisibles et chères études, moments heureux pour ceux qui en connaissent les charmes, doux moments où le cœur se repose des fatigues de la vie, puisqu’ils faisaient dire au vénérable doyen des mycologues, au grand Fries, à la fin d’une carrière d’immenses travaux : Sub vilae meae crepusculo meminisse juvat , c/uantas voluptates fungorum studium,per quinquaginta et qiiod excurit annos continuatum, mihi paravent L

Les Pilobolus, il est vrai, ne sont pas délicats sur le choix de leur habitai : c’est sur des excréments d’animaux ou sur la vase des bourbiers qu’on les trouve comme des perles tombées d’une riche parure; mais la science

' M<>iioqr((])hici hyniuttomycelum Sueciae. — Hinforia sludii mei mycologici , p. xi.

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